Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Subjectivité audiophile

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Je parle rarement d’audiophilie ici parce que, même si j’adore écouter de la musique et que j’ai investi (et continue de le faire) des sommes considérables dans ce hobby, je préfère garder ça pour moi et ma gang de chums audiophiles avec qui j’entretiens parfois des discussions assez intéressantes.

Mais là, il y a un petit quelque chose qui me fatigue et je n’arrive pas à avoir une réponse satisfaisante à ce sujet. Laissez-moi vous donner un aperçu de la question.

Il y a dans le milieu audiophile un débat qui fait rage depuis de nombreuses années. Ce débat touche l’objectivité vs la subjectivité des comptes-rendus d’écoute d’appareil. En gros, les tenants de l’objectivité défendent l’idée qu’il faut faire des tests de mesure et des écoutes à l’aveugle pour pouvoir s’assurer de la qualité des appareils alors que, de leur côté, les subjectivistes affirment que seul une écoute en toute connaissance de cause de l’appareil en question sur une longue période de temps permet de véritablement l’apprécier à sa juste valeur.

Évidemment, je simplifie un peu parce que jusque-là, les positions se défendent, sauf que…

Sauf que, il y a un hic. Un gros hic. Et, malheureusement, ce sont les subjectivistes qui en font les frais. Un grand nombre de tests en double aveugle semblent démontrer qu’il n’y a pas de différence entre deux câbles, deux amplificateurs et même deux préamplificateurs, et ce, peu importe le prix et la qualité des appareils utilisés lors des écoutes.

Vous comprendrez que ça vient jeter un gros pavé dans la marre de ceux qui prétendent percevoir une différence si grande qu’il faudrait être sourd pour ne pas s’en rendre compte (ici, je paraphrase le genre de phrase qu’on retrouve fréquemment dans les revues spécialisées dans la chose).

Donc, tout ça pour dire que, récemment, j’ai tenté de comprendre un de mes collègues audiophiles que j’estime réellement lorsqu’il a eu ce commentaire qui m’a laissé perplexe :

De toute façon, les évaluations rigoureusement objectives sont rares et… très peu concluantes. Elles semblent surtout prouver que dans une situation de test à l’aveugle, les gens n’arrivent plus à percevoir les différences auditives entre différentes composantes. Ce qui, AMHA (et je le répète AMHA) en dit plus sur les tests à l’aveugle et leurs limites que sur les composantes elles-mêmes.

Je le répète au cas où on ne me comprendrait pas bien ou encore au cas où on pourrait croire que mon but est de me foutre de la gueule d’un audiophile : ce n’est absolument pas le cas. Je veux comprendre. Je veux qu’on m’explique par quel raisonnement on peut en arriver à une telle conclusion.

Je ne comprends pas comment un test à l’aveugle qui arrive à la conclusion qu’il n’y a pas de différence entre deux appareils pourrait en dire plus sur le test lui-même que sur les deux appareils testés. C’est que, dans mon esprit, la seule conclusion logique d’un tel exercice, c’est que, dans les faits, les deux appareils font le même travail également et qu’il n’y a pas de différence au niveau des performances.

Donc, je le répète : j’aimerais qu’on m’explique ce qui m’échappe ici!

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Written by Le barbare érudit

24 août 2010 à 19 h 24 min

Publié dans Audio, Réflexion

12 Réponses

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  1. la réponse à ta question n’est pas seulement en audiophilie mais dans tous les domaines où on peut tester des paramètres définis. Si le test ne conclut pas ça veut dire que le choix des paramètres testés n’est pas valable.

    Maintenant personne n’entend de la même façon, alors un test en double aveugle ne conclut jamais rien parce que l’instrument de mesure (l’oreille humaine) n’est pas un outil objectif. Il arrive souvent qu’un audiophile entend des nuances qu’un instrument de mesure objectif ne perçoit pas, comme des instruments peuvent donner des lectures de paramètres qui n’ont aucune importance pour l’auditeur.

    A la limite, le seul critère c’est: « moi j’aime ce son-là » ou bien je ne l’aime pas. Et ce sera vrai dans un environnement précis et à une heure précise et pour un style de musique. Un système qui rend parfaitement ( à mon gout) un sonate pour violon seul, ne sera pas très efficace pour une musique sur-amplifiée (et vice-versa).

    Qu’en penses-tu ?

    Moukmouk

    24 août 2010 at 19 h 53 min

  2. Ben voyons, Moukmouk! Le test apporte une conclusion! La conclusion, c’est qu’il n’est pas possible de percevoir de différence entre deux composantes! Donc, que les deux composantes sont pareilles au niveau des performances!

    Je veux bien croire que tous n’entendent pas de la même manière, mais lorsque tu passes un test à l’aveugle et que tu es incapable de dire si c’est A ou B qui joue d’une fois à l’autre, ben, il me semble que c’est clair que c’est parce que les deux appareils offrent le même rendu sonore, non?

    D’autant plus que la plupart des tests à l’aveugle fait avec des enceintes acoustiques conclus qu’il y a véritablement une différence entre ces dernières, qu’il est facile de distinguer entre deux enceintes même pour un néophyte alors que c’est à toute fin pratique impossible dans le cas des amplis (sauf les amplis à tube).

    C’est pour ça que je ne comprends pas le commentaire. Et de plus, ne crois-tu pas que les audiophiles seront les premiers à reconnaître la validité d’un test à l’aveugle si ce dernier va dans le sens de leur croyance?

    lebarbareerudit

    24 août 2010 at 20 h 34 min

  3. C’est un genre de défi Pepsi dans le fond?

    Le professeur masqué

    24 août 2010 at 23 h 14 min

  4. Bonjour,

    Je suis aussi perdu losqu’il est question de HiFi.
    Malheureusement, je ne peux faire abstraction du
    fait que le système qui écoute (nos oreilles) est
    au mieux, très imprécis.

    Je comprend que pour certains, le HiFi c’est la reproduction fidèle des voix des instruments.
    Toutefois, ce n’est pas toujours ce que mes oreilles apprécient.

    Exemple: un instrument que j’aime beaucoup est le
    Mellotron; reconnu pour reproduire approximativement
    des sections d’instruments.

    Il semble donc que le test ultime est aveugle, individuel et certainement pas objectif!.

    Paul C.

    25 août 2010 at 11 h 22 min

  5. Désolé de m’inscrire en faux : pour avoir joué à ces petits tests il y a quelques années, je peux affirmer qu’ils sont valides dans la plupart des cas. Ce qui peut varier, c’est effectivement l’objectivité de l’auditeur. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’un changement dans les câbles d’enceintes me sauteraient aux yeux, mais pour ce qui est d’un changement de platine (ou de lecteur cédé) ou d’ampli, le changement qualitatif est évident. Encore faut-il examiner l’ensemble des paramètres. Si c’est de musique rock dont il est question, c’est-à-dire d’instruments électriques et de sonorités bidouillées en studio, le terme même de « haute-fidélité » n’a plus de sens, et on tombe alors forcément dans la subjectivité pure. La haute-fidélité ne se mesure qu’avec des instruments acoustiques enregistrées aussi directement que possible, sans transformation ni bidouillage studio. Dès que l’on sort de ces paramètres-là, on peut parler de reproduction sonore tant qu’on veut, mais comme il n’existe plus de référent absolu, la perception devient tout à fait subjective : ça devient le son de guitare que chacun préfère ou le son de mellotron, ou de synthé, bref on parle de préférences, non plus de fidélité par rapport à l’original.

    J’ajouterais ceci : pour bien mesurer le degré de haute-fidélité d’un ensemble, il faut d’abord s’être fait l’oreille aux instruments dans leur état naturel, c’est-à-dire avant l’amplification : comment sonne tel type de guitare en vrai, comment sonne un piano en vrai, etc.

    Profquifesse

    26 août 2010 at 13 h 08 min

    • Parfaitement d’accord avec toi, il faut voir au delà des tes et regarder ce qui est testé. Comme tu dis, si on écoute de la guitar distortionnée au possible (métal, grunge et cie) il devient très dur si-non impossible d’entendre la clarité du son. J’aime aussi le commentaire sur la compétance de l’auditeur à reconnaitre l’instrument ‘live’ vs la version post-production.

      Ceci dit, je suis loin d’être un spécialiste, et j’ècoute une grande diversité de musiques. Je serai heureux d’avoir un bon système généraliste plutôt que d’avoir quelque chose de spécialisé. En fait je recherche le son le plus neutre possible et la neutralité c’est subjective, du moins dans mon cas, je fais de l’acouphène…

      José

      27 août 2010 at 10 h 54 min

  6. Ben. C’est simple me semble. C’est juste qu’il y en a qui aiment péter de la broue avec leur kit à 5K de sub, filage et autres! 😛

    Charlotte

    26 août 2010 at 17 h 27 min

  7. Deux choses:
    1- On ne peut se fier à ses sens. C’est prouvé par plusieurs études dans plusieurs domaines que l’on perçoit se qui fait notre affaire.
    2- Si on connait les forces et les faiblaisses de deux composantes on peut porter notre attention sur ce détail en particulier et ‘l’isoler’. Alors on perçoit mieux la ou les différences entre deux composantes.
    En conclusion, selon moi. le test en double aveugle est la meilleur méthode pour juger de la qualité de différentes composantes. Par contre, il est mieux de laisser ce type de test entre les mains de spécialistes indépendant. Ainsi, je ne recommenderais jamais de faire des tests à l’aveugle pour un achat de composantes. On fait un achat avec les faits obtenu de source indépendantes puis on fait l’écoute en magazin en sachant parfaitement se que l’on test.

    José

    27 août 2010 at 10 h 40 min

    • Je ne suis pas sûr de bien comprendre : le test en aveugle est la meilleure méthode, mais n’est pas recommandé ?!

      Le problème me semble venir de l’extrême diversité des composantes sur la marché. Certains amplis réagiront plus ou moins bien avec telle marque de préampli et leurs qualités mutuelles s’annuleront, tandis que d’autres se compléteront à merveille. Le credo chez la plupart des audiophiles est d’ordinaire de rendre justice à la musique avant tout. Selon ce principe, une seule méthode pour tous les tests : écouter un ou deux enregistrements acoustiques que l’on connaît bien (un instrument solo et un orchestre) et vérifier le rendu des timbres comme de l’espace. Je me souviens pour ma part d’une expérience renversante avec, je crois, un ampli à lampes MacIntosh (rien à voir avec Apple) et des enceintes électrostatiques. Bien placé au centre du triangle formé par les enceintes et l’auditeur (moi en l’occurence), je pouvais littéralement VOIR les instruments : dans un orchestre symphonique, les percussion au fond à gauche, les violoncelles devant à droite, etc. De même, sur un album de jazz, la batterie derrière, le sax à gauche, la contrebasse à droite et le piano à peu près au milieu. Et une présence complète de chacun des instruments, comme s’ils avaient été là, en live, devant moi.

      profquifesse

      28 août 2010 at 15 h 10 min

      • Je veux simplement dire que les tests à l’aveugle complémentent les tests en magasin, mais ne devrait jamais les remplacer. Ceci dit, je ne dis pas que c’est nous qui devrions faire ses tests à l’aveugle, je préfère de beaucoup avoir un magasine sérieux faire les tests pour moi.

        Pour moi, les tests à l’aveugle sont dans la même catégorie que les tests de qualité et l’étude des caractéristiques techniques d’une composante. C’est une méthode scientifique (ou pseudo-scientifique, c’est celons) alors que l’appréciation d’une pièce de musique est vraiment subjective et (comme tu le dis si bien) demande une écoute attentive d’une pièce connue.

        Si j’ai à faire l’achat d’une composante onéreuse, je vais faire des recherches sur les diverses composantes qui entrent dans mon budget. C’est là que les tests à l’aveugle sont utiles. Maintenant sachant que telle composante a telle ou telle particularités je peux en faire l’écoute et isoler la particularité en question et voir si moi (idéalement dans mon environnement), j’aime ou non.

        José

        31 août 2010 at 0 h 04 min

  8. Ma réponse ici:

    http://gliese1214b.blogspot.com/2010/09/les-tests.html

    avec les réponses éventuelles de ma réponse sur le forum audio habituel, suivi des réponses des réponses dispersées sur les 2 autres forums dont i know of…

    hahah

    got to luv tha web

    aevus

    4 septembre 2010 at 19 h 37 min

  9. Après un rigoureux test double aveugle, il fut démontré que le nouveau médicament X contre le cancer provoque exactement les mêmes résultats que pour le placebo.

    En conséquence de ce test, nous avons démontré que les patients sont incapable de juger la différence entre un médicament et un placebo.

    C’est ça qui m’est venu en tête spontanément après la lecture de ton billet. Clairement, si l’oreille et le cerveau du « testeur » ne perçoit pas de différence entre A et B, c’est qu’il n’existe pas de différence pouvant être perçue par ce dernier. Il y en a sûrement une, certes, mais pas du point de vue de l’humain qui l’écoute.

    Donc l’effet est placebo. L’audiophile apprécie son câble car il se stimule psychologiquement à l’apprécier. C’est un phénomène psychologique connu et reconnu, documenté à outrance.

    La conclusion que j’en tire est la suivante; si un individu se prédispose à apprécier l’objet qui a aqui dans sa chaîne audio, alors il l’appréciera et cela sera une bonne chose (pour lui).

    L’individu désirant une amélioration démontrable, scientifique, réelle et matérielle, ne verra aucun avantage à flamber ses paies dans du hi-fi haut niveau.

    Snake oil.

    Laurent

    16 septembre 2010 at 23 h 50 min


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