Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Les mots qui ouvrent. Les mots qui ferment

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Il y a les mots qui ouvrent. Il y a les mots qui ferment.

Les mots qui ouvrent invitent. Ils sont les complices de notre bonheur. Ils réconfortent. Ils apaisent. Ils soulagent. Ils écoutent. Ils parlent. Ils aident. Ils aiment.

Les mots qui ferment excluent. Ils construisent des murs entre nous. Ils repoussent. Ils blessent. Ils divisent. Ils ignorent. Ils se taisent. Ils nuisent. Ils détestent.

Il y a les mots qui rapprochent. Comme ceux d’une mère à son enfant quand elle le prend dans ses bras pour l’endormir. Comme ceux d’une amante à son homme quand elle brûle d’envie de retrouver son corps dans son lit. Ces mots qui possèdent un pouvoir extraordinaire : celui de rendre heureux.

Il y a les mots qui coupent. Comme ceux du sergent-chef à ses soldats quand il exige la perfection lors des entraînements. Comme ceux du criminel envers sa victime. Ces mots qui possèdent un pouvoir exécrable : celui d’entraîner la peur.

Il y a les mots qui ouvrent comme ceux de la lettre à son ami, qui invitent à répondre, qui rappelle le temps passé ensemble et celui à venir.

Il y a les mots qui ferment comme ceux de la séparation, qui incitent à la revanche, qui rappelle le douloureux souvenir du temps passé ensemble et de la solitude qui attend.

Il y a les mots qui ouvrent comme le « Tout m’avale… » de L’avalée des avalés de Ducharme. Des mots qui nous transportent vers des mondes plus grands et plus vivants que ceux qui nous affligent parfois.

Il y a les mots qui ferment comme ces manifestes de haine que publient les Ku Klux Klan ou Hitler avec son « Mein Kampf ». Des mots qui nous oppressent et qui nous étouffent.

Il y a les mots qui ouvrent comme les « au revoir » et « à bientôt » qu’on se lance en se quittant.

Il y a les mots qui ferment comme ces adieux des derniers souffles de ceux qu’on aime.

Il y a les mots qui ouvrent comme les je t’aime susurré à l’oreille de sa première conquête.

Il y a les mots qui ferment comme ces non essuyés sur la piste de danse.

Et il y a ces mots qui ouvrent et ferment comme le « Coupable! » ou le « Non-coupable! » d’un juge. Ces mots qui enferment pour longtemps le criminel et qui libèrent à jamais l’innocent et la victime.

Les mots qui ouvrent. Les mots qui ferment.

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Written by Le barbare érudit

9 mai 2010 à 13 h 02 min

Publié dans Général

23 Réponses

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  1. les mots sont donc des portes entre moi et le monde ?

    Moukmouk

    9 mai 2010 at 13 h 05 min

  2. […] This post was mentioned on Twitter by françois bon, LeBarbareErudit, Nathalie Couzon, Monique Le Pailleur, Cindy Cinnamon and others. Cindy Cinnamon said: Magnifique ! RT @LeBarbareErudit Les mots qui ouvrent. Les mots qui ferment: http://wp.me/pnXbJ-7i […]

  3. C’est un beau texte, ça valait la peine de nous faire attendre.

    Eldiablo Minouchka

    9 mai 2010 at 17 h 10 min

  4. Magnifique texte qui me laisse… sans mots.

    Miss Candy

    9 mai 2010 at 17 h 48 min

  5. Complètement d’accord. Pouvoir et richesses du mot. Tout se peut.

    seranessa

    9 mai 2010 at 20 h 28 min

    • Bienvenu chez moi! Il m’arrive d’écrire des choses qui touchent les gens. Mais c’est jamais voulu. Un accident.

      • Merci! Hum. Tant qu’on a un mot if. Je dois dire moi-même que je ne peux pas tout à fait m’attendre à captiver la blogosphère très facilement… Mais mon blog me permet un travail personnel qui m’enrichit et me permet de me construire une base de données.

        seranessa

        9 mai 2010 at 22 h 11 min

      • Je sais que je vais me répéter (c’est l’âge, faut pas s’en faire…), mais j’ai toujours affirmer qu’on écrivait d’abord pour soi, mais qu’on publie pour les autres. Et dès l’instant où nos écrits franchissent le seuil de notre porte, ils ne nous appartiennent plus.

        • Belle vision des choses 🙂 C’est un peu la même chose en composition, je dirais. Mais peut-être est-ce ma jeunesse qui me trahit…. moi j’ai encore du mal à ne plus m’identifier à un texte qui vient de moi-même.

          Bien qu’il soit vrai que lorsque publié, il a vraiment franchi une distance quelconque.

          seranessa

          9 mai 2010 at 22 h 31 min

        • Ah et… je ne peux pas non plus affirmer que publier ne m’apporte rien…

          seranessa

          9 mai 2010 at 22 h 37 min

        • C’est la même chose que d’être parent, au fond. Je serai père toute ma vie, même lorsque ma fille volera de ses propres ailes, même lorsqu’elle aura fondé sa propre famille si tel est son désir. Mais dès l’instant où elle quittera le nid familiale, elle ne m’appartiendra plus. Elle aura acquis sa propre indépendance et son autonomie ne relèvera plus de mon contrôle. C’est à moi de l’aider à se rendre là en y travaillant le plus fort possible et en lui transmettant ce que j’ai de plus précieux : mes valeurs.

          Le parallèle avec l’œuvre écrite est puissant et sans aucun doute tout à fait juste. Du moins, c’est ce que je crois et défend.

  6. Mais tu penses qu’elle t’appartient ? Même s’il faut que tu t’en occupes, ne crois-tu pas qu’elle a déjà sa propre vie?

    seranessa

    9 mai 2010 at 23 h 12 min

    • Je ne crois absolument pas qu’elle m’appartient. Même sous mon toît. Mais tant qu’elle vit avec moi, j’en ai la responsabilité et j’ai le devoir d’agir en tant que parent responsable.

  7. Ah! La confusion venait de «elle ne m’appartiendra plus» !

    Chaque œuvre a sa propre vie je pense. Et lorsqu’elle est achevée, qu’elle voit le jour, elle peut être tout à fait une entité indépendante de son auteur. Inutile de préciser qu’il y a des tonnes de preuves. Depuis longtemps.

    seranessa

    9 mai 2010 at 23 h 30 min

    • Tout à fait d’accord. C’est une des grandes beauté de la littérature. L’œuvre prend vie et se détache de son auteur.

      lebarbareerudit

      10 mai 2010 at 7 h 46 min

  8. Un peu en retard sur ce billet mais je dois dire qu’il vient me chercher. Beaucoup. Tu ne pourrais mieux faire la comparaison entre le noir et le blanc.
    Il y a des mots plus beaux que d’autres. Ce billet est dans mon top 3!

    demijour

    14 mai 2010 at 19 h 16 min

  9. «Språket kan åpne eller lukke. Det gir tilgang til liv.» – Hanne Ørstavik, écrivaine norvégienne

    Traduction: «La langue peut ouvrir ou fermer. Cela a un effet direct sur la vie.»

    seranessa

    9 juillet 2010 at 21 h 50 min


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