Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Quinze ans maintenant

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Nous nous sommes mariés aujourd’hui, il y a exactement 15 ans.

Cette aventure restera gravée dans ma mémoire à jamais. Nous étions pauvres, aux études, et nous ne nous connaissions que depuis peu. Laissez-moi vous raconter…

La rencontre

Je venais de terminer mon bac en enseignement et je poursuivais un certificat en méthodes quantitatives. Mon premier objectif était de faire ma maîtrise en linguistique, un sujet qui me passionne toujours autant aujourd’hui. J’occupais un appartement sur le Plateau, une espèce de trou où les blattes, mieux connues sous le nom de coquerelles, pullulaient parmi les détritus qui s’accumulaient dans les escaliers de l’édifice. Je partageais mon logement avec un ami de longue date. Je sortais d’une relation de quelques années avec une fille de la Rive-Sud et la séparation avait été d’autant plus facile que l’amour nous avait désertés depuis un long moment.

Afin de pouvoir m’inscrire à la maîtrise, je devais suivre une propédeutique en linguistique afin de me mettre à niveau. Deux cours. Ce que je fis avec un certain enthousiasme, me disant que j’aurais certainement la chance de rencontrer plusieurs jeunes femmes avec qui je pourrais nouer des relations intéressantes.

Je ne la remarquai pas immédiatement. Du moins, pas lors des premiers cours. Elle suivait aussi cette propédeutique, mais dans le cadre du bac en linguistique, pas de la maîtrise. J’étais encore en mode observation de la faune féminine lorsque, pendant un des cours, j’expérimentai pour la première fois des échanges avec celle qui allait un jour devenir ma femme.

Je n’ai jamais eu peur des femmes fortes. Les femmes de tête ne m’effraient pas, au contraire, j’éprouve un certain plaisir à les apprivoiser, à les amadouer. C’est, je crois, ma nature. Et là, assise devant moi, il y en avait une très forte. Je me souviens encore de sa réaction lorsque je lui avais répondu du tac au tac qu’elle aimait avoir le dernier mot : « Oui! » J’ai bien ri. Elle aussi. La glace était brisée.

La réalité

Elle ne me le dit pas sur-le-champ, mais j’appris rapidement qu’elle avait un petit ami avec qui elle vivait en appartement quelque part à Montréal. Et si elle était en linguistique, c’était davantage par dépit que par choix. Ça ne l’intéressait pas vraiment et elle faisait ça en attendant de trouver le domaine qui la passionnait vraiment. (La pâtisserie, si vous tenez tant à le savoir!)

Nous devînmes partenaires de travail. Nous nous retrouvions pour faire nos travaux ensemble, les recherches, les lectures. En fait, toutes les excuses étaient bonnes pour que nous puissions passer plus de temps ensemble. Pendant et après les cours, le soir, le week-end et même au bar de l’Université en compagnie de mes chums du département de mathématique où je terminais mon certificat.

Nous flirtions presque ouvertement, la tension sensuelle s’amplifiant de jour en jour. Il était évident que nous nous plaisions. Elle me plaisait. Beaucoup. Je la trouvais belle, brillante, fonceuse. Sa présence était toujours un pur moment de bonheur. J’anticipais chaque fois de la retrouver peu importe la raison.

La grande question était de savoir qu’est-ce qu’il adviendrait de son copain. Personnellement, je m’en foutais de son copain. Moi, c’était elle qui m’intéressait. Mais je ne pouvais ignorer le fait qu’elle était en couple et je devais donc la laisser prendre sa décision quant à son avenir.

Ce qui se produisit en novembre. Elle était venue me retrouver pour un travail, lequel fut rapidement mis de côté en faveur d’un jeu de langue autrement plus stimulant que les arbres d’analyse linguistique…

Le week-end suivant, elle quittait définitivement son copain en catimini, profitant de son absence pour vider l’appartement de ses biens et retourna vivre chez ses parents. Notre union fut scellée là.

Les fiançailles

Elle vint s’installer chez moi en décembre et nous passâmes toute la période des fêtes ensemble à visiter nos familles respectives. C’est la veille de Noël 1994 que nous nous sommes fiancés officiellement devant mes parents. Ah! L’amour! C’était beau…

Puis, fous que nous étions, nous nous sommes engagés à nous marier dès le printemps suivant. Nous parlions d’une famille nombreuse, « une équipe de football » que je me plaisais à dire. Comme nous n’avions pas un sou, il nous était permis de rêver grand et follement!

Le mariage

C’est donc le 6 mai 1995 que nous nous sommes unis au palais de justice de Montréal. S’en est suivi une fête à la hauteur de nos moyens (très) limités d’étudiants. Une noce simple, sobre où nos familles et nos amis sont venus se réjouir en notre compagnie.

Je me souviens encore de nos vêtements. Nous avions choisi de nous costumer avec des vêtements loués de style renaissance. Ma femme revêt une robe rose-noir avec un châle noir ce qui fit énormément jaser nos deux familles. De mon côté, je portai un habit orange avec un tricorne.

Mon coloc de l’époque travaillait comme serveur dans un restaurant, le Witloof qui ferma depuis, et nous aida à organiser le souper et la soirée à cet endroit. La pièce de résistance, le gâteau, était une pièce montée, superbe, gigantesque.

Bien sûr, nous nous sommes mariés à l’époque pour la vie. Nous nous aimions et nous ne voyions l’avenir qu’en rose. Nous avons vécu de très difficiles moments par la suite. Notre situation précaire qui dura de nombreuses années, la tension qui s’installa lorsque notre fille vint au monde, la fatigue, le stress de ne pas avoir d’emploi stable, tout ça a eu pour effet de mettre à rude épreuve notre couple naissant.

Puis est venu le déménagement vers le Nunavik. Ce passage a aussi occasionné son lot de difficultés. À plusieurs reprises, nous nous sommes retrouvés au bord du divorce et il s’en est souvent fallu de bien peu que nous nous laissions. Mais chaque fois, nous avons appris à mettre de l’eau dans notre proverbial vin et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quinze ans plus tard, nous sommes toujours ensemble, plus amoureux que jamais.

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Written by Le barbare érudit

6 mai 2010 à 12 h 10 min

Publié dans Général

11 Réponses

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  1. Un bel exemple de ténacité ! Longue vie à vous deux !

    Emgee

    6 mai 2010 at 12 h 22 min

  2. Et si… tu partageais la recette??? Y a-t-il vraiment une recette pour traverser les mers houleuses? Y a-t-il un passage obligé?
    J’admire ceux qui arrivent à s’aimer encore après toutes ces années. Même après toutes les difficultés. C’est peut-être ça après tout l’Amour…

    demijour

    6 mai 2010 at 13 h 08 min

  3. C’est une très belle histoire remplit de complicité…

    Eldiablo Minouchka

    6 mai 2010 at 13 h 34 min

  4. Rien de tel qu’une belle histoire d’amour pour m’aider à finir la journée… J’avais justement besoin d’un petit remontant «émotif»…Dur dur les ados par moment. En passant, ils ont beaucoup apprécié analyser la grammaire de ton texte sur «le cycle de l’eau» (m’enfin…certains, je te l’ai dit: dure journée…) Je te l’ai emprunté puisque «la grotte» leur semblait trop long. Par contre ils ont bien aimé découvrir le mot épissoire!

    Merci de partager ton côté givré et ton côté nutritif (comme les mini-wheat)!

    France

    6 mai 2010 at 14 h 39 min

  5. @ Toutes. Je n’ai pas la recette. Si elle existait, je la vendrais et je serais multimillionnaire. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

    Franchement, la seule chose que je peux vous dire, c’est qu’un couple, ce sont deux personnes et que les deux doivent participer à l’avancement du couple. Être en couple, c’est comme être dans une petite barque dans le milieu d’une grande mer. Si on a l’impression qu’on est le (la) seul(e) à ramer dans la barque, ben c’est normal qu’après un petit bout, l’envie de crisser l’autre par dessus bord nous prenne.

  6. […] Hier, j’ai fêté notre quinzième anniversaire de mariage seul, à la maison, avec des patates pilées. J’ai aussi appelé la principale intéressée. La madame était contente. […]

  7. Bon anniversaire de mariage à vous deux !

    Encore de longues années de bonheur !

    C’est une belle histoire d’amour que la vôtre.

    C’est quand même beau l’Amour, non ?

    Marie-Jo

    7 mai 2010 at 12 h 58 min

    • Merci Marie-Jo.

      J’pense qu’on s’en sort finalement pas si pire. Encore quinze autres? On va les prendre une à la fois.

  8. Tu n’as pas la recette, dis-tu? Je ne te crois pas. Il y a la volonté de former un couple, simplement.

    • Tsé, c’est vrai que j’ai pas la recette. Pis la volonté… ben chus certain que mes parents l’avait avant de divorcer. Non, franchement, je ne le sais pas c’est quoi le truc. Sinon que je le prends une journée à la fois, une année à la fois.

  9. 15 ans… cela commence à faire un bon whisky…

    Alexandre Pachot

    13 mai 2010 at 11 h 01 min


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