Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Mon corps une toile

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C’est un projet auquel je réfléchis depuis des années. Seulement, comme il s’agit d’un projet aux conséquences irréversibles, je voulais être certain que je ne regretterais pas mon choix une fois celui-ci fait.

Je voulais transformer mon corps, mon dos, plus particulièrement, en toile pour un tatouage. Je vous raconte ce projet que j’ai maintenant littéralement dans la peau!

Vous savez tous que j’aime la littérature et particulièrement la poésie. De nombreux articles touchent ce sujet sur mon blogue. Mon projet s’articule autour du poème Une charogne de Baudelaire. C’est un poème que j’adore pour deux raisons. La première, c’est le contraste entre la beauté de la langue utilisée et l’horreur décrite avec une précision chirurgicale. Les descriptions de ce corps en décomposition donnent des haut-le-cœur et on n’a aucune peine à imaginer la « carcasse superbe » ainsi que la puanteur qui s’en dégage.

La seconde raison, c’est le thème de l’immortalité des idées et des œuvres. Sans en faire une analyse profonde, il est clair qu’à la fin du poème, Baudelaire croit que, malgré la finalité de la vie, celle-ci se renouvelle en un cycle continu. Les idées, elles, sont éternelles.

Je cherchai donc sur internet les meilleurs endroits où se faire tatouer à Montréal. C’est finalement sur le studio de tatouage Imago que je jetai mon dévolu. En juillet 2013, je m’y rendis pour discuter de mon projet avec un des tatoueurs de l’endroit. C’est là que je rencontrai Greg Laraigné. Je lui présentai mon projet et mes idées

La première idée que j’avais pour ce projet était de me faire tatouer le poème au complet dans le dos. J’imaginais alors me le faire tatouer en deux colonnes bien droites de six strophes chacune avec le titre du poème centré au-dessus de ces dernières.

Greg me convainquit rapidement qu’un bloc de texte aussi massif vieillirait mal et qu’à la longue, je regretterais ce choix. Malgré une première « déception », il était clair que mon projet intriguait et intéressait Greg grandement. Il me répéta à quelques reprises d’ailleurs que ce poème l’inspirait.

Il y avait donc de l’espoir. Je dormis sur ses sages conseils et lorsque je retournai le voir une semaine plus tard, une nouvelle idée avait pris forme. Nous illustrerions le poème.

Le dessin serait une interprétation libre du poème. À force de discuter de la chose, nous en vînmes à nous entendre sur la forme suivante. La première strophe du poème serait tatouée dans le haut de mon dos, mais les derniers mots du dernier vers de cette strophe s’effaceraient lentement pour laisser place à l’illustration. Cette dernière couvrirait tout mon dos.

Dès le départ, j’expliquai à Greg que le projet prendrait du temps. Étant donné les conditions particulières dans lesquelles je vis, il me serait impossible de venir le voir régulièrement en cours d’année scolaire. Nous devrions donc nous voir essentiellement l’été et, si le temps le permettait, durant le congé de Noël. Je pris donc plusieurs rendez-vous avec lui, un en janvier 2014 et trois autres en juillet.

C’est en janvier 2014 que je me lançai dans ce projet à corps perdu. Sans jeu de mots idiot. Lors de cette première séance, Greg me montra d’abord le texte et une première ébauche du dessin. J’avoue avoir été très impressionné par ce que Greg me montra.

Le poème s’ouvre avec une superbe lettrine de style gothique, très romantique, même, et se poursuit avec une calligraphie soignée, mais sobre. Comme prévu, le dernier vers s’efface lentement jusqu’à ce que le dernier mot, « cailloux », en devienne presque illisible.

Dos texteL’effacement du dernier vers n’est pas encore visible sur cette photo prise immédiatement après la séance de tatouage.

Detail lettrinePar contre, on voit bien le détail de la lettrine.

J’ai eu plusieurs mois pour me remettre de cette première expérience. En effet, mon prochain rendez-vous n’étant prévu qu’en juillet 2014, mon corps eut amplement le temps de guérir.

D’ailleurs, je pris trois rendez-vous en juillet 2014 afin de faire progresser mon projet avec diligence. Je me doutais que la somme de travail nécessaire à mener à terme ce projet s’annonçait importante. Comme il faut laisser au moins deux semaines de guérisons entre chaque séance, je devais y aller au début, à la mi et à la fin de juillet.

Au début juillet, je revins donc voir Greg pour poursuivre le travail. C’est là qu’il me montra le dessin tel qu’il allait me le tatouer dans le dos. Magnifique! Il rendait d’excellente façon l’opposition entre la beauté et l’horreur, entre la vie et la mort. C’est donc tout le dessin, d’un trait, qu’il allait me tatouer. Cette séance dura 5 heures. Le résultat parle de lui-même!

Dos ligneOn voit maintenant clairement le dernier vers qui s’efface lentement sur le dessin. Eh oui, il y a beaucoup de lignes ici…

Lors de mes deux rencontres suivantes, à la mi-juillet et à la fin, on ne ferait que des ombrages afin d’accentuer la profondeur et les détails du dessin. Durant la première de ces deux séances, Greg s’attarda à la moitié gauche de mon dos.

Dos shade 1Bien que l’ombrage apparaisse rouge, il n’y a aucune couleur dans le tatouage. Le rouge, c’est ma peau qui réagit…

Ensuite, lors de la dernière séance, il s’attaqua à la moitié droite.

Dos shade 2

Ce qui ressort clairement maintenant, c’est que le dessin est beaucoup plus riche, texturé, il y a de la profondeur et le dos est davantage rempli. Non, le travail n’est pas terminé. Oui, il y aura de la couleur. Et il reste un certain nombre d’éléments à ajouter. Entre autres, il y a le visage de la femme qui restera probablement caché par ses cheveux.

C’est une œuvre qui progresse et, qui est loin d’être terminée, mais qui déjà a fière allure! En tout cas, j’en suis très fier.

Surtout, c’est une œuvre qui n’aurait jamais vu le jour sans la complicité et les précieux conseils de Greg, mon tatoueur. Bien que j’eus l’idée de ce tatouage, je ne possède ni le talent ni les compétences pour le réaliser. C’est donc une idée que mon tatoueur a réussi à articuler dans la réalité.

Je tenais à le souligner et à attirer l’attention sur son travail.

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Written by Le barbare érudit

18 août 2014 à 21 h 27 min

Publié dans Général, Littérature, Ludique

3 Réponses

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  1. Méchant bel exemple pour nos enfants. 😛

    Cannelle

    19 août 2014 at 13 h 06 min

  2. Simply exquisite 🙂

    Anne

    6 mars 2016 at 11 h 15 min


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