Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Je réfléchis à certaines questions, partie 2

with one comment

Dans le premier billet de cette (courte) série, j’ai présenté ma compréhension de l’état de droit, le fondement même de tout État démocratique. Je le répète, je ne suis pas un spécialiste de la chose, je ne fais que présenter ma réflexion autour de la question.

Mais ce premier billet se voulait d’abord et avant tout une introduction à ma compréhension de la chose politique. De toute évidence, j’ai employé un ton neutre parce que le sujet n’était pas chargé émotivement.

Les bases de la démocratie devraient être, et enseignée à, et comprise par, tous. C’est là une condition sine qua non à toute participation active et en toute connaissance de cause à la vie publique.

La suite, ce billet-ci et le suivant, touchent à des questions qui n’ont rien de neutre. Je prends position.

La question qui tue

Autour d’un verre. Quelques amis, ou collègues ou membres de la famille et là, on tente tout pour éviter le seul sujet qui assurément fera dégénéré la soirée. La politique. Surtout la politique québécoise qui est polarisée à l’extrême. Le débat identitaire, référendaire et constitutionnel, ça vous dit quelque chose?

Évidemment, il n’est pas long qu’on déborde sur ledit sujet maudit et que le ton se met à monter. Et c’est là que la question qui tue tombe : ouains, mais, pourquoi t’es séparatisse? Euh… ben passe que. Baon. Pis toi, pourquoi tu tiens tant que ça à rester dans le Canada?

Donc, on ne s’en sort pas, on tombe dans l’infantilisme primaire parce qu’on tente de se coincer d’un côté comme de l’autre. Mais n’est-ce pas là l’occasion idéale de se lancer à corps perdu dans un véritable débat d’idée? Les plus beaux débats?

Non, mais, vraiment, pourquoi?

Je le dis d’entrée de jeu : je suis souverainiste, indépendantiste, séparatiste, c’est comme vous voulez.

Je le dis et l’affirme sans détour parce que profondément, j’y crois. Lorsqu’on me demande de quel pays je viens, naturellement, je réponds le Québec.

Mais la question qui me hante toujours après avoir affirmé que je suis indépendantiste, c’est pourquoi? Pourquoi suis-je indépendantiste? Où sont les racines de cette conviction qui m’habite à ce sujet? Et comment puis-je l’articuler de telle sorte qu’il soit possible de transmettre cette conviction aux autres?

Parce qu’il ne faut pas être dupe : il n’y aura pas de souveraineté sans une adhésion claire à cette option. Et cette adhésion ne se fera pas sans effort. Il faudra convaincre les indécis et peut-être même d’autres individus opposés à cette idée que de toutes les options possibles, c’est celle qui présente le plus grand intérêt, les meilleures perspectives d’avenir.

L’objet de ce billet est justement de réfléchir à la raison qui me pousse à épouser cette position. Je voudrais offrir un semblant de réflexion pour répondre à cette fameuse question.

C’est pas économique

Comme tous ceux qui me lisent depuis un bout le savent, je vis au Nunavik depuis maintenant onze ans. Je ne reviendrai pas sur tout ce que j’ai déjà écrit au sujet de cette région. Fouillez un peu, vous trouverez beaucoup de choses.

Le Nunavik est complètement dépendant économiquement des gouvernements fédéral et provincial. Il n’y a pas d’industrie, mis à part la mine de Raglan, pas d’économie. Trois grandes organisations se partagent la vaste majorité de la manne gouvernementale : l’Administration régionale Kativik (ARK), la Commission scolaire Kativik (CSK) et la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSS). L’ARK est un organisme paragouvernemental dont les dirigeants sont élus au suffrage universel par les résidents du Nunavik. Tout son budget lui vient de Québec. La CSK possède un conseil des commissaires élu par les bénéficiaires du Nunavik. Tout son budget vient de Québec. La RRSSS aussi reçoit tout son budget de Québec.

Depuis maintenant plus de dix ans, on parle de fusionner ces trois organismes en un seul et de former une nouvelle structure paragouvernementale qui porterait le nom de Gouvernement Nunavik. Une sorte d’autonomie gouvernementale pour les Inuit.

J’imagine que vous me voyez venir. Mais je vous jure que non. Parce que l’argument que je tente de soulever ici n’a rien à voir avec tout ça. Là, je ne m’en tiens qu’au contexte de ce que je veux dire. Mais poursuivons.

Les Inuit désirent cette forme d’autonomie parce que, selon eux, ils forment un peuple, une nation, que nous, les blancs, et ce jugement n’a absolument rien à voir avec la couleur de notre peau, mais bien avec le fait que nous ne sommes pas Inuit, n’en sommes pas représentatif. Ils veulent récupérer certains pouvoirs décisionnels quant à leur avenir, ils veulent se doter des outils nécessaires au plein épanouissement de leur peuple. Ce qu’ils veulent, ce qu’ils cherchent, c’est d’arrimer leur culture avec la modernité.

Ce désir d’autonomie si cher aux Inuit nous échappe à nous, québécois. Voilà où je veux en venir. Il y a chez les Inuit une réelle volonté de reprendre le contrôle de sa destinée afin d’assurer la survie d’une langue et d’une culture en constant danger de disparition.

Ce qu’on ne retrouve pas chez ce peuple du froid, c’est la peur de l’économie, les difficultés, voir l’impossibilité de réaliser un tel projet dans les circonstances actuelles. Au contraire, on veut foncer et on avance à grands pas dans cette voie.

Pendant ce temps, nous, Québécois, hésitons et reculons sur cette question alors que nous possédons entre les mains tous les outils pour y parvenir. Sans outil, les Inuit foncent cependant que nous, pourtant bien outillé pour le faire, nous reculons.

Culture et langue

Et c’est ici que je voulais en venir. La culture et la langue, mais surtout la volonté inébranlable de vouloir les défendre et leur assurer un avenir sain. C’est ce qui devrait être la seule raison d’être de la souveraineté. C’est ce qui définit et motive mon action et mon adhérence à cette cause.

Si je suis souverainiste, c’est que je sais profondément en moi que la seule façon d’assurer la survie et de faire prospérer notre langue et notre culture, c’est de se l’approprier et d’en prendre le contrôle total. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est par la souveraineté.

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Written by Le barbare érudit

7 janvier 2011 à 12 h 21 min

Une Réponse

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  1. «La culture et la langue, mais surtout la volonté inébranlable de vouloir les défendre et leur assurer un avenir sain. C’est ce qui devrait être la seule raison d’être de la souveraineté.»

    J’ai publié un billet il y a deux ou trois jours intitulé «Le Québec reçoit-il plus qu’il ne donne au fédéral ?»

    Et j’y ai conclu :

    «J’évite d’ailleurs toujours ce genre de débat (note : avantages-désavantages financiers) quand on parle de l’indépendance. À partir du moment où presque tous s’entendent pour dire que l’économie québécoise est assez solide pour être viable, l’argument purement financier perd pour moi de l’intérêt. Reste-t-on dans un pays ou le quitte-t-on en raison d’avantages financiers au bout du compte bien discutables ?

    L’intérêt de l’indépendance se situe pour moi ailleurs. Il repose principalement sur le principe de l’autodétermination et de la protection d’une nation et de sa langue. Mais, cela aussi, c’est un autre débat…»

    Les grands esprits se rejoignent ! 😉

    Darwin

    7 janvier 2011 at 22 h 44 min


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