Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Pauline

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Appelons-la Pauline.

Pourquoi Pauline? Parce que ce n’est pas un nom inuit, parce que personne ne songerait à appeler son enfant Pauline ici et parce que je ne voudrais surtout pas que vous pensiez que je parle d’une seule fille dans tout le village. Je parle de tous les jeunes.

Pauline se présente généralement à l’école tous les matins. Elle sourit la plupart du temps. Et elle rit aussi. Pauline joue et parle avec ses amies. Elle a peut-être 10 ans. Ou 16 ans. Au fond, ce n’est pas très important parce que Pauline traîne avec elle un lourd sac. Il est immense et bien que personne ne veuille le voir, tout le monde sait qu’elle l’a sur son dos en permanence.

Pauline a été violée.

On sait qui a violé Pauline. Parce qu’il a aussi violé Jeannette, Huguette, Louise. En fait, on a peut-être perdu le compte. Et on sait qu’il continue de violer d’autres jeunes filles et peut-être même de jeunes garçons. On le sait. On dénonce. Mais rien ne semble bouger.

Pauline vient donc à l’école et joue et rit et parle et apprend avec ses amies de classe. Et tout le monde sait, mais tout le monde ignore son lourd sac qu’elle traîne avec elle tous les jours sur son dos.

Parfois, Pauline se fâche. Pauline perd un peu la notion de ce qui est correct et acceptable de faire dans une école. Je dois donc intervenir auprès de Pauline. Et son enseignante aussi. Nous tentons de la calmer, de la rassurer, de l’aider à reprendre le contrôle, à reprendre sa vie.

Si ce n’est pas Pauline, c’est peut-être aussi Jeannette, Huguette ou Louise qui agissent de la sorte. C’est donc auprès d’elles que j’agis avec leur enseignante à tenter de les calmer, de les rassurer, de les aider à reprendre le contrôle, à reprendre leur vie.

Puis un jour, elles sont au secondaire et elles décrochent de l’école. Si elles ne se suicident pas.

J’en ai perdu quatre en dix ans…

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Written by Le barbare érudit

24 avril 2010 à 13 h 22 min

Publié dans Affaires scolaires

6 Réponses

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  1. Ah que c’est triste. La misère leur colle au cul comme une malédiction.
    Une chance que des gens comme toi sont dévoués et fiers de faire une différence.
    Chapeau! Tu as beaucoup de courage…

    Ze Nurse

    24 avril 2010 at 17 h 47 min

  2. Le silence… Quel moyen de défense simple, mais, oh combien, cruel car il ne guérit pas le mal. Le mal est fait. C’est irréversible.
    Le silence soulage parfois, permet d’oublier un peu, de dédramatiser.
    Le coeur brisé d’un enfant vieillit et devient le coeur d’un adulte handicapé à jamais.
    J’en connais un.
    Nous en connaissons tous un.

    Denise St-Pierre

    24 avril 2010 at 22 h 09 min

  3. Quand les maux ne s’expriment pas par des mots…

    Alexandre Pachot

    25 avril 2010 at 9 h 52 min

  4. J’ai mis du temps à commenter ce billet. Je l’ai lu. Relu.

    Un crime que j’ai du mal à supporter.

    Qui protège qui? Qui ne bouge pas? Comment peut-on ne pas bouger? Comment rester spectateur sans avoir envie de répliquer avec la loi du Talion?

    Je ne t’accuse pas toi personnellement. Seul on arrive à pas grand chose.

    Les mots me manquent. Je déteste quand ça m’arrive…

    demijour

    27 avril 2010 at 21 h 40 min


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