Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Ma quête

with 20 comments

Je n’arrive pas à trouver ma quête, mon rôle dans cet univers. Je me demande ce que je fais, ce que je veux laisser, ce qui m’intéresse suffisamment pour m’y investir corps et âme, ce qui va guider ma vie. Je cherche et je ne trouve pas. Je me sens totalement blasé, insensible à la souffrance, au monde qui m’entoure, je me joue une comédie incroyablement loufoque où je me fais croire que ce que je fais a un sens alors qu’au fond de moi, il n’en est rien. Je me fous de mon travail, de mes responsabilités, de ma famille, de mes amis, de ma situation, de ce que je fais et ce que je ne fais pas, des autres, des animaux, des plantes, de la mer, du froid et du chaud, de ma femme, de ma fille, de mon chien, de l’actualité, du réchauffement de la planète, de l’histoire, de la littérature, de la science, de la religion, surtout de la religion, ce frein à la pensée, à l’épanouissement de la pensée, à l’épanouissement de la pensée critique. Je n’ai envie de rien. Rien ne m’intéresse. C’est comme si tout l’univers m’abandonnait alors que je l’abandonne moi-même. Je ne ressens aucune empathie, aucune pitié, aucun sentiment. Amoral. La mort et la vie ne sont, pour moi, que le passage nécessaire d’un état à un autre. Il n’y a aucune mission particulière, aucune façon de me faire frissonner. Mon corps se rebelle à l’idée des émotions. Le seul état acceptable pour lui reste la neutralité. Mais je ne suis pas plus dépressif que je ne suis enthousiaste. Je ne suis pas à la veille de me tirer une balle dans le crâne. Je suis totalement neutre. Aucune réaction. Ni pour ni contre. Amorphe. Comme un légume, neurovégétatif. Je joue la comédie non seulement envers moi-même, mais envers les autres. Je m’efforce de me plier aux règles sociales de bonne conduite alors que je n’en ai rien à foutre. L’anarchie m’indiffère, la démocratie m’indiffère, la dictature m’indiffère. L’amour m’indiffère, la haine m’indiffère. Je n’ai ni le courage ni la lâcheté de tout abandonner, de tout laisser tomber. Je vais, demain encore, me lever et me rendre à mon travail, faire ma journée, la subir, passif, avec toutes les briques qui me tomberont dessus, avec toute la merde qui s’accumulera, avec toutes les embûches qui viendront se mettre en travers de mon chemin. J’y ferai face, comme à chaque jour, chaque semaine, chaque mois, parce que c’est ma profession, que j’ai choisie croyant faire le meilleur choix possible. Ce n’est pas un choix. Le seul choix qui nous reste, c’est celui d’obéir à nos instincts. Même là, mes instincts m’ont abandonné, ne me laissant que mes pensées et mon conditionnement. Je m’imagine au centre d’un maelström, ballotté de gauche à droite, de haut en bas, d’avant en arrière, entre tout et rien, au point mort de tous les extrêmes qui existent. Surtout, indifférent à tout.

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Written by Le barbare érudit

9 janvier 2010 à 9 h 32 min

Publié dans Fiction

20 Réponses

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  1. Je vois que tu as publié ceci dans « fiction ».
    Je voudrais simplement comprendre avant de réagir…

    Éléonore

    9 janvier 2010 at 9 h 56 min

  2. Ouen, finalement, ce que tu dis c’est que tu vas bien? 🙂

    Kalisse l’Amiral…je connais pas mal tous ces aspects de ta personnalité mais leur niveau d’intensité décrit dans ce billet, j’avoue que ça me laisse perplexe.

    T’as pas un rêve fou totalement inassouvi au fond de toi? Une véritable passion dans laquelle tu pourrais te lancer? Pas un passe-temps comme la musique, la lecture, le Hi-Fi, les échecs ou autres…non une véritable passion, quelque chose qui te brûle? ….ouen, non ça me semble clair.

    Je sais bien que tu ne tapisseras pas ton mur avec des ptits bouts de cervelle mais ce que je comprends c’est que, actuellement du moins, tu trouves la vie crissement plate. Pis trouver la vie crissement plate…ben…c’est plate en criss 😦

    Tabarnak Nelson, tu peux pas être juste une tête!!

    frankybgood

    9 janvier 2010 at 10 h 03 min

  3. Cher Barbare,
    L’homme se croit souvent une exception (il faut dire que les religions l’y aident), au centre de l’univers.
    Je ne le crois pas.
    Pourquoi ne se pose-t-on pas ce genre de questions avec la sexualité des singes, l’amour maternel des chiens ou la danse nuptiale des oiseaux?
    Ah oui, l’homme estime avoir une âme qui le différencie et lui a donné la notion de bien et du mal.
    Eh bien, il me semble que l’instinct (programmation innée du cerveau) joue un rôle: les théories de Darwin et l’élimination naturelle de ceux qui sont différents n’a pas encore été démentie. Une abeille folle qui piquerait ses congénères sera éliminée par ses « collègues ». Idem pour les humains: on a intérêt à ne pas quitter le moule.
    Amitiés

    Armand

    9 janvier 2010 at 10 h 17 min

  4. Bon, ok, tu veux le fond de ma pensée? Je pense que tu nous as pondu ce matin une exagération de ta pensée réèlle et que pour pas trop faire peur, tu as mis ça dans « Fiction »…parce que ya un osti d’paquet de choses dans ce texte-là qui sont vraies mon cher…

    Mais c’est pour ça que j’t’aime mon maudit…parce qu’y faut bien aimer ça ces ptites bêtes-là!

    Pis en passant, moi au moins j’te lis 😉 Maudite putain, tu me trompes ailleurs partout sur la blogo…c’est tu pas indécent!!!

    frankybgood

    9 janvier 2010 at 10 h 21 min

  5. Ces choses-là, ça met toujours un ti peu de piquant dans la vie!

    J’ai bien vu qu’il était écrit «fiction» au bas du message, mais je craindrais qu’il soit partiellement vrai et que personne ne tienne compte de ce que tu dis. Diagnostic : c’est un petit creux d’hiver, allez, va au club de danseuses du village au plus vite, ça passera!

    Sans farce, tu m’inspires là, et je reprends ton titre de message pour faire le mien comme si c’était un tag. à+ (je bois mon café, je me réveille tranquillement)

    Mâle Commode

    9 janvier 2010 at 10 h 28 min

    • C’est certain qu’il y a un peu (beaucoup?) de moi dans ce texte. Mais j’ai exagéré les traits, je les ai poussés plus loin que je ne le ferais moi-même.

      Quant aux danseuses… mmm… pas sûr… je crois que je vais me réserver une petite gêne, là.

      J’irai commenté ton texte (fort intéressant) plus tard.

      lebarbareerudit

      9 janvier 2010 at 12 h 28 min

  6. LOL…tu vois, je savais bien que le sujet d’étude te laisserait indifférent…voire même réfractaire! Mais le fait que l’opinion publique en matière d’éducation en soit affectée, ça criss, vient pas me dire que ça te laisse indifférent, jte fous mon pied au cul.

    @Mâle…le club de danseuses du village! POUAHAHAHAHHA…oui, c’est ça, la Coop 🙂

    frankybgood

    9 janvier 2010 at 10 h 31 min

    • Bon, ben, je vais me préparer à recevoir ton pied au cul.

      L’affaire, c’est que je travaille au Nord (doh!), et qu’ici, Virginie (et tout ce qui se rattache à l’éducation au Sud) s’applique à peu près autant qu’un « plaster » à une jambe arrachée. Et à la limite, oui, je me fous un peu de l’opinion publique au sujet de l’éducation. Je vais arrêter là mes commentaires à ce sujet.

      lebarbareerudit

      9 janvier 2010 at 12 h 35 min

      • Des fois mon vieux, on dirait vraiment que tu m’prends pour un débile léger 🙂

        Si ya qqun dans ton cette blogo qui comprend le contexte Nunaviquois, c’est bien moi non?

        Mais tu devrais comprendre que ce sur quoi je ne voulais pas m’avancer trop clairement sur mon blog, étant donné ma situation, c’est l’aspect négos et ça tu le sais. Et tu sais aussi pertinnament bien à quel point l’opinion publique peut être importante dans ce contexte et c’est à ça que je réfère, pas à la crisse d’émission de Lesbienne Farouche…

        De l’aide sérieuse pour les élèves en difficulté, on n’a pas besoin de ça au Nord??? La tâche dans son ensemble, elle est trop facile au Nord??? Ben justement, plus le résultat de la négo, qu’elle soit sectorielle, intersectorielle ou encore plus, locale, sera positif plus l’impact sera grand, au Sud comme au Nord…et l’esti de gouvernement, qu’il en ait l’air ou non, il se dirige malgré tout en fonction de ce qui est bon pour LUI et donc que son électorat va penser. Or si tout le monde pense que ça va bien en éducation pis que les profs, pour eux-mêmes ou pour leurs élèves, se plaignent sans raison, ben tu sais quoi, il va nous sortir une autre loi matraque qui fait reculer la cause de 10 ans. C’était ça mon point.

        frankybgood

        9 janvier 2010 at 12 h 46 min

  7. Barbare, je me fous que ton billet soit une fiction, une anticipation ou un portrait réel.

    Il me touche beaucoup parce qu’il aborde un aspect de ma vie sur lequel je m’interroge actuellement. La quête, la mission, le but… En soi, il aborde un thème universel.

    Oui, l’être humain se donne beaucoup d’importance avec ce questionnement. Mais, aux dernières nouvelles, ce sont ces questionnements existentiels qui le démarquent des autres animaux qui lui ressemblent parfois un peu.

    L’enseignant trouve son but dans ses actions auprès des jeunes, en autant que nos décideurs ne nous empêchent pas d’exister et d’être signifiants. Mais est-ce suffisant? J’en doute.

    Montbourquette a fait un excellent truc sur ce sujet, parait-il.

    Le prof masqué

    9 janvier 2010 at 11 h 38 min

    • Je crois qu’il arrive un point où même l’action ne suffit plus à trouver un sens à sa vie. Je crois que c’est même souhaitable parce que ça nous oblige à nous arrêter et à réfléchir à notre état, à faire un constat d’où on se trouve et où on s’en va.

      Un passage à vide, pour reprendre le cliché. Pédaler dans la merde.

      J’ai besoin de ces pauses afin de reprendre un élan salvateur.

      lebarbareerudit

      9 janvier 2010 at 12 h 31 min

  8. Je comprends bien ton sentiment. Je le vis moi-même actuellement. Je ne sais plus ou j’en suis ni ou je m’en vais. Mais, tu viens de jeter les bases sur lesquelles je vais m’appuyer pour me relancer.
    Ton billet pour moi est un pied-à-terre dans le vide du monde. Et ou sera le prochain pas ?

    dom

    14 janvier 2010 at 11 h 41 min

  9. C’est touchant… oui je redis ce mot touchant! La démone trouve ce billant extrêmement touchant d’intensité. C’est de la bonne dynamite ces mots contre la zombification.

    Eldiablo Minouchka

    28 février 2010 at 21 h 25 min


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