Pourquoi être athée?
Sur son blogue, Libre sans dieu nous explique pourquoi il est athée en répondant à une série de questions. J’ai décidé de faire de même ici et je vous encourage à poursuivre la réflexion de votre côté.
- Pourquoi n’avez-vous pas la foi?
- Avez-vous déjà eu la foi? (Si oui) Expliquez-nous pourquoi vous l’avez perdue. Quel est l’élément déclencheur?
- Quels sont les avantages de ne pas croire?
- Quel est le sens de la vie pour vous?
- Comment réussissez-vous à vivre sainement sans pour autant avoir quelqu’un (tel un Dieu) sur qui vous baser? Comment peut-on vivre sans foi?
- Est-ce que vous pensez que de ne pas avoir la foi vous permet de vous développer davantage sur le plan personnel? Expliquez.
- Comment percevez-vous la mort? En avez-vous peur?
- Qu’est-ce que Dieu?
- Pourquoi est-ce que Dieu n’existe pas?
- Que pensez-vous de la Bible, des fondements chrétiens?
- Que pensez-vous des arguments chrétiens qui prouvent l’existence de Dieu par les concepts suivants : la beauté du monde, l’apparition de Dieu aux Apôtres, le besoin de l’Homme d’être sauvé et la complexité de l’Univers.
- D’après vous, pourquoi les religions ont-elles été inventées?
- Pourquoi pensez-vous qu’il y a tant de gens qui croient? Qu’est-ce qui pousse l’humain à avoir la foi?
- La foi nuit-elle à l’Homme?
- La religion est-elle nuisible à notre société? Expliquez.
- Pour terminer, reprenez et complétez la phrase suivante : Un croyant c’est…
La foi veut dire croire sans preuve. Or, je ne crois pas sans éléments de preuve convaincants. J’ai besoin d’être convaincu par une argumentation logique, soutenue par des éléments de preuve pertinents. Je n’ai pas la foi par ce que je suis incapable de croire aveuglément à une chose sur les seules paroles de gens que je ne connais pas, fussent-ils écrit dans un livre ou sur le net.
Mes parents sont chrétiens et ma mère est croyante. J’ai été éduqué dans la religion chrétienne comme la très vaste majorité des jeunes Québécois de mon époque. Nous allions à la messe les dimanches et j’ai été baptisé et confirmé.
C’est un processus lent et long qui m’a permis de m’affranchir de la foi. Au fur et à mesure que j’affûtais mon esprit critique, je me suis mis à m’interroger sur la religion et sur les fondements de cette dernière. Je me suis mis à réfléchir à la pertinence de la religion pour l’être humain et j’en suis lentement venu à la conclusion qu’il n’y avait aucune raison de croire en l’existence d’un dieu, quel qu’il soit.
À mon avis, cette question ne revêt aucun intérêt. Il n’est pas question d’avantage ou d’inconvénient à croire pas plus qu’à ne pas croire. Pour moi, la question devrait toucher à l’esprit critique. Il y a certainement un très grand avantage à posséder un esprit critique fort et bien affûté, ne serait-ce que pour être en mesure de se défendre intellectuellement contre la bêtise et la stupidité.
La vie n’a de sens que dans ses actions biologiques. Manger, dormir, se défendre, se reproduire, créer, divertir, aimer… tout ça donne amplement de sens à ma vie sans que je ressente le besoin de m’en remettre à un être supérieur, à un dieu. Je trouve même qu’il y a là un certain risque de ne pas profiter pleinement du temps qu’on a à vivre que de vouloir le consacrer à une chimère pareille.
Cette question est totalement biaisée. Elle sous-entend qu’il est impossible d’avoir une vie satisfaisante sans s’en remettre à un dieu. Ce qui est tout à fait faux et sans fondement. J’arrive à très bien vivre, sainement et avec, j’ose croire, un grand sens moral qui repose sur mes valeurs telles que le respect, l’altruisme, l’amitié et le plaisir. Il est très facile de vivre sans avoir la foi. On n’a qu’à s’en remettre à des valeurs universelles comme celles que j’ai adoptées et qui existent indépendamment des religions qui les ont aussi adoptés.
Je pense que la foi est un frein au plein épanouissement d’un individu. Bien qu’il existe de nombreux cas de personnes parfaitement saines et heureuses et qui ont la foi, je persiste à penser qu’elle représente davantage un handicap qu’un avantage.
La mort est la fin de la vie. Elle fait intimement partie de la vie. La mort d’un individu, c’est le début d’un cycle qui verra l’énergie accumulée au fil de la vie de l’être maintenant mort recyclé pour que la vie reprenne son cours, mais dans une nouvelle direction. Je n’ai pas peur de la mort. Elle est inévitable et, sans la souhaiter, j’accepte sa venue. J’aspire simplement profiter de ma vie au maximum en attendant, et le plus longtemps possible.
C’est une chimère. Une invention face à l’incompréhension du monde qui nous entoure. C’est l’idée que seul un être supérieur possède le pouvoir de créer l’univers. Et c’est la preuve que l’éducation a manqué son réel objectif.
Il n’y a aucune preuve concluante de son existence. C’est la même chose que de croire aux orques, aux dragons et autres bêtes fantastiques. Le fardeau de la preuve repose sur les épaules de ceux qui affirment que ces êtres existent. Mais il y a un autre aspect qui, à mon avis, est beaucoup plus intéressant et révélateur.
Il semble que les religions sont apparues surtout pour fournir une explication du monde et de son fonctionnement aux humains qui s’interrogeaient sur ces questions. Or, grâce aux progrès de la science au cours des siècles, nous avons été en mesure de substituer des explications rationnelles à à peu près toutes les questions auxquelles répondait la religion. Et ça, c’est, à mon humble avis, une raison de plus pour expliquer pourquoi dieu n’existe pas.
Je ne connais pas suffisamment la bible pour me prononcer sur son contenu et le peu que je connais des fondements chrétiens m’a depuis longtemps échappé.
Tous ces arguments ne constituent certainement pas des preuves concluantes, ni même circonstancielles. Tout au plus sont-elles des tentatives d’encadrer la discussion de telle sorte que la seule conclusion possible devient l’existence de dieu, ce qui représente des cas patents de sophismes. Sans entrer dans le détail et la réfutation de chacune de ces « preuves », il est clair qu’elles relèvent davantage de l’opinion personnelle que de la logique argumentative.
J’ai répondu à cette question en répondant à la question 9.
Je ne connais évidemment pas la réponse à cette question. Une chose est certaine : un très grand nombre d’humains croit. Et si j’avais à identifier la principale raison pour cet état de fait, j’irais avec l’éducation. À mon avis, c’est l’éducation qui fait la principale différence entre le fait de croire ou de ne pas croire. Il y a davantage d’athées au fur et à mesure que le niveau d’éducation augmente. La corrélation est très forte.
Je pense que la foi nuit à l’homme en le limitant dans le développement de ses capacités moral, intellectuel et social.
Nous aimons croire que la religion a été à la base de la survie des Canadiens français. Sans elle, d’aucuns croient qu’il n’y aurait plus de français parlé au Québec.
Peut-être.
Mais comme nous ne pouvons pas réécrire l’Histoire, encore moins la revivre, nous ne pouvons qu’aller de conjectures en hypothèses. La réalité est la suivante : nous parlons encore français, mais il a fallu attendre les années 60 avant que le Québec n’entre réellement dans la révolution industrielle et ça, c’est clairement l’influence de la religion qui en est responsable. Donc, oui, je crois que la religion est nuisible à notre société.
… un individu à éduquer.








J’aurais répondu la même chose que toi à la plupart des questions. Quelques ajouts :
2, élément déclencheur : J’ai arrêté d’aller à l’église à 15 ans parce que j’étais en état de péché mortel (un an sans confession). Alors, comme un péché mortel ou 100, c’est la même chose (on va en enfer) et comme je n’avais aucune intention de me confesser à nouveau, j’ai arrêté d’aller à la messe (autre péché mortel). Dans le fond, cela devait faire quelques années que je ne croyais plus…
4, sens de la vie : Elle n’a aucun sens, elle est, point. Comme tous les êtres vivants, l’homme est vivant pour se reproduire. Pour moi, ce n’est pas un sens, mais une fonction.
7, peur de la mort : Je ressens parfois un peu d’angoisse, mais c’est bénin et très court.
10, bible : anthologie de contes et légendes passés de bouche à oreille, puis figés à un certain moment dans un (des ?) texte (s).
11, arguments : ce ne sont que des raisonnements circulaires. Genre : le monde est trop complexe pour être apparu de lui-même, donc ça prend une intervention extérieure, donc dieu existe. Comme la conclusion est dans la prémisse (rien ne prouve que le monde est trop complexe, au contraire), c’est un raisonnement circulaire et sans intérêt.
13, pourquoi tant de gens croient : j’ajouterais l’angoisse existentielle.
14, foi nuit-elle : «64 % des Américains ont déclaré que si la science allait à l’encontre d’une de leurs croyances religieuses, ils rejetteraient la science en faveur de leur foi.» Et cela fait de la peine à Darwin !
15, religion nuisible ? : motif supplémentaire de guerre, de discrimination, d’intolérance, etc.
16, croyant : tant que ce n’est pas un prosélyte… c’est quelqu’un avec qui on évite certains sujets !
Darwin
6 mai 2010 à 0 h 03 min
Je crois que nous sommes pas mal sur la même longueur d’onde à ce sujet.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 57 min
«4.Quel est le sens de la vie pour vous?
La vie n’a de sens que dans ses actions biologiques. Manger, dormir, se défendre, se reproduire, créer, divertir, aimer… tout ça donne amplement de sens à ma vie sans que je ressente le besoin de m’en remettre à un être supérieur, à un dieu. Je trouve même qu’il y a là un certain risque de ne pas profiter pleinement du temps qu’on a à vivre que de vouloir le consacrer à une chimère pareille.» : Barbare, c’est proprement ridicule ça
404
6 mai 2010 à 6 h 08 min
Et toi, quelle serait ta réponse?
En un sens, ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas de sens à la vie. La vie est observable, elle existe et ça me suffit.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 44 min
La 2e erreur, selon moi, est de chercher à faire du prosélytisme avec l’athéisme, au fond, la même erreur que ces maudits croyants.
404
6 mai 2010 à 6 h 11 min
Faux. Je ne tente pas de faire du prosélytisme, je tente d’ouvrir le débat afin d’en discuter. Il n’y a aucune prétention de vérité derrière mes positions. Je ne fais que rendre public le résultat de mes positions qui sont encore en cours.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 43 min
Réplique à 4. : tu mènes la vie d’un protozoaire?
404
6 mai 2010 à 6 h 13 min
Les protozoaires créent, se divertissent et aiment? Ah bon…
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 45 min
Réplique à 7. : nous ne pouvons rien savoir de la mort, alors pourquoi s’acharner à lui donner un sens qu’elle n’a pas?
404
6 mai 2010 à 6 h 16 min
D’accord. Je ne dis pas le contraire dans ma réponse.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 46 min
Réplique à 8 : mais qui t’impose le Dieu catholique? Est-ce la seule conception d’une «divinité», ou d’un principe supérieur? Et le Tao, qui n’est pas un dieu?
404
6 mai 2010 à 6 h 20 min
Je ne parle pas seulement du dieu catholique. Je parle de tous les dieux. Pour moi, que ce soit le dieu catholique, Bouddha ou Krishna, c’est la même chose.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 47 min
Réplique à 13 : cela fait-il de l’athéisme nécessairement une bonne chose?
404
6 mai 2010 à 6 h 22 min
Absolument pas. Mais, l’athéisme n’a jamais causé de guerre, de massacre, on n’a jamais tué en son nom pas plus qu’on s’en est servi pour justifier quelque acte barbare que ce soit.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 48 min
Vraiment? Mais ça pourrait venir aussi.
404
6 mai 2010 à 7 h 33 min
L’athéisme n’est certes pas à l’abri de ça.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 7 h 36 min
Réplique à 14 : rendement maximal, n’est-ce pas Barbare?
404
6 mai 2010 à 6 h 24 min
Qu’y a-t-il de mal à ce que l’humain puisse aspirer à plus d’intelligence, de moralité et de justice sociale?
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 49 min
Réplique à 16. : tu baignes peut-être trop dans ton milieu, l’éducation. En tout cas, avec cette attitude, il est impossible de rien changer. Des top scientifiques ont la foi, alors… Ça prouve que l’éducation n’y change rien, ni l’intelligence non plus. Il faut arrêter de demander de l’aide de l’extérieur, qui n’est toujours au fond qu’une béquille nous conduisant à la tyrannie.
404
6 mai 2010 à 6 h 30 min
C’est fort possible que sur ce point, tu aies raison. C’est évident que mon milieu déteint sur ma façon d’agir et de penser. Ceci dit, il est faux de prétendre que l’éducation n’a pas de lien avec l’athéisme. Oui, il y a des top scientifique qui ont la foi, mais il est très clair que plus le niveau d’éducation augmente, plus on retrouve d’athée. Il y a là une corrélation forte entre ces deux aspects des individus en général.
L’éducation n’est pas une béquille extérieur. L’éducation est le meilleur moyen de se libérer des chaînes de l’ignorance. Si ce n’était de l’éducation, nous ne saurions pour la très très vaste majorité pas lire, pas écrire, pas compter.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 6 h 54 min
Il y a aussi un autre aspect à l’éducation. Ce sont les effets de l’éducation religieuse. Je t’invite (ainsi que 404) à regarder cette courte vidéo présentée sur ce billet de Normand Baillargeon :
http://nbaillargeon.blogspot.com/2010/05/pauvres-enfants.html
Darwin
6 mai 2010 à 7 h 34 min
Oui, ça c’est basics, mais on pourrait parler d’une autre sorte d’ignorance qu’entraîne la connaissance. Parce qu’après tout, ce sont quand même de belles lunettes à travers lesquelles on voit le monde.
404
6 mai 2010 à 7 h 35 min
@Darwin : je connais cette étude des effets de l’éducation religieuse sur le développement cognitif. C’est triste effectivement. Mais pourrions-nous songer à utiliser cet effet?
Je crois que même si nous avions réelleemnt des intentions malveillantes, ce serait difficilement possible.
404
6 mai 2010 à 7 h 39 min
J’ai de la misère à voir comment le fait d’augmenter le niveau des connaissances pourrait entrainer un surcroit d’ignorance. Une chose m’apparaît essentielle ici. Les connaissances doivent se transmettre dans un cadre qui encourage le développement de l’esprit critique. Ces deux aspects sont indissociables et doivent s’intégrer. Mais là, je parle de mon expérience à titre d’éducateur.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 7 h 40 min
La pensée contraire nous laisse croire que l’éducation laïque est indispensable pour ne pas être utilisé ou exploité ou ignorant ou encore pour être pacifiste. Ne soyons pas sophistes : il y a des limites à l’éducation.
404
6 mai 2010 à 7 h 44 min
La seule réponse que je peux te donner à ça, c’est que l’éducation commence à la maison et qu’elle peut prendre de nombreuses formes. On ne se développe pas en vase clos. C’est au contact des autres que nous grandissons.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 7 h 47 min
Les croyances religieuses sont responsables des guerres? Et les deux guerres mondiales que nous avons connues au 20e siècle ont-elles un prétexte religieux?
Je crois qu’on se trompe d’époque là… on qu’on ne s’en tient, au bout du compte, qu’à des slogans.
404
6 mai 2010 à 8 h 05 min
Le terrorisme actuel n’est pas lié à la mouvance islamiste?
Je ne dis pas que toutes les guerres sont liées à la religion. Mais la religion a été la cause d’un nombre incalculable de massacre et de guerre. Et encore aujourd’hui nous en sommes témoins un peu partout dans le monde.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 8 h 08 min
Tu crois à cette légende?
Reste que les dernières plus grandes guerres n’ont pas la religion comme prétexte… Comment expliques-tu cela?
404
6 mai 2010 à 8 h 20 min
Ça ressemble beaucoup à un faux argument : le lien direct que tu établis entre religion et guerre pour justifier ce en quoi tu croies. Je crois, au contraire que la plupart des guerres depuis le début de l’humanité n’ont pas eu lieu pour des motifs religieux. Qu’en penses-tu?
404
6 mai 2010 à 8 h 23 min
Ben, là, tu te fous de ma gueule un peu. Hahaha!
La folie humaine n’a pas toujours besoin de la religion pour s’exprimer. Mais la religion en a souvent été un puissant vecteur.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 8 h 23 min
Ce à quoi je veux en venir c’est : peu importe ce que vous faites mes chers amis, ça ne changera rien à la barbarie fondamentale de l’humanité. Voilà mon point. Appelez-là comme vous voulez, que ce soit de la barbarie scientifique, etc. Il faut viser la sagesse par soi-même et pour soi-même sans espérer pouvoir changer grand-chose aux masses.
404
6 mai 2010 à 8 h 26 min
Pour finir : les massacres des camps de concentration prouvent qu’on peut justifier n’importe quels massacres pour des raisons autres que la différence de religion. Le biologisme fournit de bonne raisons par exemple… On approche du génétisme là… Leçon : Quand on ne respecte plus rien, tout sert à détruire les autres et ce qui nous entoure.
404
6 mai 2010 à 8 h 44 min
Je tiens à te dire que sur ce dernier point, je suis tout à fait d’accord avec toi. La barbarie (et je sais de quoi je parle, là! Hahaha) humaine trouvera toujours une raison de se justifier et la religion n’en sera qu’une parmi un grand nombre.
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 8 h 52 min
C’est un véritable délice de vous lire, le saviez-vous?
Le Détracteur Constructif
6 mai 2010 à 7 h 24 min
Ben, merci!
lebarbareerudit
6 mai 2010 à 7 h 29 min
Il est rare que, malgré – heureusement -nos différences individuelles, je sois autant en accord, j’allais dire “au mot près”, avec ce que je viens de lire. Je ne ferai qu’y ajouter une interprétation personnelle qui la conforte.
Une autre approche (neuro-scientifique) du phénomène religieux.
Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par les observations neuroscientifiques actuelles ?
Entendons-nous bien : les neurosciences ne visent évidemment pas à démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable). Mais il est vrai, du moins à mes yeux, qu’elles peuvent inciter à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire.
Aussi partielle soit-elle, cette nouvelle approche permet déjà, à mon sens, d’élaborer des hypothèses explicatives quant à l’origine et à la fréquente persistance de la foi, et donc à l’anesthésie, partielle ou totale, de l’esprit critique en matière de religion.
Actuellement, selon moi, la liberté constitutionnelle de conscience et de religion est actuellement plus symbolique qu’effective. En effet, l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. D’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale et communautariste). Ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant excluant toute alternative humaniste non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.
Après Desmond MORRIS (« Le singe nu »), qui l’avait déjà pressenti en 1968, Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu).
Les neurosciences tendent à confirmer l’ imprégnation neuronale du sentiment religieux :
Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique (cfr Freud !), fût-il « authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre » …).
Des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.
Ce qui expliquerait l’imperméabilité des croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ».
Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT l’avait bien compris : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais.(…) Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ».
Dans cette optique, les conversions religieuses deviennent compréhensibles : même si l’on ne peut pas actuellement expliquer le processus biochimique qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, le fait est là.
ans tous les cas, un bouleversement des neurotransmetteurs (dopamine, …) a lieu, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux. Comment expliquer par exemple la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris ? J’émets une hypothèse explicative audacieuse : indépendamment de sa brillante intelligence et de son intellect, tout se passe comme si l’environnement sensoriel (grandes orgues, odeur d’encens, decorum, …- avait provoqué un bouleversement émotionnel au point de faire « disjoncter » son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel.
Les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont d’ailleurs des localisations voisines. Les exemples sont nombreux, dans d’autres circonstances, par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT perdu sous le firmament glacial du Sahara. Contrairement à un Henri LABORIT, par exemple, aucun d’eux n’avait compris le fonctionnement de leur cerveau …
Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens ( les musulmans exceptés) désertent les lieux de culte et privilégient l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse (sauf en Irlande, en Pologne, à Chypre, et à Malte).
Les religions réagissent donc par des tentatives de réinvestissement des consciences, de reconfessionnalisation de l’espace public et de recléréricalisation de la politique européenne, tandis que les sectes, expertes en manipulation mentale et en abus de faiblesse, spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf les évangélistes américains, les créationnistes, etc.).
Il n’y a pas un « retour du religieux », mais de nouvelles « stratégies » religieuses dont il faut tenter de comprendre les mécanismes.
Pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter enfin vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc …
L’école compenserait ainsi l’influence familiale, certes légitime mais unilatérale et donc communautariste, chacun pourrait choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses puisque le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée).
Cela permettrait enfin la recherche de valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous.
Mais cela impliquerait de devoir repenser les notions de neutralité de l’Etat et de libre choix des parents … !
Dans une génération, peut-être … ?
Michel THYS à Waterloo michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
Références bibliographiques.
Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi qu’à sa fréquente persistance neuronale sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :
- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.
ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.
- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
Religion et développement humain »,. 2001.
- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.
- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994
- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».
- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.
- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.
- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
- Francis CRICK « Une vie à découvrir »
- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». Etc.
Michel THYS
6 mai 2010 à 14 h 47 min
Le temps me manque cruellement et je n’ai pas pu lire tous les commentaires ci-joint.
Je voulais toutefois te dire que la question est fort intéressante et nous pourrions en débattre pendant des heures.
Je vais y aller avec mes pensées assez simplistes et de ma propre croyance.
Dieu n’a jamais existé. Mais il fallait une histoire, un contexte pour inculquer des valeurs à des gens sans éducation. Il y a un comique quelque part qui a commencé une légende urbaine. Et cela s’est propagé comme poussière!
Non sérieusement ça va bien au-delà de cela. Mais je recule dans un temps pas si lointain pour penser à l’ignorance des gens, le manque de ressources pour communiquer (telephone, internet, tele). Les gens étaient isolés, fermer du reste du monde. Et c’est encore comme cela aujourd’hui dans bien des endroits.
Pourtant l’Homme a la capacité de penser, d’analyser, de réfléchir, de développer.
La philosophie, la science, les mathématiques, la technologie, les lettres etc ont beaucoup évolués.
La religion n’a plus sa place parce qu’elle est désuète.
Le pouvoir peut s’obtenir autrement (avant la religion était une forme de pouvoir non?)
Alors comment pouvaient-ils faire comprendre dans le temps les valeurs et la morale aux gens “simples”? C’était en leur racontant une histoire, une sitation imagée.
C’est pourquoi je ne crois pas en la religion. Je crois que les valeurs, la moralité peut s’acquérir autrement.
Mais ça c’est une autre question: avons-nous perdu notre sens des valeurs? Notre moralité???
C’est un sujet pour un autre billet…
demijour
6 mai 2010 à 20 h 59 min
Intéressante position. Je vais y réfléchir. Elle n’est pas très loin de la mienne.
lebarbareerudit
10 mai 2010 à 19 h 17 min
[...] immédiatement 2 de dommage aux questions, plus 1 dé de bonus. C’est un carnage. Allez lire son billet [...]
Le Barbare Érudit répond aux 16 questions | Le blog Libre sans dieu!
10 mai 2010 à 14 h 36 min
J’apprécie autant la polémique que je méprise Michèle Richard alors je me permets de sauter dans le bateau en essayant de ne pas le faire chavirer.
1. croire avec des preuves, ce n’est plus croire, c’est savoir (dans les limites où l’homme a accès à la connaissance).
le savant crédule
le neurone
10 mai 2010 à 15 h 30 min
Vous avez tout à fait raison. Mais je crois que vous avez très bien compris où je voulais en venir.
Bienvenu chez nous, le neurone. J’espère que vous y ferez d’intéressante connexions avec d’autres de votre type!
lebarbareerudit
10 mai 2010 à 19 h 15 min
Je m’en voudrais de ne pas vous inviter à lire l’unique Mazzaroth dont le dernier billet Le Passant traite du même sujet.
le passeur
le neurone
10 mai 2010 à 16 h 37 min
Je connais bien le blogue de Mazz. Nous avons à quelques reprises échangés sur divers sujets et j’aime beaucoup ce qu’il écrit. Une adresse incontournable à mon avis.
lebarbareerudit
10 mai 2010 à 19 h 12 min
3. Je réponds à la question inverse sur le blogue de Mazz.
4. Le sens de la vie est le sens que je donne à ma vie, c’est une toile vierge qu’il nous faut peindre nous même, sinon c’est un non-sens.
7. Ce n’est pas la mort qui m’effraie, c’est le mourir. J’écris une très longue série sur l’euthanasie depuis quelque temps déjà.
9. J’ai toujours du mal avec cette question. Faute de preuve.
12. Pour moi les religions sont nées pour apaiser notre crainte de la mort. Des profiteurs ont vite compris les avantages qu’ils pouvaient en tirer. Et ça continue.
14. Je ne pense pas. Certains des plus lumineux cerveaux, dont Einstein pour n’en nommer qu’un, étaient croyants.
15. Exception faite des extrémistes de tout acabit, l’effet est souvent positif pour la société. Comme l’impact de la religion sur la sobriété dans plusieurs communautés nordiques.
16. Un croyant c’est quelqu’un qui a choisi la facilité plutôt qu’une quête du savoir.
l’opinion personnelle
le neurone
11 mai 2010 à 10 h 21 min
[...] » L’inconnu (404, le mâle commode, le vieux crisse) commentait dernièrement mon billet sur l’athéisme en accusant certains athées de prosélytisme. Voici ce qu’il écrivait : La 2e erreur, [...]
Prosélytisme? « Le barbare érudit
13 mai 2010 à 7 h 20 min
Juste un lien, avec ma réponse à la première question (seulement la première, car il y a beaucoup à dire) :
http://betisierathee.wordpress.com/2011/09/23/f-comme-foi/
Pour le reste, je dois dire, Barbare érudit, que je trouve tes réponses très… consensuelles. En tout cas, en France, tout ce que tu dis, c’est à peu près le discours officiel, celui qui est tenu autant par l’école laïque que par les médias .
Il est vrai que, chez nous, le ministère de l’éducation nationale est, depuis un siècle, à peu près le ministère de la propagande antireligieuse. Jules Ferry l’a fondé dans cette optique. Chez vous, c’est plus récent, je crois.
En France, être catholique est devenu une marque d’anticonformisme – surtout dans ma génération. Mais je suis assez optimiste pour l’avenir du catholicisme chez nous. De toute manière, l’Église en a vu d’autres. (Dans son maître-ouvrage, “L’homme éternel” [The everlasting man], où il explique les raisons de sa conversion au catholicisme, Chesterton montre très bien comment la foi chrétienne est déjà “morte” au moins 7 ou 8 fois depuis le début du christianisme. A chaque fois, elle est ressuscitée, encore plus vigoureuse, dans les générations suivantes. Je suis absolument certain que c’est ce qui est en train de se préparer, une nouvelle fois.
lantisecte
23 septembre 2011 à 1 h 44 min