Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

The City & The City

with 8 comments

Most of those around us were in Besźel so we saw them. Poverty deshaped the already staid, drab cuts and colors that enduringly characterise Besź clothes — what has been called the city’s fashionless fashion. Of the exceptions, some we realised when we glanced were elsewhere, so unsaw, but the younger Besź were also more colourful, their clothes more pictured, than their parents.

The City & The City, China Miéville, p. 18

Tout est dans la manière de faire. L’exécution. Comme le disait si bien Edison, le génie, c’est 10 % d’inspiration et 90 % de transpiration.

Prenons ce roman de Miéville, le célèbre auteur de Perdido Street Station. The City & The City, ce sont deux villes, Besźel et Ul Qoma, qui existent en parallèle, dans le même espace physique, mais qui doivent s’ignorer l’une l’autre. Leurs citoyens respectifs se trouvent donc à occuper le même espace physique, mais faire comme si les résidents « étrangers » n’existent pas.

Vous aurez compris qu’il s’agit là d’une idée diabolique, complètement folle et qui, entre les mains d’un plombier de la plume, pourrait ne pas atteindre son plein potentiel. On imagine aisément les longs passages explicatifs remplis de détails inutiles ne contribuant en rien à faire avancer l’histoire, la trame narrative, mais venant plutôt nuire à cette dernière en la brisant afin d’aider le lecteur à « comprendre » le contexte du récit.

Or, Miéville n’est pas un plombier de la plume. C’est un redoutable romancier qui nous a déjà prouvé dans ses précédents romans tout l’étendue de son talent. Les images indélébiles qui se sont imprimées dans mon cerveau suite à la lecture de Perdido Street Station et de The Scar en sont les meilleurs exemples.

In the morning trains ran on a raised line metres from my window. They were not in my city. I did not of course, but I could have stared into the carriages — they were quite close — and caught the eyes of foreign travellers.

The City & The City, China Miéville, p. 25

Lisons ce passage. Relisons-le. Relisons le premier passage que j’ai retranscrit en ouverture de ce billet. Ce qui frappe, ce sont les sous-entendus. L’allusion à cette réalité que j’évoque dans ma description du roman.

Miéville a choisi d’écrire son roman à la première personne. C’est un choix qui colle parfaitement à la nature de son récit. Il est beaucoup plus facile de bien saisir la nature de l’interdit de contact entre ces deux cités qui existent en parallèle lorsque cet interdit nous est transmis par un de ses citoyens qui non seulement le comprennent, mais l’acceptent et l’intègre dans leur propre existence comme un fait, comme une réalité qu’on ne peut absolument pas remettre en question.

C’est donc au travers de ce personnage, l’inspecteur Borlú, que nous découvrirons toutes les facettes de cet interdit en le suivant au cours d’une enquête de meurtre dont son équipe, l’escouade des crimes extrêmes, a hérité. En intégrant ces explications à la trame narrative de l’histoire, en remettant la lourde tâche de faire comprendre au lecteur le contexte de cette histoire entre les mains de son personnage principal, Miéville évite le piège de les transformer en longue tirade encyclopédique et garde toujours l’histoire au premier plan.

Une œuvre dense, extrêmement bien écrite, envoûtante et certainement un grand moment de littérature. À lire.

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Written by Le barbare érudit

25 avril 2010 à 14 h 55 min

Publié dans Littérature

8 Réponses

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  1. Ça donne vachement le goût… je crois que pour moi ça sera le prochain après la tonne que j’ai commencé à lire. Merci Barbare d’allonger ma liste encore une fois. 🙂

    Eldiablo Minouchka

    25 avril 2010 at 15 h 51 min

  2. J’ai terminé Perdido Street Station cette semaine. Je te remercie de m’avoir fait connaître cet auteur et ce livre. Comme j’ai toutefois eu un peu de difficulté à le lire même en français, je vais attendre la traduction avant d’embarquer dans The City & The City…

    L’imagination de l’auteur est vraiment débordante. Il a inventé un monde et des êtres aux caractéristiques vraiment originales. Le scénario m’a plu, mais comme je demeure un peu perplexe devant le fantastique et l’horreur, certains développements m’ont apparus convenus. Cela dit, l’expérience de lecture est tout à fait particulière. L’auteur nous fait vraiment entrer dans son monde.

    De peur d’en dire trop et de gâcher l’expérience d’autres lecteurs, je vais m’arrêter là… Bref, je n’hésiterais pas à le recommander moi aussi !

    Darwin

    25 avril 2010 at 19 h 34 min

    • The City & The City n’a pas la facture de Perdido Street Station. À première vue, ce n’est pas du fantastique, en tout cas rien à voir avec ses autres romans. Pour le moment car il y a un petit quelque chose qui me dit que tout ça va changer… à suivre…

      Si tu as aimé Perdido Street Station, Miéville a écrit deux autres romans qui se situent dans le même univers : The Scar et Iron Council. The Scar se passe essentiellement sur une ville qui flotte au milieu de l’océan et qui est formée de dizaines et de dizaines de bateaux attachés ensemble. J’ai adoré l’histoire sauf la fin que j’ai trouvé un peu précipité. Comme je n’ai pas lu Iron Council, je ne me prononcerai pas dessus.

      lebarbareerudit

      25 avril 2010 at 19 h 42 min

      • Comme je prends 95 % de mes livres à la bibli, je vérifie toujours les autres titres d’un auteur. J’ai vu ceux dont tu parles (et en français !), mais je vais lire quelques autres livres avant de les commander.

        J’ai déjà lu des livres en anglais (dont Mystic River et quelques livres de Vonnegut), mais c’est plus ardu…

        Darwin

        25 avril 2010 at 19 h 51 min

  3. J’appelle le menuisier demain matin première heure… j’ai trop de livres en attente et ce, à cause de toi cher Barbare! Je dois donc me faire construire un meuble ou quelque chose pour l’entreposage!

    Je suis pour le livre électronique… tu t’en doutes surement!

    Imagine pouvoir transporter toutes ses oeuvres sur soi : dans l’avion, le train, le bus… chaque endroit où l’on attend pendant des heures. Des heures perdues, mal gérées.

    Je rêve… je rêve mais la réalité s’en approche!

    Promis je le lirais… on s’en reparlera!

    demijour

    27 avril 2010 at 18 h 08 min

    • Et je dois me sentir coupable pour ça?!? Si tu savais à quel point ça me fait plaisir de savoir que, lentement, mais sûrement, j’encombre ta maison de livres!

      Quant au livre électronique, je devrai revenir sur ce sujet bientôt. Je vais faire part de mon expérience de vivre avec un tel objet. J’ai des commentaires à faire là-dessus.

      Et ce livre, The City & The City, c’est vraiment, vraiment excellent. Crois-moi.

      lebarbareerudit

      27 avril 2010 at 19 h 32 min

      • Mais non pas de pression. Ça vient toujours de soi la pression de toute façon!

        Je finis Ru et je m’y mets donc! M. le Directeur 🙂

        J’attend avec impatiente ta revue techno du jour. Surtout qu’on parle du Ipad partout ces derniers temps.

        demijour

        27 avril 2010 at 20 h 46 min


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