Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Quand le malheur frappe à la porte

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Ça fait longtemps que je n’ai pas pris le temps d’écrire sur ma vie au Nord. Il aura fallu quelques événements tristes pour m’y faire revenir. C’est qu’il est difficile pour qui ne vie pas ici de bien comprendre ce sentiment de détresse qui nous envahit quand le malheur frappe à la porte.

Ce sentiment est directement lié à l’éloignement et à l’isolement dans lesquels nous vivons. Par exemple lorsqu’on apprend qu’un proche, un parent, un ami sont décédés subitement ou encore, victimes d’un accident sérieux. On ne peut, comme au Sud, sauter dans sa voiture et se précipiter pour appuyer notre famille, nos amis! Nous sommes prisonniers de la température, des horaires et de l’achalandage des avions!

Démonstration : une enseignante apprend le décès d’un proche parent durant la nuit. Elle veut évidemment rejoindre sa famille le plus tôt possible, mais le vol vers Kuujjuaq (seul vol vers Kuujjuaq de la journée) est plein, elle est donc « stand-by » et ne pourra peut-être pas partir avant une ou deux journées.

Démonstration : ma fille est victime d’un bête accident de patin et se fracture la jambe. Une très vilaine fracture nécessitant une chirurgie. Ma femme, alarmée (on le serait à moins!), veut quitter le Nord maintenant, comme sur le champ, tout de suite. La température est à chier, l’avion est plein. C’est loin d’être certain qu’elle sera en mesure de prendre l’avion.

Démonstration : deux années consécutives, nous avons été pris en otage par la météo pendant trois jours. Aucun avion n’atterrissait ni ne décollait. Donc, plutôt que de commencer nos vacances de Noël le 20 comme prévu, nous ne sommes arrivés au Sud que le 23 décembre…

Ce sont là des exemples de situations réelles qui se sont produites au cours des années ici. Et à chaque fois, rien à faire, on doit prendre son mal en patience et espérer que tout se placera le plus rapidement possible. Ce qui n’enlève en rien ce sentiment d’impuissance et la frustration qui nous envahit et qui nous fait regretter amèrement ce choix de vie et de carrière au Nord.

Parce que quoi qu’on en dise, il n’y a rien de plus difficile que de se sentir prisonnier alors qu’on sait fort bien n’être coupable de rien.

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Written by Le barbare érudit

27 avril 2011 à 8 h 30 min

Publié dans Vie boréale

2 Réponses

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  1. Ça doit être difficile à vivre en effet, car la famille et nos proches sont de première importance dans nos vies. Attendre sans avoir de pouvoir sur le déroulement des choses est vraiment frustrant, et cela est plus souvent le cas pour vous au loin que nous ici.Bon courage.

    Hélène

    27 avril 2011 at 12 h 00 min

  2. Je suis en région éloignée (Basse-Côte)depuis deux ans et je n’ai pas été confronté au fait de ne pouvoir sortir dans ces circonstances malheureuses. Mais je trouve un certain charme à la situation: il arrive aussi, il faut noter, qu’on ne puisse rentrer pour le travail aux dates prévues pour les mêmes raisons… C’est une réalité d’ici. Excellente situation pour développer donc l’habitude de lâcher prise sur ce qu’on ne peut contrôler.

    On peut se consoler en pensant qu’à d’autres époques, avec un tempérament aventurier, on apprenait par la poste bien souvent la mort d’un proche. Pour retrouver la famille, il fallait des semaines.

    Jonathan Livingston

    28 avril 2011 at 17 h 39 min


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