Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Les grosses godasses

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« Ouain… t’as une grosse paire de souliers à remplir, mon homme… »

Rarement un poste est-il créé de toutes pièces pour un individu. Ça arrive dans de rares occasions qu’on aille créer de nouveaux postes afin de rendre compte d’une nouvelle réalité, une nouvelle structure hiérarchique, ou encore pour s’assurer d’obtenir les services de quelque individu extraordinaire. Mais c’est plutôt rare.

La plupart d’entre nous qui accédons à des fonctions supérieures à l’intérieur des organisations pour lesquelles nous travaillons y arrivent en remplacement d’un autre parti ailleurs ou plus haut. Un individu promu ou qui quitte doit être remplacé, ce qui implique l’arrivée d’un petit nouveau.

Il arrive que certains leaders en quittant laissent derrière eux une terre brûlée et aride ayant semé discord durant leur mandat. Leur remplaçant sont alors attendus en sauveur, en messie et il leur est d’autant plus facile de succéder à de tels individus qu’ils auront été mal aimés.

Ce n’est pas le cas de tous par contre. Un grand nombre de leaders auront au contraire été aimés et appréciés autant pour leur qualité de dirigeant que pour le côté rassembleur qu’ils auront démontré. Aimé, adulé parfois, les remplacer n’est pas un défi, c’est une tâche pratiquement impossible.

D’où cette expression trop souvent entendue de la grosse paire de godasses à remplir…

Je pense ici au directeur d’école pour qui j’ai travaillé à Kangiqsualujjuaq, Jean Leduc. Il a été littéralement adulé par tous ceux qui sont passés par là au cours des années. Humain, respectueux, il possédait ce rare don de faire sentir à tous ceux qui entraient dans son bureau qu’ils étaient les personnes les plus importantes au monde avec une écoute active et une attention soutenue.

Évidemment que d’arriver à remplacer un tel monument est difficile, voir impossible. Et que le simple fait de prétendre le faire soit voué à l’échec. Il n’y aura toujours qu’un seul Gandhi!

Je prétends que c’est la mauvaise approche à emprunter lorsqu’on doit remplacer quelqu’un. En fait, je prétends qu’on ne remplace jamais personne, on ne fait que reprendre le poste. La nuance est importante.

Voici comment je vois ça. L’idée est de ne pas se voir comme un remplaçant de son prédécesseur, mais bien comme étant un agent de changement. Il faut s’approprier le nouveau poste, il faut le faire sien.

Au lieu de se comparer à qui était là avant nous, il faut d’abord prendre le temps d’apprivoiser les pratiques et le milieu de travail. Il faut apprendre à connaître son personnel ainsi que ses collègues de travail. Bref, il faut se laisser imprégner par la culture de l’organisation. Il faut que cette dernière percole en nous et que nous l’intégrions.

Seulement une fois cela fait peut-on passer à la seconde étape, celle d’imposer un changement de culture qui reflétera notre propre vision du travail qu’on nous a confié. Et c’est en ce sens que je prétends que nous ne remplaçons jamais quelqu’un, nous prenons place et faisons nôtre une position avant occupée par notre prédécesseur.

Bien sûr, on ne parle pas nécessairement ici de chambardement majeur. Il peut arriver qu’un tremblement de terre soit la seule solution possible à une situation particulière, mais généralement, ces changements de vision, cette nouvelle approche doit se faire dans un esprit d’ouverture et de collaboration avec l’équipe déjà en place.

Pourquoi parlè-je de ça là, aujourd’hui? C’est bien simple. La mort de Layton m’a rappelé que personne n’est éternel et qu’il y aura toujours quelqu’un pour nous suivre lorsque nous aurons quitté. Il ne s’agit pas qu’on nous remplace, mais bien qu’on prenne notre place, qu’on forge à grands coups de marteau sur l’enclume notre propre paire de godasses qu’on mettra à la place de celle qui était là avant.

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Written by Le barbare érudit

23 août 2011 à 15 h 07 min

Publié dans Management, Réflexion

2 Réponses

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  1. En te lisant je pensais justement a Layton et tu as raison. Mais le leadership n’est pas donné a tous et si je ne me trompe pas, c’est bien d’une forme de leadership dont tu parles. Trop souvent j’ai connu de piètres leadership dans mes patrons, peu de charisme aussi. Et la recette est fort simple: humble, charismatique, leader, humaniste. Mais comme le bon pain, il faut la bonne dose de chaque ingrédient pour faire lever la pâte!

    Demijour

    23 août 2011 at 22 h 11 min

  2. J’ai déjà été remplir des grosses godasses… Maintenant ce sera à celui qui me remplacera un jour de le faire!

    Blague à part, j’ai un style tout à fait différent de mon prédécesseur (qui est en plus mon patron actuel, mais ces godasses là je vais les laisser à d’autres!) et j’espère que mon successeur ne sera pas comme moi!

    Quant au NPD, il est vrai que personne ne remplacera jamais M. Layton. Mais,qui aurait pensé que quelqu’un surpasserait M. Broadbent à ce poste? Pas moi! Et, en fait, M. Layton ne l’a pas surpassé, il a été… lui!

    Darwin

    23 août 2011 at 22 h 25 min


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