Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Nunavik: le nombre d’enfants en détresse reste élevé | Agnès Gruda | Actualités

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Nunavik: le nombre d’enfants en détresse reste élevé | Agnès Gruda | Actualités

Le titre dit tout.

Mais j’aimerais ajouter quelques lignes à ce sujet. Je me réserve généralement une petite gêne lorsqu’il est question des problèmes du Nunavik. Non pas parce que je suis mal à l’aise d’en parler, mais plutôt que je me demande à quel point ça aide vraiment d’en parler au-delà du simple côté anecdotique du genre oh mon dieu, c’est ben grave ce qui se passe au Nunavik, puis on passe au prochain téléroman ou à la prochaine téléréalité.

J’habite ici depuis maintenant onze ans. Je travaille auprès des jeunes, j’ai enseigné et maintenant je suis directeur d’école. En onze ans, c’était la première fois que je rencontrais un représentant de la direction de la protection de la jeunesse à l’école l’année dernière. Elle a quitté son poste en début d’année scolaire. Son remplaçant vient tout juste de commencer.

En onze ans, j’ai vu passer près d’une dizaine de travailleurs sociaux dans les communautés où j’ai travaillé. Et des dizaines de profs.

Je peux vous le dire sans détour : le premier facteur de réussite à l’école, c’est la stabilité du personnel. Là où les gens restent, les écoles fonctionnent mieux, les communautés fonctionnent mieux.

L’image qui colle à la peau des blancs, les qalunaat, c’est celle de travailleurs désintéressés qui ne sont ici que pour l’argent. Le lien de confiance qui doit se créer entre nous, les travailleurs auprès des jeunes, et les jeunes, ce lien de confiance prend du temps à se construire, et à chaque fois que quelqu’un vient ici et quitte après seulement un an, ce lien s’effrite un peu plus dans l’esprit des gens.

Il est difficile de vouloir s’investir dans des relations lorsqu’on sait d’avance que ces relations ne seront qu’éphémère. Et sans cet investissement émotif, ce lien de confiance, il est difficile, voir impossible, d’arriver à faire que les choses changent à long terme.

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Written by Le barbare érudit

21 septembre 2010 à 7 h 40 min

8 Réponses

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  1. Oui, bien sûr tu as parfaitement raison. mais tant que la surpopulation continuera dans les maisons, les drames de maltraitance continueront. Bien sûr la continuité du personnel est nécessaire, mais pour les travailleurs sociaux qui voient que tant qu’on ne s’attaquera pas au problème de la surpopulation leurs interventions sont pratiquement inutiles… je les comprends de se décourager et de partir.

    Moukmouk

    21 septembre 2010 at 7 h 45 min

  2. […] This post was Twitted by LaurentPointCa […]

    Twitted by LaurentPointCa

    21 septembre 2010 at 7 h 50 min

  3. Pour répondre à Moukmouk, je crois qu’une intervention n’est jamais inutile, aussi, si on s’attend à des résultats immédiats et être couronné de succès après quelques mois, c’est en marketing qu’il faut travailler. Les bons travailleurs sociaux sont conscients de la patiente et la persévérance qu’exige la profession. Être travailleur social, ce n’est pas travailler dans des conditions idéales, c’est créer ces conditions, provoquer les choses et s’arranger avec ce qu’on a. J’espère que ceux qui quittent après peu de temps auront l’honnêteté de reconnaître qu’ils ne sont pas faits pour ça et de se réorienter plutôt que de recommencer ailleurs et d’abandonner encore des jeunes qui leur faisaient confiance.

    Cannelle

    21 septembre 2010 at 10 h 11 min

  4. Ton denier paragraphe résume tout. Rien à rajouter.

    Eldiablo Minouchka

    21 septembre 2010 at 16 h 00 min

  5. Bonjour,

    Je n’ai pas lu l’article, juste un survol en diagonal, mais en parler peut-être un début de résolution de problème. Sinon, pourquoi parler de viol, d’inceste, et de réchauffement climatique. En fait tout dépend de l’intention de l’auteur.

    Même si 99 % des enseignants ne reste qu’une année, je dis que c’est un préjugé de penser dès le début que l’enseignant ne va rester qu’une année. En parler, cela peut-être un début de réflexion : que faire pour les fidéliser ?

    Alexandre Pachot

    22 septembre 2010 at 4 h 47 min

  6. J’ai bien aimé lire Mme Gruda. Je n’ai que quelques années dans le Nord. Cinq ans comme directeur d’ÉCOLE dans le plus petit village du Nord m’a emmené
    à être confronté avec la DPJ (Kuujjuaq) et toute mon équipe école (Qallunaq)dans des méandres humains terribles. Oui, le manque d’espace habitable est un FACTEUR MAJEUR dans cette «toudra» à perte de vue. Combien de cas ai-je dû signaler… et tout comme mon équipe de collègues.Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’il nous a faille agir pour le bien des enfants (formule DPJ: « Contre leur gré mais pour leur bien…» (On pourrait en parler…). J’ai vu Ô combien de ces enseignants (es) pleurer à chaudes larmes quand il a fallu agir ainsi. La communauté (du moins certains membres concernés ont été amers à l’endroit desdits enseignants et direction d’école pour la prise de position face à certains cas lourds. Toujours, je le jure, ces actions ont été posées «par amour de ces enfants» en détresse.
    Vivement des actions concrètes pour permettre à ce petit peuple de se sortir des affres du surpeuplement dans des habitations surpeuplées.

    André Dauphin

    23 septembre 2010 at 2 h 53 min

  7. Je ne connais pas du tout le « climat » là-haut à part pour ce que j’en lis ici, comment ça se passe et tout. Je ne connais pas beaucoup non plus le métier d’enseignant. Ou de directeur d’école 😉

    Mais je me demandais si ça ne serait pas possible de prendre disons les meilleurs ou plus motivés élèves adolescents qui terminent le secondaire, leur demander s’ils seraient intéressés au métier de prof. et leur « enseigner » le métier? Je sais que ne devient pas prof qui veut, que ce sont de longues années d’études. Mais je me demandais juste si..

    Comme ça, les futurs profs seraient des membres « de la communauté » auxquels les gens pourraient s’identifier et avoir confiance. Les profs ne partiraient pas au bout d’un an et comprendrait mieux la dynamique étant donné qu’ils y ont toujours vécus.

    En même temps, ça donnerait une motivation aux ado. de pousuivre leurs études. Les amener faire des mini-stage de quelques jours dans des classes primaire..etc.

    Je sais pas, je dis ça comme ça. Peut-être y a-t-il déjà des profs issues des villages.. Ils ne doivent pas tous être « blanc ».

    Serait-ce possible?

    Charlotte

    26 septembre 2010 at 12 h 18 min


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