Le barbare érudit

De l'art d'écrire des choses inutiles.

YES

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YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS!!!

OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!!!

Chus rendu, esti!

Rédigé par lebarbareerudit

21 décembre 2009 à 21:28

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La câlisse de météo

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Nouvelle tentative ratée. Je suis encore à Quaqtaq. Nouvel essai demain.

Je suis tellement en tabarnak, là!!!

Rédigé par lebarbareerudit

20 décembre 2009 à 19:36

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Le dormeur du val

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J’ai envie de m’amuser. J’ai envie de me faire plaisir en faisant une courte analyse de mon poème préféré, « Le dormeur du val » de Rimbaud. Et j’ai envie de partager avec vous mes élucubrations. Commençons par lire ce merveilleux poème.

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil de la montagne fière,
Luit; C’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit.

— Arthur Rimbaud

Un peu d’histoire…

Rimbaud est né en octobre 1854 et décède en novembre 1891. On sait qu’il a produit l’essentiel de son œuvre entre 1870 et 1875. Par la suite, il n’écrira plus, mais il ira s’installer en Afrique où il vivra jusqu’en 1891. « Le dormeur du val », lui, est daté d’octobre 1870. La France est alors en guerre avec la Prusse. Ce détail est important pour bien comprendre le contexte dans lequel ce poème a été écrit.

Structure poétique

« Le dormeur du val » est un sonnet, c.-à-d. que c’est un poème constitué de 14 alexandrins disposés en deux quatrains suivis de deux tercets.

Qu’est-ce qu’un alexandrin? Il s’agit d’un vers de 12 pieds, autrement dit, un vers comptant 12 syllabes. Voyons un exemple tiré du poème.

C'es/t un/ trou/ de/ ver/du/re où/ chan/te u/ne/ ri/vière

Chaque barre oblique sépare une syllabe, un pied, dans le vers. Si vous les comptez tous, vous en trouverez 12. Et c’est comme ça pour chaque vers de ce poème. Je n’entrerai pas dans le détail de comment on compte les pieds dans un vers. Si vous voulez en apprendre davantage, je vous invite à consulter Google qui vous aidera à trouver tout ce que vous désirez savoir sur ce sujet.

Les rimes maintenant. Les deux quatrains ont des rimes croisées (rivière — haillons — fière — rayons) alors que le sizain commence par une rime plate suivi de rimes embrassés (comme — somme — froid — narine — poitrine — droit). Plus intéressant, c’est la richesse des rimes. Comme on peut le constater, toutes ses rimes sont suffisantes ou riches. C’est un travail sur le vocabulaire qui est difficile et requiert une grande maîtrise de la langue qu’on ne s’attend pas à retrouver chez un individu si jeune (il n’avait que 16 ans lorsqu’il a composé ce poème!)

Il y a encore quelques remarques à faire sur la structure de ce poème. Premièrement, le rejet, comme on peut le voir dans l’extrait suivant :

Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent;

On remarque immédiatement que Rimbaud y a recourt à plusieurs reprise tout au long de son poème. Ensuite, si nous nous attardons aux champs lexicaux, on peut en identifier deux principaux : un premier lié à la nature : verdure, rivière, herbes, montagne, val, cresson, herbe, vert, glaïeuls, Nature; le second est lié à la lumière : argent, soleil, Luit, rayons, lumière. Ce qui est intéressant de noter, c’est que ces deux champs lexicaux, naturellement associés à la beauté et à la vie, voient leur utilisation disparaître presque entièrement dans les dernières strophes.

Cette remarque nous amène vers…

Le sens

On peut dire beaucoup de choses sur ce poème, mais une chose est claire et devrait sauter aux yeux du lecteur : c’est le très grand contraste qui existe entre la première strophe et la dernière. Il y a une véritable progression dramatique qui va de la plus exquise beauté vers une chute brutalement tragique.

Mais avant de nous emporter, reprenons depuis le début.

La première strophe nous décrit un paysage idyllique : la nature tout entière y est mise en valeur par la lumière, source de vie. Deux mots cependant devraient nous faire sourciller, « trou » et « haillons ». En effet, il m’apparaît improbable que ce choix ne soit pas tout à fait conscient et voulu. En insérant ces deux mots, Rimbaud nous prépare inconsciemment à « accepter » l’état du soldat. Ici, le val devient le trou où on enterre le soldat mort et les haillons que forment les herbes dans l’eau sont le reflet de ses habits et de ses chairs qui se décomposent dans cette mort.

La seconde strophe nous présente un soldat qui semble dormir dans cette nature encore une fois remplie de vie. Remarquez ici le rejet du mot « Dort » dans ce contexte. Quel est le message qu’il faut comprendre? Qu’en fait, dormir n’est pas le terme approprié pour décrire l’état du soldat? Est-ce un autre indice qui devrait nous aider à anticiper la chute de ce poème? C’est ce que je crois. Rimbaud plante de nombreux indices de la tragédie un peu partout dans sont poème. Ce rejet n’en est qu’un petit exemple. Prenons le mot « Pale » au début du quatrième vers de la deuxième strophe. Il est clair, après avoir lu le poème en entier, que la pâleur du dormeur est liée à sa condition : il est mort. Cette pâleur contraste d’ailleurs grandement avec la lumière qui se dégage de la nature dans laquelle le soldat baigne.

La troisième strophe multiplie les références à ce contraste entre la vie et la mort dans le poème. Rimbaud nous donne encore plus d’indices que nous devons comprendre par nous-mêmes. Ainsi, on apprend que non seulement dort-il, mais il a un sourire malade et il a froid. Pourquoi demander à la nature de le bercer chaudement? Évidemment, la nature reprend ce qu’elle a donné, c.-à-d. la vie. Mais tout ceci ne prend réellement tout son sens que dans la dernière strophe. Dès le premier vers de cette strophe, il devrait maintenant être évident que le soldat est mort. Les parfums de la nature ne sont pas sentis par le mort. Et s’il a la main sur sa poitrine, c’est probablement un signe qu’il a souffert avant de rendre l’âme. On peut d’ailleurs supposer qu’il est mort de deux balles qui ont laissé « deux trous rouges au côté droit. »

Cette description du poème ne nous dit rien du sens profond de ce que Rimbaud tentait d’exprimer. C’est ici que nous entrons dans le monde de l’interprétation. Qu’est-ce qu’il faut comprendre de tout ça…

La première chose qui saute spontanément à l’esprit, c’est le contraste entre la vie, ici symbolisée par la nature et la beauté, et la mort, symbolisée par le soldat, donc la guerre. Donc, il serait facile de dire que ce poème est une charge contre la guerre et les ravages qu’elle provoque. En effet, comment ne pas être contre la guerre si tout ce qui en ressort n’est que mort?

Mais n’y a-t-il pas lieu d’aller voir au-delà de cette simple analyse? Par exemple, si au lieu de simplement s’élever contre la guerre, ce qui est tout à fait louable en soi, on y voyait le retour de la vie vers la nature qui l’a engendré? Donc, le retour à la terre?

Autre point très important de ce poème, c’est l’ambiguïté qui est entretenue tout au long de la description quant à l’état du soldat. Entre le sommeil réparateur et paisible et la mort, il n’est jamais clair ce dont il est question. Il nous est donc obligatoire de relire une seconde fois le poème dès que la compréhension s’installe afin de valider cette dernière impression tragique que laisse le dernier vers.

Rédigé par lebarbareerudit

19 décembre 2009 à 23:00

Publié dans Littérature

La météo

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La câlisse de météo.

Tout passe par l’avion ici. Tout. Le cargo, la nourriture, les gens, la poste, les nouvelles, les travailleurs, les commandes, les communications. Tout.

Or, qui dit avion dit aussi météo. Pourquoi? Parce que voler en avion, c’est pas comme prendre son char pour aller au dépanneur. Les conditions de vol sont autrement plus restrictives que les conditions de rouler. Tout le monde, même plusieurs qui ne devraient pas y avoir accès, peuvent obtenir un permis de conduire sans trop trop de difficultés. C’est pas le cas avec un permis de voler. Ça prend une formation intensive et exigeante, des cours, de la pratique, etc. Ne devient pas pilote qui veut.

Et c’est tant mieux pour nous, pauvres passagers. Je préfère cent fois mettre ma vie entre les mains d’un pilote fiable et expérimenté. En ce sens, je crois qu’Air Inuit est bien servi.

Pourquoi je vous parle de ça? C’est parce que là, en ce merveilleux 19 décembre, je devrais être en vacances à Montréal avec ma femme et ma fille, mais non, au lieu de ça, je suis pogné ici, à Quaqtaq à cause justement de la météo. Alors qu’il fait -20 °C au Sud, ici il fait autour de 0 °C. Chercher l’erreur. Ce qui fait que le village est enveloppé d’un épais nuage de brume et de bruine verglaçante qui ne semble pas vouloir se lever. Ce qui fait que le départ prévu le 18 vers 16 h a été annulé une première fois puis remis à aujourd’hui, puis remis à plus tard aujourd’hui, puis annulé une seconde fois et remis à demain vers 15 h.

La météo ne s’annonce pas très jojo demain, mais on se croise les doigts et on espère que le ciel va s’éclaircir pour nous laisser décoller.

Rédigé par lebarbareerudit

19 décembre 2009 à 17:05

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Les temps sont durs

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J’ai eu quelques journées très difficiles d’où mon silence relatif. De plus, je m’apprête à quitter ma communauté demain pour mes vacances de nowel qui seront fort bienvenues. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop si je suis un peu moins loquace au cours des deux prochaines semaines. Je retrouve ma fille et ma femme samedi, j’en profiterai donc au max pour me ressourcer avant de revenir chez moi au début du mois de janvier. Je vous promets de publier quelques textes durant ces prochains jours histoire de ne pas vous perdre.

Au plaisir!

Rédigé par lebarbareerudit

17 décembre 2009 à 20:47

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Brève

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À propos du texte de Foglia dans la La presse et qui fait damner tant de blogueurs.

Je n’ai pas vraiment d’opinion à ce sujet. Honnêtement, je me fous un peu de ce que pense Foglia des blogues, lui qui est probablement le précurseur et l’archétype des blogueurs actuels. Ceci dit, j’ai trouvé cette perle de sagesse sur le blogue de Renart Léveillé et je me permets de la citer :

Voilà pourquoi les blogues, même les plus intimes, banals, insignifiants et remplis de maladresses dans le langage, ont quelque chose de sublime. Cette beauté, Foglia ne la reconnaît pas.

Mouton Marron

Voilà, c’est dit.

Rédigé par lebarbareerudit

14 décembre 2009 à 08:13

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Brève

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C’est une brève qui ne devrait pas en être une. Je me réserve une petite gène par rapport à ce sujet, mais je trouve essentiel de le mentionner, ne serait-ce parce qu’il me touche de très près. Une seul commentaire : c’est ce que j’observe ici depuis dix ans. Voilà. ‘nuff said.

Le nombre d’enfants inuits en détresse explose. À lire sur Cyberpress.

Rédigé par lebarbareerudit

14 décembre 2009 à 07:14

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De la communication

avec 14 commentaires

Sur un des forums auxquels je participe, j’ai un chum qui me demande souvent qu’est-ce que le blogue possède de plus que le forum de discussion. Ou plutôt, il demande quel est l’objectif que je cherche à atteindre en publiant un blogue. Ou encore, il me dit que si un forum ne fait pas la job, que je devrais écrire un livre.

Je tiens ici à préciser que j’ai beaucoup de respect pour ce chum. C’est pas un idiot et il a droit à son opinion.

Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais tout de suite dire que je ne me sens absolument pas le besoin de justifier quoi que ce soit à qui que ce soit en ce qui concerne mon blogue. J’écris pour le plaisir de le faire et je vais continuer de le faire tant et aussi longtemps que j’éprouverai du plaisir à le faire. C’est tout.

Revenons à mon chum. Il s’est amusé à faire une courte analyse des divers canaux de communication à notre disposition en prenant comme critère de distinction l’interaction entre les producteurs et les consommateurs. Je vous explique.

Prenons par exemple le courriel. Dans un courriel, il n’y a qu’un seul producteur, celui qui écrit le texte, et un ou plusieurs consommateurs, celui ou ceux qui le reçoivent. De même, on pourrait ajouter que dans un courriel, le ou les récepteurs peuvent répondre librement à ce courriel. Regardons le cas du livre maintenant. Un livre, c’est une communication à sens unique. Il n’y a pas de rétroaction possible de la part du lecteur. On ne répond pas à un livre, sinon par un autre livre.

Mon chum apporte aussi une autre distinction, celle du niveau hiérarchique entre les divers intervenants. Regardons ça un peu. Sur un forum, tous les participants sont considérés égaux. C’est-à-dire que, dans la mesure où la modération est minimale ou inexistante, n’importe qui peut écrire et répondre à n’importe qui, sans qu’il y ait de véritables contrôles. De l’autre côté, sur un blogue, on peut activer la modération et il y a effectivement une réelle hiérarchie entre les participants. Par exemple, sur mon blogue, je suis le seul qui peut produire des billets et des pages, mais je permets à tous de publier des commentaires. Pas la même chose.

Nous avons donc ici deux critères pour identifier les types de communication possible. Mais pourquoi s’arrêter là? N’y a-t-il pas moyen d’en trouver d’autres? Je crois que oui. Regardons ça de plus près.

Un nouveau critère qui me vient spontanément à l’esprit, c’est la « synchronicité » de la communication. Par exemple, un courriel se passe en mode asynchrone, c.-à-d. que la communication ne s’effectue pas en même temps. Même chose avec un blogue et un forum de discussion. Par contre, le clavardage est en mode synchrone, tout comme le téléphone. Je ne peux passer sous silence ici Google Wave qui se situe lui aussi en mode synchrone, mais avec la particularité que les objets sont permanents, c.-à-d. que si on quitte l’environnement et qu’on y revient, on peut reprendre part à la discussion sans avoir perdu quoi que ce soit et même suivre la chronologie de ce qui s’est passé. C’est difficile à expliquer, mais c’est très clair lorsqu’on le voit en action.

Donc, résumons ce que nous avons pour l’instant : niveau d’interaction (aucune, libre ou modérée); hiérarchie des participants (passif, actif ou modéré); « synchronicité » (synchrone, asynchrone).

à suivre…

Rédigé par lebarbareerudit

13 décembre 2009 à 09:42

Publié dans Général

Brève

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Un éditorial de Mario Roy dans la Presse. Pour tout ceux qui s’interrogent encore sur la réforme. Un extrait :

Que la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, ait été obligée, hier, de promettre une restauration dans les écoles du statut de la connaissance (!) n’est guère rassurant.

L’est encore moins le fait que, jamais, le vaisseau amiral du ministère de l’Éducation n’a dévié de son cap, ne serait-ce que d’un seul degré…, et ce, quelle que soit l’urgence des appels au secours de ces jeunes naufragés qu’il a laissés se noyer en nombre astronomique dans les eaux troubles de l’idéologie.

‘nuff said.

Rédigé par lebarbareerudit

12 décembre 2009 à 18:02

Publié dans Affaires scolaires

Deux poèmes

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Je crois l’avoir déjà dit, mais j’adore la poésie. J’aimerais partager avec vous deux de mes poèmes préférés. Pour le plaisir de la langue, toujours.

Une Charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!

— Charles Baudelaire

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

— Arthur Rimbaud

Rédigé par lebarbareerudit

9 décembre 2009 à 21:55

Publié dans Littérature