Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

25 fois je t’aime, musique!

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Sur sa page Facebook, Geoffroi, un ami que je tiens en haute estime, propose de faire une liste de 25 pièces de musique marquantes. Évidemment que j’aime l’idée, mais comme Facebook et moi… j’ai choisi de faire ça ici, dans mon petit univers personnel. Et, ça sera pas nécessairement 25. Et pas nécessairement que des pièces. Parce que.

Avertissement. Je sais que tous ne partagent pas mon enthousiasme pour certains genres musicaux que j’écoute. Je pense ici en particulier au métal. Y aura pas que ça.

On commence. Dans le chaos le plus total, digne d’un barbare!

Beau Dommage. À peu près tous les albums. Ça me rappelle mon enfance, ma mère, la vie dans un petit logement à St-Eustache…

Kiss, l’album Peter Criss. OK, c’est atrocement mauvais. Inécoutable. Mais c’était le premier album que je me suis acheté avec mon argent. Et mon premier vrai contact avec ce qui allait marquer ma vie profondément, le métal…

Carmina Burana, en particulier Fortuna Imperatrix Mundi. OK, c’est quétaine, c’est pompier à mort, c’est tout ce dont on aime rire lorsqu’on parle de musique classique populaire, une pièce reprise à mort partout et à toutes les sauces… mais comme on ne parle pas nécessairement des MEILLEURES pièces musicales, mais bien des pièces qui nous ont marqués, ben j’ai pas vraiment le choix que de la mettre ici.

Et tant qu’à être dans le classique, Le sacre du printemps de Stravinski. Quelle pièce! J’en ai quelque cinq versions dans ma librairie musicale! J’adore l’esprit sauvage qui se dégage de cette pièce. Il y a quelque chose de profondément païen, de profondément animal dans cette pièce. Pas étonnant qu’elle ait fait scandale à ses débuts.

Comme j’aime beaucoup Bartok (le nom de mon premier chien…), je ne peux m’empêcher de l’ajouter à la liste musicale m’ayant marqué. Sauf que je n’irai pas pour quelque chose de très connu à la Concerto pour orchestre (Bartok, très connu… mouhahahahaha!!!). Non, c’est plutôt la sonate pour deux pianos et percussion que je retiens. J’ai découvert cette pièce un été lorsque je travaillais sur le chantier de LG1 à la Baie-James. Un collègue de travail a partagé avec moi sa passion pour la musique classique contemporaine et il m’a fait découvrir cette pièce extraordinaire. Probablement la plus métal de toutes les pièces classique que j’ai jamais entendu.

(Don’t Fear) The Reaper par Blue Öyster Cult. Oh, que oui ! J’ai dû écouter et réécouter cette pièce des dizaines de milliers de fois. Je sais, je sais, ce n’est pas la meilleure du groupe, mais elle est marquante et surtout, elle marque les quelques années que j’ai passé à St-Adélaïde de Pabos, là où j’ai vraiment découvert ma passion pour la musique métal. Speaking of which…

Passons Judas Priest, Black Sabbath, Dio, Deep Purple et tous ces groupes des débuts du métal. Pas qu’ils ne soient pas intéressants, mais ils ne m’ont pas vraiment marqué. Non. Une pièce. Une seule. Run to the Hills par Iron Maiden. Ouf. Cette pièce à elle seule m’a littéralement converti au métal. Trente ans plus tard, j’en suis encore, plus que jamais!

À cela, il faut nécessairement ajouter Master of Puppets par Metallica. Ai-je vraiment besoin de présenter Metallica? J’veux dire, c’est probablement le groupe métal le plus populaire au monde. Malheureusement, après l’album Master of Puppets, les choses se sont gâtées pour ces pionniers du genre thrash et ils ne s’en remettront jamais.

J’ajouterai à ma période adolescente l’album Dimension Hatröss par Voivod. C’est un album qui m’a tellement marqué, mais subtilement, qu’encore aujourd’hui, j’y repense avec déférence et respect. Quand je dis subtilement, c’est que l’influence de cet album, dans ma tête, se fait encore sentir dans mes intérêts pour le genre post-métal, avant-garde métal et autres groupes particulièrement intéressants qui osent dépasser les limites du genre. Un monument du métal qui est toujours aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était lors de sa sortie en 1988.

Et comment ne pas nommer LA pièce la plus marquante de l’histoire du métal (pour moi, bien sûr!)? Angel of Death par Slayer. C’est l’apothéose qui, encore aujourd’hui, résonne avec autant de force qu’elle pouvait en avoir à l’époque où elle est sortie. C’est un monument du métal qu’il serait criminel d’ignorer.

Pendant mes années d’étude universitaire, j’ai un peu beaucoup mis de côté la musique. Pas que j’en écoutais pas, mais disons que mes priorités étaient ailleurs. Boisson, alcool, amis, études. Dans cet ordre. Cependant, cette période en fut une faste pour la musique québécoise qui a vu naître Les Colocs. Il s’agit là d’une œuvre marquante pour moi et des milliers d’autres jeunes étudiants de l’époque. Comment rester indifférent à l’écoute d’une pièce comme Juste une p’tite nuite?

Je prends un virage à 180 parce que j’ai envie de plonger dans le jazz un peu. Take Five de l’album Time Out par Brubeck est une pièce qui hante encore mon esprit. C’est tellement beau, tellement onctueux, tellement organique, y a là quelque chose de profondément humain.

Little Girl Blue de Nina Simone. Sa voix. Quelle voix ! Elle possède quelque chose d’extraordinaire et d’envoûtant…

Évidemment, All Blues de Miles Davis. Que dire de plus?

En (re)découvrant le jazz, j’ai aussi découvert la musique du monde contemporaine, celle entrainante du Buena Vista Social Club avec Chan Chan, l’hypnotisant Miel et cendre de Dhafer Youssef, ou encore la superbe Le traiettorie delle mongolfiere de Gianmaria Testa. Oui, toutes ces pièces m’ont marqué et je ne me lasse pas de les écouter.

L’album Transhuman de Cyanotic m’a aussi vraiment marqué. C’est une musique agressive et rythmée qui non seulement surprend, mais est aussi totalement de son temps. Ça déménage et j’aime ça!

Plume. Oui, oui, Plume Latraverse. Sa pièce Faux dur (et… trouble fête) est de loin la chanson que je préfère tous genres confondus. Les paroles, les mots, la guitare, simple, efficace, un chef-d’œuvre, rien de moins.

Dans le même ordre d’idée, C’est pas moi ça de Jamil. Et tien, pourquoi pas, Les moitiés, encore de lui.

Brassens. Tout. J’adore Brassens. Quel auteur! Quel poète!

On replonge dans le métal. Sérieusement. Un album marquant pour moi. Un des plus marquants en fait. Blackwater Park par Opeth. J’ai rarement écouté un album aussi puissant, complexe, sensible, d’une finesse incroyable tout en étant menaçant à souhait. Un autre chef-d’œuvre. Un des meilleurs albums métal de tous les temps.

Une autre pièce marquante, White par Leprous. Je ne saurais dire pourquoi, mais j’adore cette pièce qui ne cesse de revenir s’imposer à mon esprit tout le temps.

La pièce Bleed par Meshuggah est un monument de la musique métal parce que Meshuggah est une sorte d’extraterrestre, même dans l’univers métal. En ce sens qu’ils ont littéralement créer un genre de métal, le djent, qui joue de complexité polyrythmique sans pareil dans la musique. On dit de la musique de Meshuggah qu’elle est parmi la plus difficile à jouer. N’étant pas musicien, je ne saurais dire, mais je peux vous dire qu’elle est fortement hypnotisante.

La pièce The Vampire of Nazareth par Septicflesh est un puissant amalgame de musique classique et de death metal. Cette pièce est venue marquer mon imaginaire et elle est restée gravée dans ma tête de façon permanente.

Bon, OK, une dernière. Je n’ai pas compté, mais ça va bien faire près d’une vingtaine. Chromatic Chimera par Unexpect, un groupe montréalais de métal avant-garde. Ouf! Ça brasse, ça! Avec un mélange hétéroclite de jazz, de death metal, de dissonance, de voix à la fois rauque et très aigüe, c’est une musique très difficile qui demande à être apprivoisée. Mais quelle satisfaction à l’écoute!

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Written by Le barbare érudit

24 septembre 2014 at 23 h 58 min

Publié dans Musique

Sous la brume

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En regardant dehors ce matin, une brume épaisse couvrait le village. Un voile qui ne laissait voir ni la mer, ni la forêt. La mer envahissait Natashquan de la même façon qu’on attend les fantômes.

La première strophe du spleen de Baudelaire s’est imposé à mon esprit.

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Certains sacrifices sont parfois plus difficiles que d’autres. Et on s’interroge sur les raisons qui nous poussent à les faire. Les milles raisons qui se bousculent dans mon esprit ne sont au fond que de plates excuses.

Written by Le barbare érudit

15 septembre 2014 at 18 h 09 min

Brève… un retour?

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La dernière brève date de septembre 2011… les journées (années?) passent et ne se ressemblent pas. Ou quelque chose comme ça.

Il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis. Et croyez-moi, je n’ai jamais cessé d’écouter de la musique. Au contraire, je poursuis toujours ce petit plaisir solitaire parce que, soyons francs, le style musical que je préfère tend à m’isoler des autres.

Depuis septembre 2011, de très nombreuses découvertes musicales dont je vous éviterai la longue liste. Je vous propose plutôt quelques albums (par ordre alphabétique d’artiste) ayant marqué ces longs mois, ces longues années. Peut-être y découvrirez-vous des choses…

Ayreon

J’ai découvert Ayreon avec l’album The Theory of Everything, mais c’est l’album The Human Equation qui m’a envouté. Moins un groupe qu’un projet musical, Ayreon est une création de l’artiste Arjen Anthony Lucassen. Les albums sont des opéras rock/métal où des artistes invités viennent prêter leur voix et leur talent musical à la création de ces histoires. À découvrir.

Be’Lakor

Je suis tombé sous le charme de ce groupe australien avec leur album Stone’s Reach.

Behemoth

Le célèbre groupe polonais Behemoth, dont le chanteur a dû faire face à la leucémie, a sorti cette année un album que d’aucuns considèrent comme un sommet de leur carrière. The Satanist est une œuvre touffue, riche et dont le contenu émotif est palpable tout le long de ses 45 minutes. Je n’ai encore entendu aucun album en 2014 pour surpasser celui-ci.

Diablo Swing Orchestra

Un coup de cœur. Vraiment. Dans un grand cul-de-poule, on mélange métal, opéra, jazz et swing et on enfourne à 350°F pendant une heure. Délicieux! Ce groupe expérimental suédois n’est pas sans rappeler Unexpect, l’hétéroclite groupe québécois qui donne aussi dans le métal expérimental. À découvrir absolument!

Fallujah

Le premier album de ce groupe américain était excellent. Leur dernier, The Flesh Prevails, est un véritable monument. Un très grand cru qui, selon certains, réinvente le métal. C’est peut-être un peu pousser le bouchon, mais c’est un album d’une grande richesse et d’une grande virtuosité.

Haken

Ce groupe est une surprise. Je ne m’attendais pas à apprécier autant l’album The Mountain, somme toute beaucoup plus doux et fin que ce que j’ai l’habitude d’écouter. Mais avec des pièces comme Cockroach King, difficile de ne pas aimer.

Kayo Dot

Alors là, on change de registre. Un album surprenant, distinct, éclectique et qui à la fois envoûte et irrite. Il y a du génie ici. Quelque chose comme une grande œuvre. Huberdo est le seul album que j’ai écouté de ce groupe de métal avant-garde, et je ne peux m’empêcher d’y revenir pour tenter d’en extirper toute la moelle.

Persefone

On s’entend. La Principauté d’Andorre n’est pas un haut lieu de la musique métal. Et pourtant… Persefone, probablement le seul groupe métal andorran, s’amuse à nous plaire en mélangeant les passages mélodiques et plus agressifs. C’est magnifiquement joué, d’une grande sensibilité et on en redemande.

Revocation

Mélange de death et de thrash, très technique, joué à un rythme infernal, la musique de Revocation ne tombe pas dans la facilité. On a affaire ici à du solide.

Sabaton

Épique. C’est le mot qui me vient à l’esprit lorsque j’écoute Sabaton. J’ai cette envie de prendre les armes et de monter au combat sur le champ. La musique de Sabaton est inspirante, enivrante en plus d’avoir des textes recherchés sur l’histoire militaire. Petit plaisir coupable!

Sight of Emptiness

Une superbe découverte. Un groupe du Costa Rica (ce qui ne court pas les rues dans le monde métal) avec une approche très personnelle du melodeath qui ne craint pas de sortir des sentiers battus. J’adore l’album Instincts où plusieurs invités de marque viennent y ajouter une petite touche toute personnelle. Entre autres, la magnifique pièce Paradox où le ministre costaricain de la Culture, Manuel Obregón, y joue du piano… un délice pour les oreilles!

Ulcerate

L’année dernière, l’album Vermis du groupe néozélandais Ulcerate m’a métaphoriquement jeté par terre. Un album dense, qui ne se laisse pas apprivoiser du tout. On pense ici à Gorguts avec ses dissonances et ses rythmes disjonctés. C’est un album qui demande du travail de la part de celui qui veut le découvrir, mais c’est un investissement qui en vaut la peine.

Vallenfyre

A Fragile King est une œuvre torturée, à fleur de peau avec une voix d’outre-tombe gutturale, profonde et puissante. Ce groupe anglais joue avec ses tripes. Du death sale qui colle à la peau et qui ne laisse personne indifférent.

Wintersun

Après le death sale et crouteux de Vallenfyre, je vous propose Wintersun avec leurs albums Wintersun et Time I. On change de registre ici. On passe du côté sombre à la lumière froide de l’hiver, mais avec des mélodies d’une grande beauté.

Voilà donc quelques découvertes que je me permets de vous partager. Il y en a d’autres, des tonnes d’autres. Mais ça sera pour une autre fois.

Je ne peux m’empêcher de terminer sur une note positive. À lire absolument, la réponse d’Andrew W. K., artiste new-yorkais qui répond au courrier des lecteurs pour le magasine Village Voice, à une fille qui se plaint de la musique qu’écoute son amoureux.

Une réponse pleine de sensibilité et de finesse.

Written by Le barbare érudit

13 septembre 2014 at 14 h 02 min

Publié dans Musique

De l’école à la mer

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Je marche sur l’allée des Père-Eudistes. Devant moi, la mer.

Il est 17h et je rentre. Je viens de terminer une autre journée à l’école où je travaille maintenant. Je laisse derrière moi la grande bâtisse blanche aux fenêtres plein sud, mes soucis, mes listes et je me dirige d’un pas lent vers cette mer qui s’étend devant moi. Je n’ai qu’une centaine de mètres à faire avant d’atteindre le chemin d’En-haut que j’emprunte vers l’Est. À ma droite, la mer. À ma gauche, la taïga.

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Le soleil m’offrant encore quelques heures de clarté, je choisis de tourner à droite sur l’allée des Galets. Je ne rentrerai pas tout de suite. Je dirige plutôt mes pas vers la plage. L’allée des Galets se fond lentement dans le sable doré de la plage où elle prend fin. À gauche, au bout de cette allée, L’Échourie, petit café-bistro où vendredi certains membres de l’équipe se retrouvent pour y oublier la semaine.

J’enlève les souliers qui me serrent les pieds depuis ce matin, j’y enfonce mes bas et je les prends dans mes mains. Je laisse le sable sec détendre mes pieds et je commence ma marche le long de cette longue et interminable plage qui mène de la rivière Natashquan à Pointe-Parent. Ses kilomètres s’étendent devant moi jusqu’à se perdre à l’horizon.

Je n’entends que le bruit blanc de la mer, ses vagues inlassables qui viennent mourir dans le sable. Ici, le temps s’arrête…

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Bienvenue à Natashquan.

Written by Le barbare érudit

26 août 2014 at 20 h 06 min

Mon corps une toile

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C’est un projet auquel je réfléchis depuis des années. Seulement, comme il s’agit d’un projet aux conséquences irréversibles, je voulais être certain que je ne regretterais pas mon choix une fois celui-ci fait.

Je voulais transformer mon corps, mon dos, plus particulièrement, en toile pour un tatouage. Je vous raconte ce projet que j’ai maintenant littéralement dans la peau!

Vous savez tous que j’aime la littérature et particulièrement la poésie. De nombreux articles touchent ce sujet sur mon blogue. Mon projet s’articule autour du poème Une charogne de Baudelaire. C’est un poème que j’adore pour deux raisons. La première, c’est le contraste entre la beauté de la langue utilisée et l’horreur décrite avec une précision chirurgicale. Les descriptions de ce corps en décomposition donnent des haut-le-cœur et on n’a aucune peine à imaginer la « carcasse superbe » ainsi que la puanteur qui s’en dégage.

La seconde raison, c’est le thème de l’immortalité des idées et des œuvres. Sans en faire une analyse profonde, il est clair qu’à la fin du poème, Baudelaire croit que, malgré la finalité de la vie, celle-ci se renouvelle en un cycle continu. Les idées, elles, sont éternelles.

Je cherchai donc sur internet les meilleurs endroits où se faire tatouer à Montréal. C’est finalement sur le studio de tatouage Imago que je jetai mon dévolu. En juillet 2013, je m’y rendis pour discuter de mon projet avec un des tatoueurs de l’endroit. C’est là que je rencontrai Greg Laraigné. Je lui présentai mon projet et mes idées

La première idée que j’avais pour ce projet était de me faire tatouer le poème au complet dans le dos. J’imaginais alors me le faire tatouer en deux colonnes bien droites de six strophes chacune avec le titre du poème centré au-dessus de ces dernières.

Greg me convainquit rapidement qu’un bloc de texte aussi massif vieillirait mal et qu’à la longue, je regretterais ce choix. Malgré une première « déception », il était clair que mon projet intriguait et intéressait Greg grandement. Il me répéta à quelques reprises d’ailleurs que ce poème l’inspirait.

Il y avait donc de l’espoir. Je dormis sur ses sages conseils et lorsque je retournai le voir une semaine plus tard, une nouvelle idée avait pris forme. Nous illustrerions le poème.

Le dessin serait une interprétation libre du poème. À force de discuter de la chose, nous en vînmes à nous entendre sur la forme suivante. La première strophe du poème serait tatouée dans le haut de mon dos, mais les derniers mots du dernier vers de cette strophe s’effaceraient lentement pour laisser place à l’illustration. Cette dernière couvrirait tout mon dos.

Dès le départ, j’expliquai à Greg que le projet prendrait du temps. Étant donné les conditions particulières dans lesquelles je vis, il me serait impossible de venir le voir régulièrement en cours d’année scolaire. Nous devrions donc nous voir essentiellement l’été et, si le temps le permettait, durant le congé de Noël. Je pris donc plusieurs rendez-vous avec lui, un en janvier 2014 et trois autres en juillet.

C’est en janvier 2014 que je me lançai dans ce projet à corps perdu. Sans jeu de mots idiot. Lors de cette première séance, Greg me montra d’abord le texte et une première ébauche du dessin. J’avoue avoir été très impressionné par ce que Greg me montra.

Le poème s’ouvre avec une superbe lettrine de style gothique, très romantique, même, et se poursuit avec une calligraphie soignée, mais sobre. Comme prévu, le dernier vers s’efface lentement jusqu’à ce que le dernier mot, « cailloux », en devienne presque illisible.

Dos texteL’effacement du dernier vers n’est pas encore visible sur cette photo prise immédiatement après la séance de tatouage.

Detail lettrinePar contre, on voit bien le détail de la lettrine.

J’ai eu plusieurs mois pour me remettre de cette première expérience. En effet, mon prochain rendez-vous n’étant prévu qu’en juillet 2014, mon corps eut amplement le temps de guérir.

D’ailleurs, je pris trois rendez-vous en juillet 2014 afin de faire progresser mon projet avec diligence. Je me doutais que la somme de travail nécessaire à mener à terme ce projet s’annonçait importante. Comme il faut laisser au moins deux semaines de guérisons entre chaque séance, je devais y aller au début, à la mi et à la fin de juillet.

Au début juillet, je revins donc voir Greg pour poursuivre le travail. C’est là qu’il me montra le dessin tel qu’il allait me le tatouer dans le dos. Magnifique! Il rendait d’excellente façon l’opposition entre la beauté et l’horreur, entre la vie et la mort. C’est donc tout le dessin, d’un trait, qu’il allait me tatouer. Cette séance dura 5 heures. Le résultat parle de lui-même!

Dos ligneOn voit maintenant clairement le dernier vers qui s’efface lentement sur le dessin. Eh oui, il y a beaucoup de lignes ici…

Lors de mes deux rencontres suivantes, à la mi-juillet et à la fin, on ne ferait que des ombrages afin d’accentuer la profondeur et les détails du dessin. Durant la première de ces deux séances, Greg s’attarda à la moitié gauche de mon dos.

Dos shade 1Bien que l’ombrage apparaisse rouge, il n’y a aucune couleur dans le tatouage. Le rouge, c’est ma peau qui réagit…

Ensuite, lors de la dernière séance, il s’attaqua à la moitié droite.

Dos shade 2

Ce qui ressort clairement maintenant, c’est que le dessin est beaucoup plus riche, texturé, il y a de la profondeur et le dos est davantage rempli. Non, le travail n’est pas terminé. Oui, il y aura de la couleur. Et il reste un certain nombre d’éléments à ajouter. Entre autres, il y a le visage de la femme qui restera probablement caché par ses cheveux.

C’est une œuvre qui progresse et, qui est loin d’être terminée, mais qui déjà a fière allure! En tout cas, j’en suis très fier.

Surtout, c’est une œuvre qui n’aurait jamais vu le jour sans la complicité et les précieux conseils de Greg, mon tatoueur. Bien que j’eus l’idée de ce tatouage, je ne possède ni le talent ni les compétences pour le réaliser. C’est donc une idée que mon tatoueur a réussi à articuler dans la réalité.

Je tenais à le souligner et à attirer l’attention sur son travail.

Written by Le barbare érudit

18 août 2014 at 21 h 27 min

Publié dans Général, Littérature, Ludique

Un gros navire

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Le soleil s’acharne sur la toundra lui faisant ressentir la douleur de ses rayons qui frappent sans relâche le sol. Nous sommes dimanche et c’est ma dernière journée au Nunavik.

Demain, lundi, je quitte Kuujjuaq pour me diriger vers Montréal le temps de profiter de quelques semaines de vacances entre ces deux emplois, celui que je laisse derrière moi et celui qui m’attend. Je repense à des collègues qui ont emprunté le même chemin que je m’apprête à suivre et qui l’ont fait le cœur lourd de souvenirs qu’ils ne désiraient pas abandonner. Je devrais ressentir ce sentiment de nostalgie, mais non. Il n’en est rien. Je pars le cœur léger, serein, ma décision est prise et je n’ai pas besoin de l’assumer, elle va de soi.

Le 11 août je prendrai la direction de Natashquan. C’est là où j’irai planter mes pieds pour un an, peut-être davantage, je n’en sais rien pour l’instant. On a bien voulu de mes services pour prendre la relève d’un confrère qui, après plus de dix ans, prend une retraite que j’imagine pleinement méritée.

C’est le nouvel emploi qui m’attend. Directeur des écoles Notre-Dame-des-Anges de Natashquan et Notre-Dame-de-Grâce d’Aguanish. Deux écoles qui couvrent de la maternelle à la troisième année du secondaire. Avec un total de moins de 100 élèves, je ne me sentirai pas trop dépaysé par rapport à ce que j’ai vécu à Quaqtaq…

Pourquoi changer d’emploi ? C’est la question qui revient le plus souvent. Une commission scolaire, c’est un gros bateau et tous les employés en sont les rameurs. Lorsque j’ai regardé par-dessus bord récemment, je n’ai pas eu envie d’aller là où le bateau se dirige. Comme je ne peux m’attendre à ce qu’un navire change de direction pour un seul individu, j’ai choisi de changer de navire et d’aller ramer ailleurs. J’ai un an pour tenter ma chance et voir si ce nouveau navire me plaira davantage et si la destination me convient mieux.

Ça sera donc à suivre à partir du 12 août !

Written by Le barbare érudit

22 juin 2014 at 14 h 33 min

Publié dans Général, Vie boréale

Un jour à la fois…

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Non, pas la célèbre chanson du même nom. Plutôt la règle que j’ai toujours suivie depuis qu’en août 2000 je suis arrivé au Nunavik.

Ne sachant trop si j’allais m’y plaire ou non, je ne me suis jamais imposé de contraintes quant au nombre d’années que j’y resterais. Un jour à la fois, une année à la fois. Ma devise, ma règle.

Et là, après 14 ans au service de l’éducation des jeunes inuit, je tire ma révérence. Je m’en vais relever de nouveaux défis éducatifs ailleurs, sur la Côte-Nord.

Je quitte la commission scolaire Kativik sans regret, sans hargne, sans amertume. Je quitte serein, sachant que je me suis dévoué durant toutes ces années, toutes ces merveilleuses années, auprès des élèves du Nunavik. Je n’ai jamais promis de miracle, j’ai tout simplement promis de faire de mon mieux.

À suivre dans quelques semaines alors que je serai devenu Gens du pays

Written by Le barbare érudit

20 mai 2014 at 15 h 31 min

Publié dans Général