Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

De la critique

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Critiquer une œuvre, quelle qu’elle soit, est ingrat. C’est porter un jugement de valeur sur une réalisation artistique, sur l’expression des sentiments et des émotions d’un individu. C’est surtout se commettre et être prêt à faire face à des attaques parfois virulentes lorsque son opinion va à l’encontre de ce qui est perçu par les autres. C’est être vulnérable.

C’est un texte de Jozef Siroka sur Cyberpresse qui m’a directement inspiré pour ce billet. En particulier ce passage :

Pour être franc, à toutes les fois qu’on attaque mon travail, j’ai beaucoup de difficulté à me défendre. Écrire sur le cinéma est probablement l’activité intellectuelle la moins valorisée aujourd’hui (à titre d’exemple, un chroniqueur politique ne verra jamais sa crédibilité remise en cause parce qu’il n’a jamais fait de politique, contrairement à un critique qui n’a jamais fait de film).

Plusieurs autres ont écrit, souvent avec brio et toujours mieux que je ne le ferai jamais, sur le rôle de critique. On pense ici à Roger Ebert entre autres avec une excellente défense du métier de critique. Ce n’est de toute façon pas ce que j’avais en tête lorsque je me suis mis à réfléchir à ce billet. La question qui me hante est la suivante : qu’est-ce que la critique et sur quoi repose-t-elle?

Enseigner

Lorsqu’on enseigne, on transmet des connaissances acquises au fil du temps et des enseignements reçus à des élèves et des étudiants désireux (ou non) de les acquérir à leur tour. On dira donc d’un enseignant qu’il maîtrise bien sa matière ou qu’il est un incompétent, ou encore qu’il est une véritable référence dans son domaine. Dans tous ces cas, on réfère à la connaissance que possède du sujet en question l’individu chargé de l’enseigner.

Bien sûr, il y a plus à l’enseignement que la simple transmission de connaissances. Et le fait de maîtriser parfaitement sa matière n’est pas nécessairement un gage de qualité dans l’enseignement. C’est là où l’expérience entre en ligne de compte. Un enseignant aguerri, cumulant de nombreuses années d’expérience, sera généralement meilleur à transmettre sa matière, ses connaissances, qu’un enseignant plus jeune et comptant moins d’expérience. Je dis généralement parce que, nous le savons tous, c’est une généralisation qui ne tient pas compte du talent naturel de communicateur que certains individus possèdent.

Donc, deux facteurs qui sont intimement liés et qui participent activement à définir la qualité d’un enseignant. D’un côté, les connaissances que ce dernier possède, et ensuite, l’expérience acquise dans la transmission de cette connaissance. Je crois qu’il est important de garder en tête ces deux facteurs pour la suite des choses.

Qu’est-ce que la critique?

Essentiellement, le critique donne son opinion sur une œuvre. Son travail consiste donc à hiérarchiser le niveau d’esthétisme des œuvres auxquelles il est exposé et de diffuser cette hiérarchisation.

Donc, donner son opinion, c’est hiérarchiser. C’est bâtir une échelle des valeurs où les œuvres se classent selon leur niveau d’esthétisme au sens très large. Et ça, dans notre univers, c’est le boulot qu’on a donné aux critiques, que ce soit les critiques de cinéma, de musique, de théâtre, d’art, de télé, de spectacle, etc.

Sur quoi repose la critique?

Plus haut, j’expliquais qu’enseigner, c’était prendre les connaissances et l’expérience d’un individu afin qu’il puisse transmettre cette connaissance aux élèves. D’une certaine manière, le critique doit aussi faire ce travail intellectuel d’éducation, mais d’une façon différente. Voyons ça d’un peu plus près.

Personne ne prendrait au sérieux un critique dont les textes se résumeraient à un simple « bon » ou « mauvais ». La qualité d’un critique se mesure à l’expliquer sa position, expliquer son opinion demande une certaine grâce, un savoir-faire. C’est la portion « éducation » du critique. Et pour être en mesure de bien pouvoir le faire, il doit posséder une grande connaissance de son sujet et il doit avoir l’expérience de nombreux film. Il n’est pas suffisant pour un critique de connaître la théorie du cinéma s’il n’a jamais vu de films. De la même manière, le fait d’avoir vu de nombreux films n’est pas un gage d’une grande connaissance de ce qu’est le cinéma.

Cette analyse peut facilement être transposée vers tous les domaines artistiques parce que tous possèdent à la fois un riche univers théorique qu’il est possible d’approfondir par les études et la lecture en plus d’un catalogue d’œuvres quasi infini.

L’opinion du critique repose sur sa connaissance du sujet et sur l’expérience qu’il possède des œuvres. Sa notoriété, sa pertinence en tant que critique, elle, se bâtira sur la qualité de ses critiques, sur le fait qu’il est en mesure d’exprimer et d’expliquer son opinion de manière articulée et claire. De plus, on s’attendra à ce que cette opinion soit cohérente dans le temps. Ce qui pourrait se traduire par le fait que le même genre de film devrait généralement recevoir des critiques similaires d’une fois à l’autre.

Pourquoi?

La grande question qui nous vient souvent à l’esprit lorsqu’il est question de critique. Pourquoi la critique? À quoi ça sert?

À ça, je vais seulement citer Anton Ego du film Ratatouille :

But there are times when a critic truly risks something, and that is in the discovery and defense of the new. The world is often unkind to new talent, new creations, the new needs friends… Not everyone can become a great artist, but a great artist can come from anywhere.

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Written by Le barbare érudit

4 avril 2010 à 16 h 06 min

Publié dans Non classé

5 Réponses

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  1. Ce n’est peut être que moi, mais je vois un certain lien avec ton billet sur le principe de précaution: la crainte. Cette peur de changement, cette peur de ne pas faire partie de la norme. Cette peur du risque…

    demijour

    5 avril 2010 at 8 h 49 min

    • Tu m’inspires, chère demijour. Tu m’inspires… je vais revenir sur ça. Je crois qu’il y a beaucoup à dire et j’ai des idées!

      Merci!

      lebarbareerudit

      6 avril 2010 at 8 h 09 min

  2. Contente de savoir que c’est réciproque.

    J’ai encore dans ma pile de truc à faire ma « réponse » à ton billet sur le principe de précaution. J’ai pris le temps de souligner des points intéressants de ton texte et d’écrire des notes à côté.

    Ne reste plus qu’à mettre tout ça sur papier pour que tu en fasse la correction M. le Directeur!

    Je vais peut-être attendre de recevoir ma Lamy que j’ai commandé ce matin???

    demijour

    6 avril 2010 at 8 h 42 min

  3. Des ti-Joe qui n’ont rien d’intelligent à dire autre que : « bon » ou « mauvais », c’est tellement offensant. Une « vraie critique », ne peut être prise à la légère par celui ou celle qui est critiqué, ça élève et enrichi.

    Cannelle

    6 avril 2010 at 18 h 58 min


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