Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Archive for the ‘Vie boréale’ Category

Le Nord a faim

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Le Nord a faim!

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Written by Le barbare érudit

16 mai 2015 at 11 h 30 min

Publié dans Vie boréale

De l’école à la mer

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Je marche sur l’allée des Père-Eudistes. Devant moi, la mer.

Il est 17h et je rentre. Je viens de terminer une autre journée à l’école où je travaille maintenant. Je laisse derrière moi la grande bâtisse blanche aux fenêtres plein sud, mes soucis, mes listes et je me dirige d’un pas lent vers cette mer qui s’étend devant moi. Je n’ai qu’une centaine de mètres à faire avant d’atteindre le chemin d’En-haut que j’emprunte vers l’Est. À ma droite, la mer. À ma gauche, la taïga.

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Le soleil m’offrant encore quelques heures de clarté, je choisis de tourner à droite sur l’allée des Galets. Je ne rentrerai pas tout de suite. Je dirige plutôt mes pas vers la plage. L’allée des Galets se fond lentement dans le sable doré de la plage où elle prend fin. À gauche, au bout de cette allée, L’Échourie, petit café-bistro où vendredi certains membres de l’équipe se retrouvent pour y oublier la semaine.

J’enlève les souliers qui me serrent les pieds depuis ce matin, j’y enfonce mes bas et je les prends dans mes mains. Je laisse le sable sec détendre mes pieds et je commence ma marche le long de cette longue et interminable plage qui mène de la rivière Natashquan à Pointe-Parent. Ses kilomètres s’étendent devant moi jusqu’à se perdre à l’horizon.

Je n’entends que le bruit blanc de la mer, ses vagues inlassables qui viennent mourir dans le sable. Ici, le temps s’arrête…

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Bienvenue à Natashquan.

Written by Le barbare érudit

26 août 2014 at 20 h 06 min

Un gros navire

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Le soleil s’acharne sur la toundra lui faisant ressentir la douleur de ses rayons qui frappent sans relâche le sol. Nous sommes dimanche et c’est ma dernière journée au Nunavik.

Demain, lundi, je quitte Kuujjuaq pour me diriger vers Montréal le temps de profiter de quelques semaines de vacances entre ces deux emplois, celui que je laisse derrière moi et celui qui m’attend. Je repense à des collègues qui ont emprunté le même chemin que je m’apprête à suivre et qui l’ont fait le cœur lourd de souvenirs qu’ils ne désiraient pas abandonner. Je devrais ressentir ce sentiment de nostalgie, mais non. Il n’en est rien. Je pars le cœur léger, serein, ma décision est prise et je n’ai pas besoin de l’assumer, elle va de soi.

Le 11 août je prendrai la direction de Natashquan. C’est là où j’irai planter mes pieds pour un an, peut-être davantage, je n’en sais rien pour l’instant. On a bien voulu de mes services pour prendre la relève d’un confrère qui, après plus de dix ans, prend une retraite que j’imagine pleinement méritée.

C’est le nouvel emploi qui m’attend. Directeur des écoles Notre-Dame-des-Anges de Natashquan et Notre-Dame-de-Grâce d’Aguanish. Deux écoles qui couvrent de la maternelle à la troisième année du secondaire. Avec un total de moins de 100 élèves, je ne me sentirai pas trop dépaysé par rapport à ce que j’ai vécu à Quaqtaq…

Pourquoi changer d’emploi ? C’est la question qui revient le plus souvent. Une commission scolaire, c’est un gros bateau et tous les employés en sont les rameurs. Lorsque j’ai regardé par-dessus bord récemment, je n’ai pas eu envie d’aller là où le bateau se dirige. Comme je ne peux m’attendre à ce qu’un navire change de direction pour un seul individu, j’ai choisi de changer de navire et d’aller ramer ailleurs. J’ai un an pour tenter ma chance et voir si ce nouveau navire me plaira davantage et si la destination me convient mieux.

Ça sera donc à suivre à partir du 12 août !

Written by Le barbare érudit

22 juin 2014 at 14 h 33 min

Publié dans Général, Vie boréale

De la crème brûlée

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J’adore la crème brûlée. C’est de loin mon dessert préféré. En fait, j’aime tellement ça que ne pouvant plus me contenter de seulement en manger au resto, j’ai appris à faire la mienne. Qui n’est pas, humblement, piquée des vers!

Je vous propose ma recette, histoire de participer au partage de connaissances culinaires et autres qui prend vie sur le net.

Crème brûlée

Ingrédients

  • 500 ml de crème 35 %
  • 1 gousse de vanille
  • 5 jaunes d’œuf
  • 60 ml de sucre

Méthode

  1. Préchauffer le four à 400 °F
  2. Verser la crème dans une casserole et y ajouter la gousse de vanille fendue en deux sur la longueur. Faire chauffer à feu moyen-doux jusqu’à ce que de petites bulles commencent à apparaître à la surface.
  3. Pendant que la crème chauffe, dans un cul de poule, mettre les jaunes d’œuf et le sucre et fouetter vigoureusement jusqu’à ce que le mélange devienne blanchâtre.
  4. Dès que la crème est chaude, la retirer du feu, en prendre une petite louche qu’on ajoute aux œufs en mélangeant. On continue à ajouter la crème chaude jusqu’à ce qu’elle soit toute intégrée.
  5. Retirer la gousse de vanille du mélange en prenant bien soin de gratter les grains à l’intérieur de cette dernière et de les laisser dans la crème.
  6. Remplir quatre à six ramequins de cette divine crème.
  7. Couvrir le fond d’une rôtissoire assez grande pour y accueillir les ramequins d’un linge de table.
  8. Déposer les ramequins dans la rôtissoire.
  9. Ajouter de l’eau bouillante dans la rôtissoire jusqu’au deux tiers des ramequins en prenant soin de ne pas en verser dans ceux-ci.
  10. Enfourner les crèmes et cuire environ 20 minutes.
  11. Mettre les crèmes au réfrigérateur et laisser refroidir au moins deux heures.
  12. Brûler les crèmes au moment de servir (voir plus bas comment faire).

Pour la préparation des crèmes, le plus important, c’est la cuisson. On veut conserver une texture crémeuse, riche, onctueuse qui n’est pas sans rappeler la texture du yogourt. Il vaut mieux ne pas trop cuire les crèmes. À mon avis, 20 minutes, c’est un maximum. On peut les cuire un peu moins, voir 15 minutes. À vous de faire des essais et de voir ce que vous préférez. Trop cuire la crème la rend plus ferme et ça, c’est moins intéressant en bouche.

Pour le service, je recommande fortement l’utilisation d’une torche à souder. Oublier ces petits gadgets qu’on vend dans les magasins d’articles de cuisine. Pour moins cher, vous pourrez trouver facilement dans toute bonne quincaillerie une torche à souder qui durera plus longtemps.

Torche à souder

On peut toujours faire brûler les crèmes au four à « broil », mais c’est plus long et beaucoup plus difficile. Je ne le recommande pas.

On commence par couvrir la surface de la crème avec du sucre. Je préfère le sucre blanc, mais vous pouvez essayer d’autres sucres. Sachez cependant que tous les sucres ne réagissent pas de la même manière à la flamme et que vous devrez porter une attention particulière au brûlé. Ça peut aller très très vite!

Crème brûlée couverte de sucre

Je ne connais pas de méthode particulière pour brûler le sucre. J’y vais avec un mouvement circulaire et je m’assure de chauffer également toute la surface.

Sucre brûlé 1

Sucre brûlé 2

Voilà! C’est le temps d’en profiter maintenant!

Crème brûlée

Written by Le barbare érudit

22 février 2013 at 12 h 00 min

Publié dans Ludique, Vie boréale

Par un après-midi grisâtre dans la toundra

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Me retrouvant seul à la maison, ma femme étant absente pour encore quelques jours, je décidai de sortir m’aérer l’esprit en marchant dans la toundra. En ce premier octobre un peu gris, un peu terne, un peu morne, sous un ciel couvert et poussé par un vent bien présent, je ressentis le besoin de me ressourcer dans cette toundra qui m’accueille depuis plus de onze ans.

Je partis accompagné de mon fidèle compagnon, Canille, mon chien, en suivant d’abord la route de la garderie, mais en direction inverse du village. Après environ 300 mètres, un petit chemin de graviers s’ouvre sur notre droite. Nous le prenons. Je sais qu’au bout de ce court chemin entre une petite montagne sur la droite et un boisé sur la gauche se trouve un cimetière.

Une haute clôture faite de tronc d’épinettes noires délimite ce cimetière, témoin du passage des hommes et des femmes qui vécurent ici, à Kuujjuaq. Les rangées de croix blanches semblent vouloir battre en retraite devant l’inexorable progression de la végétation à l’intérieur de leur propre enceinte. Ici et là, au travers des arbustes denses et entre les croix blanches, on peut voir des pierres tombales où les inscriptions en caractères romains côtoient le syllabique des Inuit.

Je choisis de contourner le cimetière pour me diriger vers la montagne qui se situe tout juste derrière. Un sentier me permit de le faire sans avoir à me battre avec les aulnes et autres arbustes qui me séparaient de mon but : la montagne. Deux lignes parallèles de terre foulée marquaient de façon évidente que ce sentier était le fruit du passage répété de véhicules tout-terrains. Leurs roues ayant agi comme deux défricheuses dans la toundra. Entre ces deux lignes, la végétation s’accrochait tant bien que mal au peu d’espace laissé libre de tout passage par les véhicules.

Ici, la forêt croît avec vigueur. Les épinettes noires et les mélèzes se partagent la terre acide qui s’étend avant de céder la place à la pierre nue des montagnes. Aux pieds de ces arbres nains, aucun ne dépassant les trois mètres, les lichens, les mousses et la sphaigne forment un tapis spongieux et élastique qui absorbe si bien l’eau que les Amérindiens et les Inuit s’en servaient pour faire des couches et des serviettes hygiéniques.

Les mélèzes, ces résineux particuliers et uniques, voient leurs épines changées de couleur. Elles passent du vert éclatant au jaune terne avant de tomber au sol formant autour de chaque arbre un étrange tapis d’aiguilles dorées.

Au bout du sentier, une sablière. Je la traversai en marchant tant bien que mal, mes pieds s’enfonçant dans ce sable glissant. Canille, enjouée comme jamais, court partout dans cette sablière, le nez au vent, les oreilles battant la cadence de ses pas furieux. Elle n’est jamais très loin de moi. Toujours, elle relève la tête et me cherche du regard jusqu’à ce qu’elle me voit et retourne rapidement à ses préoccupations premières dictées par son nez.

Je finis par atteindre le pied de la montagne. Un mur s’élève devant moi. Un unique bloc de granit plus vieux que la toundra elle-même se dresse à un angle impossible et ne présente à peu près aucune aspérité où je puisse prendre pied. Je regardai à droite et à gauche et j’aperçus, un peu plus loin, un endroit où je pourrais monter. Je m’y rendis. Et là, la pente, bien que toujours très abrupte, me permit tout de même de gravir cette pierre dure millénaire.

En haut, le paysage familier de la toundra arborescente cède la place au paysage lunaire de la toundra. Dans les vallées que je peux voir se dessiner entre les masses de rocs qui m’entourent, les arbres forment des forêts plus ou moins clairsemées, mais ici, en haut de la montagne, les pieds bien appuyés sur la roche, c’est un univers fort différent qui s’offre. Il n’y a plus d’arbres, plus d’arbustes, que les mousses et les lichens qui s’accrochent à la pierre nue.

Je me mis à marcher et sous mes pas, je ressentis de même que j’entendis le craquement de ce lichen noir qui forme des cercles sur la pierre et dont le pourtour se relève à la manière d’une crêpe qu’on a trop faite cuir. J’aperçus la majestueuse rivière Koksoak au loin et je me dirigeai dans cette direction suivant la cime de cette montagne.

La toundra ne se décrit pas vraiment. Pas plus qu’elle ne s’explique. La toundra, c’est un sentiment, un sentiment qui nous envahit et qui ne nous lâche plus. Il s’incruste jusque dans les moindres parcelles de notre être et en vient à nous habiter entièrement. La toundra m’habite et m’abrite depuis plus de onze ans. Elle me nourrit et m’éduque. Elle me rend davantage humble et respectueux parce que je sais qu’elle peut prendre la vie plus rapidement que tout autre environnement.

La toundra ne pardonne pas.

Il faut avoir vécu un véritable blizzard dans la toundra pour en saisir toute la puissance. Le hurlement du vent, la neige soufflée par ce vent et qui forme une masse si dense et si compacte que la visibilité en est réduite à moins d’un mètre, parfois même à peine quelques centimètres, tout cela concourt à créer un immense sentiment d’humilité et de respect envers elle.

Je regardais mon chien courir avec moi, le nez plaqué au sol à la recherche d’une odeur, explorant un monde olfactif à jamais interdit pour moi, et je ne pus m’empêcher de penser à quel point j’aimais cet univers. Le vent me poussait à avancer et j’avais tout le loisir d’observer la beauté particulière qui m’entourait.

Entre les crêtes de pierre de la montagne, une mousse dense emplissait ces dépressions d’un tapis très semblable à celui qu’on retrouvait plus bas, là où poussent les arbres. Puis, devant moi, un lac formé de l’eau de pluie qui s’accumula au cours de l’été. Je tentai d’en faire le tour d’abord par la droite, mais je pus y parvenir à cause de la sphaigne saturée d’eau qui se trouvait en travers de mon chemin.

Je rebroussai donc chemin puis décidai de contourner le lac par la gauche. C’est là que je tombai sur une minuscule talle de myrtilles, à peine plus grande que ma main, que je me dépêchai de ramasser et de manger. Leur goût sucré et frais me rappela à quel point les petits fruits abondent dans la toundra. Ils sont une importante source de nourriture pour la population qui peut passer des heures assises à les cueillir.

Mon chien vint me rejoindre et mordit à pleine gueule dans ce que je laissai de myrtilles. Puis nous poursuivîmes notre marche. Je la vis alors s’arrêter net avant de rebrousser chemin et de se mettre à renifler avec insistance une partie de toundra particulière. Elle tournait autour d’un certain point puis, après quelques tours supplémentaires, elle stoppa et prit quelque chose. Elle revint vers moi à la course. Elle avait dans la gueule ce qui restait d’un sabot de caribou, quelques os encore retenus par des ligaments. Elle semblait fière de son coup, heureuse de pouvoir me montrer son précieux butin.

Puis je décidai de rebrousser chemin et de rentrer chez moi. Il était temps de revenir à la maison. J’avais enfin l’esprit aéré et j’étais prêt à passer à autre chose.

Written by Le barbare érudit

1 octobre 2011 at 17 h 50 min

Publié dans Vie boréale

11 septembre 2001

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Je me trouvais au Northern avec mes élèves de cheminement particulier dans le cadre d’une activité où ils devaient faire une épicerie fictive avec un budget limité lorsque le gérant, que je connaissais bien, mais que je comprenais difficilement tant son accent terre-neuvien était prononcé, vint me voir pour me dire qu’un avion avait frappé le World Trade Center.

J’avais bien remarqué en entrant les téléviseurs allumés, mais je n’avais pas porté attention aux images qui s’y trouvaient. Mais là, je me suis rapproché de ces écrans pour tenter de donner du sens à ce tourbillon qui n’en faisait pas. J’ai demandé à mes élèves de terminer l’activité, car nous devions retourner en classe et c’est là que, « live », un autre avion est entré en collision avec une des deux tours.

J’en étais sous le choc. Nous sommes rentrés à l’école et j’ai commencé à informer mes collègues de ce qui se passait. Personne ne semblait comprendre ce que je racontais tellement la chose paressait grosse, énorme, improbable, impossible. Pourtant, c’était la vérité. Tout au long de la journée et de la soirée, j’étais une éponge en quête d’eau. Je voulais savoir, comprendre, je cherchais de l’information, mais celle-ci était évasive, elle ne percolait qu’à très petites gouttes jusqu’à nous.

Je n’oublierai jamais ce matin d’automne frais et pluvieux.

Written by Le barbare érudit

11 septembre 2011 at 9 h 01 min

Publié dans Réflexion, Vie boréale

Le vrai Plan Nord

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J’ai donné il y a quelques semaines une série de statistiques sur le Nunavik. C’était ma réponse viscérale et instinctive à l’annonce du Plan Nord du gouvernement du Québec.

Maintenant que la poussière est retombée et que j’ai eu le temps de laisser mon esprit erré à gauche et à droite à ce sujet (sans compter le déménagement, la fin de l’année scolaire et le changement de job), je voudrais l’aborder à nouveau, mais avec une perspective tout à fait différente qui ne se concentrera pas sur le Plan Nord lui-même, mais sur mon expérience au Nord et sur ma perception de ce que devrait être un véritable Plan Nord au Nunavik.

Évacuons d’entrée de jeu toute référence au Plan Nord telle que définie par le gouvernement du Québec. On sait tous maintenant que Charest veut faire de ce plan un projet de développement durable pour le territoire du Québec au nord du 49e parallèle. Le long document intitulé Faire le Nord ensemble, Le chantier d’une génération (qu’on peut trouver ici) présente cette vision avec moult détails.

Ce n’est pas de ça que je veux parler. Je crois qu’il y a beaucoup d’autres choses à dire à propos du Nord et ce Plan, aussi bon ou mauvais soit-il, ne devrait pas en être la première chose.

Je l’ai déjà dit, travailler et vivre au Nord est une expérience unique et très déstabilisante. Bien qu’il s’agisse techniquement de la même province, du même pays, on a véritablement l’impression de débarquer en terre étrangère lorsque, posant le pied sur la piste d’atterrissage, le paysage lunaire unique à la toundra s’impose avec son immensité et son apparente désolation.

Et je ne parle pas encore de ses habitants, les Inuit, qui peuvent paraître à première vue très froids, très distants. Le sourire est là, et la traditionnelle poignée de main, obligatoire dès la descente de l’avion, ne cache pas la distance qui sépare l’étranger, le Qalunaat, de l’Inuk.

C’est que les années ont démontré aux résidents du Nunavik que les blancs ne font que passer. Rarement restent-ils, rarement s’établissent-ils en ces terres rudes et inhospitalières. Ils ne viennent que pour y travailler quelque temps, attirés par l’aspect pécuniaire et aussitôt comblés de ce côté, quittent pour retrouver l’univers familier de leur contré d’origine.

Il est vrai que certains, quelques rares aventuriers, finissent par s’y enraciner, mais ils sont l’exception, pas la règle. Et ces vieux routiers, des hommes en général…, finissent par ressembler davantage à la faune locale qu’à des Qalunaat.

La réalité ici, ce n’est pas le manque d’ouvrage, le manque d’opportunité, c’est plutôt le choc de deux visions du monde qui sont, en apparence, incompatibles. Il y a d’un côté celle des blancs axée sur le développement, sur la croissance, sur le travail. Puis celle des Inuit axée sur la survie, mais surtout, sur l’immédiat, sur le fait qu’il ne sert à rien de planifier à moyen et à long terme alors que l’avenir est si incertain.

Ce qui fait que souvent, pas toujours, après tout, il y a chez les inuit autant de diversité d’être que dans n’importe quelle autre population et il faut se garder de tomber dans la généralisation abusive, les employés abandonnent leur travail après une période plus ou moins courte. Plusieurs postes voient donc une rotation incessante d’employés.

Il faut bien comprendre ici que je ne juge pas ce fait. Après toutes ces années passées au Nunavik, j’ai appris à vivre avec cette réalité et je ne m’en fais pas. Par exemple, pour combler un poste de technicien en comportement à l’école où j’étais directeur, pas moins de cinq candidats se sont succédé en moins de deux ans.

La question qui revient toujours est la suivante : pourquoi agissent-ils de la sorte?

(On parle « d’eux » par opposition à « nous », une façon très hypocrite d’opposer deux cultures, les Inuit vs les blancs. Comme si l’une était supérieure à l’autre… anyway, c’est un autre débat sur lequel je devrai me pencher un jour…)

Pourquoi est-ce que les Inuit semblent incapables de s’investir dans un boulot de la même manière que les blancs le font?

On voudrait une réponse simple à cette question. On voudrait une réponse qui permette d’élaborer une stratégie qui, elle, déboucherait sur la mise en place d’un plan d’action afin de changer cette réalité. Parce que, quel entrepreneur désire des employés sur lesquels il ne peut pas se fier?

À mon avis, il n’y a pas de réponse simple tout simplement parce qu’il y a une multitude de facteurs pour expliquer ces comportements. Le principal facteur selon moi repose sur l’immédiateté de la culture inuit. Je m’explique.

Confrontés à des conditions de vie extrêmes, les Inuit ont appris à vivre chaque jour, chaque instant comme s’il s’agissait de leur dernier puisqu’il leur était difficile de savoir s’ils survivraient aux prochaines semaines. Comment, dans de telles conditions, développer un quelconque sens de l’attachement à un travail qui exige engagement et dévouement?

J’ai conscience qu’il y s’agit là d’un cliché qu’on véhicule à gauche et à droite. C’est pourquoi j’insiste sur le fait qu’il ne s’agit là que d’un des nombreux facteurs expliquant, peut-être, cela.

Je n’ai pas la solution pour concilier ces deux visions, celle des Inuit et celles des blancs. Ce que je sais, c’est qu’une telle solution ne passera pas par l’exclusion. Il faudra apprendre à se respecter mutuellement tout en acceptant que nous ne partagions pas exactement la même vision.

Written by Le barbare érudit

28 juillet 2011 at 16 h 23 min

Publié dans Réflexion, Vie boréale