Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Une pente abrupte

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Vous souvenez-vous de Gattaca? Ce film de science-fiction où un jeune homme à la génétique inférieure réussit à se faire accepter dans une école réservée aux enfants sélectionnés génétiquement en usurpant l’identité de l’un d’eux. Ce film troublant nous confronte de plein fouet aux dérives possibles d’une société obsédée par la perfection et l’élitisme.

Et bien, tout porte à croire qu’encore une fois, la réalité ait rattrapé la fiction. Ainsi peut-on lire sur Cyberpresse cet article qui nous apprend que des tribus amérindiennes ont désormais recours à de tels tests pour déterminer si les demandeurs de statut d’Amérindien le sont réellement.

On croit rêver. J’ai en tête cette scène complètement absurde d’un autre film, Conspiracy, au cours de laquelle des hauts gradés nazis discutent le plus sérieusement du monde à partir de quelle fraction de sang un Allemand n’est plus un Allemand, mais un Juif.

On ne parle pas ici de génocide, loin de là, et je ne suis certainement pas en train de comparer ces tests d’ADN ordonnés par les nations amérindiennes à ce que les nazis ont fait, tant s’en faut. Mais force est d’admettre qu’au-delà des prétentions à priori fort légitimes des nations en cause, vouloir protéger l’intégrité de leur patrimoine du pillage par des individus aux desseins suspects, nous nous trouvons à frôler une pente dangereusement abrupte où les glissements pourraient nous faire échouer là où personne ne désire aller.

Car ce dont il est question ici, c’est de discrimination raciale tolérée. Sans vouloir tomber dans le panneau du eux vs nous, ce que j’abhorre, comment ne pas conclure, suite à une telle réaction de la part des peuples en question, à l’échec de la colonisation en ce sens que, encore une fois, nous ne travaillons qu’à diviser les groupes ethniques plutôt que de tenter de les rapprocher?

Ce qui nous rappelle, comme si le besoin de le faire était nécessaire, que l’homme est capable du meilleur comme du pire, et que le temps ne change pas grand chose à ça, sinon que de fournir de meilleurs outils pour y arriver.

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Written by Le barbare érudit

13 août 2011 à 21 h 25 min

Publié dans Débat, Réflexion

4 Réponses

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  1. Cette notion de sang amérindien existe depuis des lustres. On exclut des réserves certains bâtards s’ils ne sont pas assez «purs». De même pour les femmes mariées avec des Blancs.

    Le professeur masqué

    13 août 2011 at 23 h 33 min

    • Je trouve ça grotesque, personnellement, que l’on puisse baser une identité collective sur un patrimoine génétique. Si l’on tient absolument à ce que les communautés autochtones demeurent des sociétés distinctes, elles devraient permettre à quiconque des les intégrer, comme n’importe quel peuple qui accepte l’immigration.

      Feel O'Zof

      14 août 2011 at 2 h 03 min

      • Malheureusement, et je suppose résultant de la colonisation, les nations autochtones ne reconnaissent pas de façon d’intégrer leur communauté sauf via le mariage, et encore. Il perdure une véritable culture de l’exclusion qui s’apparente à du racisme, ce qui est très triste.

        Dans le cas des Inuit et des Cris, cette forme d’exclusion, de racisme, est non seulement tolérée mais protégée par un traité, la Convention de la Baie James et du Nord Québécois où l’on définit les termes bénéficiaire (les autochtones visés par le traité) et les non bénéficiaires (les autres).

        Bien que je comprenne les raisons entourant la création d’un tel statut, je suis profondément mal à l’aise avec celui-ci. Il me semble que plutôt que de créer un climat propice à l’épanouissement dans le respect mutuel des cultures, on crée plutôt un climat malsain mâtiné de suspicion et où les murs raciaux sont érigés en forteresses impénétrables.

        C’est un sujet sur lequel j’ai l’intention de revenir plus tard.

        Le barbare érudit

        14 août 2011 at 10 h 48 min

        • Au canada, la Loi sur les Indiens (je ne suis pas sûr du titre mais ça a longtemps été cela) créait deux types d’individus: les Blancs et les Indiens. Aux États-Unis, il existe des firmes généalogiques qui vont chercher quel pourcentage de sang amérindien un individu a dans les veines. Dans certains cas, cela permet l’accès à des subventions gouvernementales…

          Le prof masqué

          14 août 2011 at 13 h 51 min


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