Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Archive for the ‘Affaires scolaires’ Category

De l’école à la mer

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Je marche sur l’allée des Père-Eudistes. Devant moi, la mer.

Il est 17h et je rentre. Je viens de terminer une autre journée à l’école où je travaille maintenant. Je laisse derrière moi la grande bâtisse blanche aux fenêtres plein sud, mes soucis, mes listes et je me dirige d’un pas lent vers cette mer qui s’étend devant moi. Je n’ai qu’une centaine de mètres à faire avant d’atteindre le chemin d’En-haut que j’emprunte vers l’Est. À ma droite, la mer. À ma gauche, la taïga.

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Le soleil m’offrant encore quelques heures de clarté, je choisis de tourner à droite sur l’allée des Galets. Je ne rentrerai pas tout de suite. Je dirige plutôt mes pas vers la plage. L’allée des Galets se fond lentement dans le sable doré de la plage où elle prend fin. À gauche, au bout de cette allée, L’Échourie, petit café-bistro où vendredi certains membres de l’équipe se retrouvent pour y oublier la semaine.

J’enlève les souliers qui me serrent les pieds depuis ce matin, j’y enfonce mes bas et je les prends dans mes mains. Je laisse le sable sec détendre mes pieds et je commence ma marche le long de cette longue et interminable plage qui mène de la rivière Natashquan à Pointe-Parent. Ses kilomètres s’étendent devant moi jusqu’à se perdre à l’horizon.

Je n’entends que le bruit blanc de la mer, ses vagues inlassables qui viennent mourir dans le sable. Ici, le temps s’arrête…

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Bienvenue à Natashquan.

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Written by Le barbare érudit

26 août 2014 at 20 h 06 min

Jusqu’où aller trop loin?

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Un peu de contexte.

Durant un certain été, peut-être en 2009 ou en 2008, deux jeunes adolescentes organisent un party pyjama chez l’une d’elles. Durant la soirée, elles décident de prendre des photos d’elles dans des positions très suggestives, mais sans nudités. Elles les postent sur facebook. Plus tard, lorsque la direction de l’école qu’elles fréquentent apprend la chose, elles sont suspendues des activités parascolaires pendant une partie de l’année scolaire.

On trouve un compte-rendu plus détaillé ici de cette affaire -> http://arstechnica.com/tech-policy/news/2011/08/teenage-girls-facebook-photos-are-constitutionally-protected-speech.ars

Reprenons ça en termes plus clairs et plus directs. Deux ados font des niaiseries à la maison et l’école décide de les punir à cause de ça. En d’autres mots, l’école joue le rôle des parents, pas seulement à l’école, ce qui est dans sa mission, mais aussi à la maison, ce qui devrait être la mission des parents.

Suis-je le seul à ne pas trop trop comprendre la réaction de l’administration de cette école? À la limite, je pourrais comprendre que l’école communique avec les parents pour les informer de la situation sachant que ce ne sont pas tous les parents qui savent ce qui se retrouve sur la page facebook de leurs enfants, mais de là à appliquer des mesures disciplinaires à des élèves pour des activités qui ne sont aucunement reliées à l’école, il me semble qu’on sort drôlement du cadre défini par la mission de l’école, non?

Parfois, je me demande à quoi pensent ces individus lorsqu’ils prennent la décision de poser un geste semblable. Ne leur est-il pas venu à l’esprit que ce qui se passe à la maison ne relève en aucun cas de l’autorité scolaire sauf s’il existe un doute sur la protection de l’intégrité physique et psychologique de l’enfant, auquel cas il faut en informer les autorités compétentes (la DPJ au Québec)?

Il y a de quoi se demander quel est le niveau de jugement de certains individus. Que des ados fassent des conneries, rien de plus normal. Et c’est le rôle des parents et des éducateurs de les encadrer et de voir à ce que ces conneries deviennent le point de départ d’un apprentissage des règles de vie en société et du respect de soi et des autres. Sauf que tout ça doit se faire dans le respect de la vie privée des gens et du mandat d’autorité de chacun.

Only in the states… I hope…

Written by Le barbare érudit

20 août 2011 at 8 h 37 min

Philtre numérique

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L’histoire commence comme suit. Une jeune fille envoie une vidéo d’elle-même en train de se masturber à un copain après que ce dernier l’eut menacé de ne plus être son ami si elle ne le faisait pas. Le copain en question lui promet qu’il ne s’en servira que pour se masturber seul. Or, quelques semaines plus tard, la vidéo se retrouve partout sur l’internet et la jeune fille devient la cible des pires ragots et des pires insultes imaginables.

Il s’agit malheureusement d’une histoire tout ce qu’il y a de plus vraie et qui pourrait avoir des conséquences très graves pour le jeune garçon. C’est ce que nous apprenons en lisant cet article fascinant sur Ars Technica.

Le phénomène du « sexting » est maintenant omniprésent dans la vie des jeunes adolescents qui se courtisent en utilisant leur cellulaire comme philtre d’amour. Ils s’envoient des messages ou encore des photos et de courts vidéos. Tant que tout ça demeure dans le domaine du privé, il n’y a pas vraiment de mal à la faire. Nous avons tous exploré les méandres de l’amour et du désir d’une façon ou d’une autre. Il n’y a là rien de répréhensible.

Le problème aujourd’hui, c’est que nous ne sommes qu’à un clic de la Toile où tout, absolument tout devient public. Ce qui fait que la photo osée d’autrefois, difficile à produire et à reproduire parce que le matériel pour le faire n’était pas accessible a été remplacée par la photo numérique infiniment reproductible et distribuable en l’espace d’un clignement d’œil.

Ce faisant, l’adolescent (et l’adulte!) frustré ou animé de mauvaises intentions pourrait se servir de ces photos et autres vidéos pour blesser, voir extorquer leur victime. Comme dans le cas qui nous intéresse et dont je relate l’histoire en début de ce billet.

Je crois qu’on peut s’attendre à une augmentation de ce genre d’événements malheureux. Et c’est pourquoi l’éducation est, selon moi, la meilleure façon de la limiter. Ça et jouer son rôle de parent activement en s’intéressant à ce que font nos enfants.

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6 mars 2011 at 12 h 27 min

Confondre l’arbre et la forêt

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On ne taxera jamais Martineau de faire dans la nuance et la proportion. Avec lui, il n’est nul besoin de chercher la petite bibitte : il vous la montre avec un télescope directement braqué dessus.

Comme dans ce texte trouvé sur son blogue aujourd’hui où il pourfend le méchant système d’éducation et ses sbires, les enseignants :

Les aberrations de notre système d’éducation ne cesseront de m’étonner.

Juste comme on pense avoir touché le fond, on découvre qu’il y a un autre plancher en dessous.

Ainsi donc, un seul événement, dans une seule école et ne touchant qu’un seul enseignant serait symptomatique de TOUT le système d’éducation.

Pour le citer feignant l’étonnement devant un constat aussi profond : « bien coudonc… »

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27 février 2011 at 14 h 24 min

Publié dans Affaires scolaires

De la vision

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Il existe un sentiment généralisé qui dicte que, lorsque confronté à des difficultés, lorsque les obstacles se mettent en travers de la route, il suffit de changer quelque chose et tout va se régler, tout ira bien. De la même façon, il y a aussi ce sentiment prévalent que les changements s’opéreront rapidement et sans heurts.

Prenons une école. Je crois que nous avons beaucoup à apprendre d’observer le fonctionnement d’une école en lien avec ces deux énoncés et à leur application sur le terrain.

Imaginons la situation suivante. Dans une classe, des élèves perturbants, pratiquement aucun enseignement qui se donne et l’enseignant qui semble incapable de contrôler ses élèves. C’est une situation difficile qui ne présente à première vue aucune issue.

Lorsqu’on pose des questions, lorsqu’on interroge les personnes concernées, le premier réflexe est de trouver un coupable, quelqu’un ou quelque chose pour porter l’odieux de cet échec. Les enseignants blâmeront la situation familiale et les parents, citant le manque d’encadrement parental et de structure dont les enfants ont besoin. Les parents blâmeront les enseignants et l’école en général parce « qu’ils ne font pas leur job ». Identifier le « job » en question n’est pas vraiment important, il suffit de savoir qu’il n’est pas fait. Les administrateurs blâmeront soit les parents, soit les enseignants, c’est selon.

Naturellement, nous recherchons toujours un coupable. C’est la nature de la bête humaine. Nous tentons d’éviter de faire face à la dure réalité, celle qui nous oblige à nous regarder dans les yeux et à acquiescer de ce que nous avons fait, à ce que nous aurions dû faire. Les conséquences de nos actions nous sont renvoyées en plein visage et nous tentons de le nier.

Tout ceci est très triste. Comment tendre vers davantage de bonheur lorsque nous refusons de faire face à nos responsabilités? Jouer le rôle du faible, du plaignard, agir comme de simples marionnettes incapables de la moindre décision, préférant se cacher derrière le courage des autres ou pires encore, derrière quelque procédure ou directive impersonnelle conçue par un département quelconque, déshumanisé. Est-ce là vraiment ce qu’on veut?

Changer requiert du temps. Mais encore plus importante, la stabilité augmente les chances de succès. Ne pas donner la chance aux gens de prouver leur valeur revient à les sacrifier comme on le faisait des vierges innocentes sur quelque autel d’un quelconque dieu païen de l’antiquité. Je peux en témoigner. La stabilité est probablement la chose la plus importante dans une école. En changeant constamment le personnel enseignant, année après année, l’école perd la continuité et la familiarité essentielle à un enseignement de qualité. Les enseignants seront les premiers à admettre qu’un élève qui les aime travaillera davantage et mieux qu’un élève qui ne les aime pas.

C’est une simple question de confiance. La confiance ne s’achète ni ne se trouve. Il faut bâtir cette relation et une telle entreprise demande du temps et des efforts. Il faut gagner la confiance des autres. D’où l’importance primordiale qu’il faut accorder à la stabilité.

Qu’est-ce qu’une vision?

Lorsque je me lève le matin, je m’habille, je déjeune et je quitte la maison pour venir travailler à l’école. Je fais ça systématiquement tous les matins depuis maintenant plus de 12 ans. Toujours la même routine, à peu de chose près.

Je pense à tout ce que les travailleurs font en général dans le cadre de leurs fonctions professionnelles. Les tâches qui leurs sont assignées, les imprévus auxquels ils doivent faire face, les problèmes à régler, les crises à gérer, la paperasse, les délais, la productivité, toutes ces choses qui font de nous de bons petits travailleurs honnêtes et obéissants.

Un tel cadre ne permet pas à l’esprit de s’épanouir. Il ne donne pas à l’esprit la marge de manœuvre nécessaire à la création au sens noble du terme. Car créer, c’est s’affranchir de toute contrainte quelle qu’elle soit. Créer, c’est prendre le temps de réfléchir. Créer, c’est le contraire de suivre, c’est le contraire de réagir, c’est le contraire d’obéir.

Avoir une vision, c’est créer. Et créer, c’est, à partir du vide, retrouver l’existence d’un objet quelconque, qu’il soit réel ou abstrait, une idée ou une machine.

Ce qui est clair, c’est que l’environnement professionnel tel que nous le connaissons tue la vision, car en opposition directe avec l’acte de créer. Au travail, on ne crée pas, on suit, on réagit, on obéit.

Avoir une vision, c’est donc avoir le besoin de créer quelque chose de nouveau. À partir du moment où on constate l’existence d’un vide, la seule façon d’arriver à remplir ce vide, c’est de passer par la création et c’est cette création que j’appelle vision.

Une vision n’est donc pas la répétition d’un geste quotidien. Ce n’est pas non plus reprendre ce qui se faisait avant. Au contraire, une vision commence toujours par l’identification d’un vide, de quelque chose qui manque, d’une absence qui nuit au plein épanouissement de ce qu’on veut atteindre.

Mais une vision n’est pas non plus le changement pour le changement. Elle suppose l’existence d’une compréhension fine des enjeux et de la réalité du monde dans lequel cette vision devra s’inscrire. Elle exige aussi que celui qui la propose comprenne qu’elle repose sur la stabilité de sa mise en place. Une vision qui change constamment n’a aucune chance de réussir à s’imposer.

Seuls le temps et la patience permettent à une vision de s’affirmer et de prendre toute la place qui lui revient.

Ma vision

La vision que j’entretiens de l’école tient essentiellement à deux choses :
1— augmenter la stabilité du personnel dans l’école;
2— augmenter le niveau de confiance de la communauté envers l’école.

L’école est toujours un des piliers de sa communauté. L’école est un axe autour duquel tourne toute l’activité des jeunes qui y passent plusieurs heures par jour, tous les jours de la semaine. Et ce fait est encore plus vrai au Nunavik où l’école devient aussi le lieu des rassemblements et des activités communautaires toute l’année.

Cette vision, je l’imagine rassembleuse. Je crois qu’il faut refuser la division « eux » et « nous ». Il faut parler d’une seule voix. Il faut travailler ensemble et c’est là où le regard de ma vision se jette.

Written by Le barbare érudit

23 février 2011 at 14 h 59 min

Nunavik: le nombre d’enfants en détresse reste élevé | Agnès Gruda | Actualités

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Nunavik: le nombre d’enfants en détresse reste élevé | Agnès Gruda | Actualités

Le titre dit tout.

Mais j’aimerais ajouter quelques lignes à ce sujet. Je me réserve généralement une petite gêne lorsqu’il est question des problèmes du Nunavik. Non pas parce que je suis mal à l’aise d’en parler, mais plutôt que je me demande à quel point ça aide vraiment d’en parler au-delà du simple côté anecdotique du genre oh mon dieu, c’est ben grave ce qui se passe au Nunavik, puis on passe au prochain téléroman ou à la prochaine téléréalité.

J’habite ici depuis maintenant onze ans. Je travaille auprès des jeunes, j’ai enseigné et maintenant je suis directeur d’école. En onze ans, c’était la première fois que je rencontrais un représentant de la direction de la protection de la jeunesse à l’école l’année dernière. Elle a quitté son poste en début d’année scolaire. Son remplaçant vient tout juste de commencer.

En onze ans, j’ai vu passer près d’une dizaine de travailleurs sociaux dans les communautés où j’ai travaillé. Et des dizaines de profs.

Je peux vous le dire sans détour : le premier facteur de réussite à l’école, c’est la stabilité du personnel. Là où les gens restent, les écoles fonctionnent mieux, les communautés fonctionnent mieux.

L’image qui colle à la peau des blancs, les qalunaat, c’est celle de travailleurs désintéressés qui ne sont ici que pour l’argent. Le lien de confiance qui doit se créer entre nous, les travailleurs auprès des jeunes, et les jeunes, ce lien de confiance prend du temps à se construire, et à chaque fois que quelqu’un vient ici et quitte après seulement un an, ce lien s’effrite un peu plus dans l’esprit des gens.

Il est difficile de vouloir s’investir dans des relations lorsqu’on sait d’avance que ces relations ne seront qu’éphémère. Et sans cet investissement émotif, ce lien de confiance, il est difficile, voir impossible, d’arriver à faire que les choses changent à long terme.

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21 septembre 2010 at 7 h 40 min

Les meilleurs pays du monde | Ariane Krol

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Les meilleurs pays du monde | Ariane Krol

Les décrocheurs de génie ne courent pas les rues. Pour hausser le niveau de confort général, et s’assurer qu’il soit partagé par le plus grand nombre, on n’a encore rien trouvé de mieux que la scolarité. »

Je ne saurais mieux dire.

Written by Le barbare érudit

21 août 2010 at 9 h 31 min

Publié dans Affaires scolaires