Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

La Cartésie

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C’est le nom d’un pays où l’émotion n’existe pas et où tout se discute indéfiniment sans qu’aucune décision ne finisse par se prendre. Ses habitants, tous très intelligents, préfèrent philosopher ad nauseam sur les le sens de la vie plutôt que de s’attaquer aux problèmes concrets qui minent la qualité de vie de ses citoyens. La Cartésie n’existe que dans un univers parallèle et effraie tant par la profondeur de l’intelligence de ses habitants que par le manque de direction qui l’afflige.

* * *

Lorsque j’ai rencontré Emgee, Djief, Mahi, Demijour et Frank lors de l’expérience sociale que j’ai organisée il y a deux semaines, Emgee et Demijour ont toutes deux passé un commentaire qui m’a surpris et… inspiré. Elles m’ont dit (Emgee le samedi et Demijour le lundi) à peu près qu’elles étaient nerveuses de me rencontrer, qu’elles m’imaginaient comme quelqu’un de pédant et de hautain, trop intellectuel, peut-être… moi? Vraiment? J’étais surpris.

* * *

En Cartésie, seuls les sujets considérés intellectuellement stimulants sont abordés par ses habitants. On n’écoute que de la musique classique et on n’y lit que de la grande littérature. La télévision n’existe pas. Et les jeux? Échec et go se partagent à peu près également toute la population. Le cinéma ne produit que des films de répertoire très exigeants avec de longs plans-séquences qui n’en finissent plus de s’éterniser. On n’y mange que de la nourriture raffinée préparée avec soin par des chefs de grand renom.

Malheureusement, il n’y a aucune émotion qui s’en dégage. La sensibilité échappe aux citoyens de la Cartésie, ils préfèrent s’en remettre à la logique et à l’analyse froide des faits. C’est un pays émotionnellement mort.

* * *

J’ai besoin d’art, d’émotion, j’ai besoin de me ressourcer en plongeant au fond de moi-même sans avoir à me soucier de ce qu’il en retourne. Mais je suis un natif de la Cartésie. Cette partie de moi, je ne la renie pas, au contraire. C’est elle qui, le plus souvent, m’empêche de me laisser aller, m’empêche de plonger au fond de moi-même.

Le fait que ces deux blogueuses, Emgee et Demijour, l’aient senti dans mes écrits me laisse perplexe. C’est au travers mes mots que vous me découvrez alors que je ne crois pas être la même personne en réalité. À moins que je ne me trompe moi-même? C’est possible. Nous sommes souvent notre plus mauvais juge.

À suivre…

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Written by Le barbare érudit

6 mars 2010 à 12 h 30 min

Publié dans Général

15 Réponses

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  1. Je comprends bien ta perplexité face à ce genre de pensée ou de commentaire. On a souvent le même genre de sentiment face à moi… ce qui est étrange et tellement faux! Il faut jouer, rire, sentir et aimer!

    Gabriel

    6 mars 2010 at 15 h 14 min

  2. Voilà un pays que je ne visiterai jamais.Sauf peut-être pour y apprendre quelques techniques mais je ne m’y attarderais pas.

    C’est jamais l’fun de constater qu’on projette une image différente de ce qu’on est. Je suis là-dedans là, apprendre à vivre avec le fait qu’on ne me voie pas comme je suis et arrêter d’essayer de me défendre. J’ai pas fini.

    Cannelle

    6 mars 2010 at 18 h 25 min

  3. En Cartésie, un prof de français comme moi joue au Dictionnaire et au Scrabble. Je n’écoute que de la chanson française. Jamais on ne penserait que je fais des courses en chaise à roulettes dans les corridors d emon école…

    J’aime bien ton billet. Est-ce un effet pervers de l’image qu’on montre ou sommes-nous plus simplement complexes (pas compliqués, complexes!) que ce que l’on montre?

    le professeur masqué

    6 mars 2010 at 18 h 32 min

  4. J’essaie de comprendre d’où vient cette perception qu’on a de moi. Parce qu’il me semble que j’écris sur tout et n’importe quoi. Que j’aime la littérature et la musique, que je préfère écrire des textes sur l’évolution plutôt que de ce qui m’est arrivé hier… je vois mal en quoi ça fait de moi quelqu’un d’inaccessible ou de hautain.

    Peut-être n’y a-t-il rien à comprendre.

    Je me réjouis à l’idée qu’à la fin de la soirée, ces deux blogueuses semblaient avoir changé leur perception de moi. Comme quoi il n’y a rien comme un face à face pour dissiper les doutes et les malentendus.

    lebarbareerudit

    6 mars 2010 at 19 h 14 min

    • Tu vois, Barbare, parce qu’on aborde des sujets sérieux, les gens pensent que nous n’avons qu’une dimension. C’est plus facile à catégoriser. Un peu comme notre cerveau qui voit tous les Noirs ou les Asiatiques de la même façon. Impossible de les distinguer.

      Tu es un homme sensuel (ne capotons pas!)parce que le plaisir des sens (ouïe, goût, entre autres) sont très importants chez toi. C’est facile à voir. Mais ce sont aussi l’acuité de ces sens qui a permis de développer ton intelligence et tes facultés d’analyse, à mon avis

    • Il est clair que nous sommes tous beaucoup plus complexe que ce qu’un blogue peut montrer. Le blogue est une lorgnette bien petite pour voir un être en entier.

      Je poursuis ma réflexion dans le prochain billet que j’ai publié il y a quelques minutes.

      lebarbareerudit

      6 mars 2010 at 19 h 58 min

  5. […] mon billet précédent, la Cartésie. Quel était le message que je tentais de passer? Qu’est-ce que je voulais dire? Que […]

  6. On pourrait reparler de tout cela pendant des heures. De préférence dans un lieu moins bruyant que la dernière fois. 😉 Mais en bref, je dirais que la perception que l’on a de l’autre passe par le filtre de ce que nous sommes nous-mêmes, et de ce qui nous a forgé… Suffit que quelqu’un nous fasse inconsciemment penser à quelqu’un d’autre pour qu’on lui attribue, toujours inconsciemment, les particularités de cet autre. Et c’est quand on se donne la peine de se questionner sur le pourquoi de cette perception que les choses se remettent en place. C’est général comme explication, simplement parce que je ne veux pas entrer trop dans les détails ici. 🙂

    Emgee

    7 mars 2010 at 11 h 05 min

    • Je te comprends.

      Je crois qu’il est difficile de se retenir de projeter sur autrui notre propre expérience et c’est pourquoi nous nous retrouvons à porter un jugement qui n’est pas nécessairement le reflet de la réalité.

      On aura la chance d’en reparler. Et je te laisserai choisir l’endroit la prochaine fois.

      lebarbareerudit

      7 mars 2010 at 11 h 15 min

  7. Je t’avais dit très précisément « stuck up »… En relisant les différentes définitions de ce mot, je réalise à quel point j’ai été précise dans l’expression de ma perception. Ce qui me rend encore plus heureuse de constater que finalement je me trompais sur toute la ligne !

    Emgee

    7 mars 2010 at 11 h 09 min

  8. Ça me fait sourire! Beaucoup.

    Ai-je changé d’idée? Non.

    Mais comme je disais dans un de mes récent billet – la pesanteur des mots – parfois les mots ne peuvent tout dire. Ne peuvent tout expliquer aussi clairement tout le ressenti, toute l’émotion qui se cache derrière la pensée.

    Je crois aussi que les Humains ont tous plusieurs facettes. Tout en découle d’une certaine façon. C’est parfois dans nos écrits que cela peut transparaître. Mais encore faut-il savoir toute l’intention qui s’y cache derrière. Nous pourrions, par exemple, écrire un blogue pour faire « semblant » d’être quelqu’un d’autre parce que notre propre vie, notre propre réalité nous ennuie. Nous pourrions aussi écrire pour montrer qui nous sommes vraiment. Nous pourrions écrire pour faire rire alors que dans la vraie vie nous sommes sérieux. Nous pouvons être authentique comme superficiel.

    Quand nous écrivons nous pouvons ÊTRE n’importe qui, n’importe quoi.

    Il y a souvent un mélange de réalité et de fantaisie. Il y a des opinions.

    Mais quel est l’importance de ce que l’on projette vraiment?

    Par ricochet, s’il y a une phrase ou un commentaire qui me revient de notre rencontre c’est : »es-tu vraiment ce que tu écris » (ou quelque chose du genre).

    D’abord surprise par la question puis ensuite force est de constater l’évidence de l’évidence: dans chacun de nos écrits il y a notre JE mais il y a une partie de soi, surement inconsciente, qui est là de vouloir plaire, ou choquer ou d’attirer l’attention ou d’intéresser l’autre. Notre besoin viscéral de socialiser les uns avec les autres. Et pour ce faire, un peu d’invention et de fantaisie apparaissent surement.

    Il y a plusieurs années j’ai su que la « première impression » que je dégageais était d’être snob. Parce que j’étais gênée, parce que je ne me mêlais pas à tous, parce que j’avais des goûts parfois différents voire inconnu de mes interlocuteurs. Mais une fois qu’on me connaissait cette opinion disparaissait. Je parle à tout le monde: les vieux comme les jeunes, les noirs comme les asiatiques, les pauvres comme les riches.

    Bon je m’écarte de la question là…

    Nous pourrions en jaser encore longtemps!

    Je cours lire le reste de tes billets.

    demijour

    8 mars 2010 at 9 h 30 min

  9. Tu sais, demijour, j’ai hésité à te répondre immédiatement parce que je n’étais pas certain de voir où tu voulais aller avec ton commentaire. J’y lisais confusion et méandre intellectuel.

    Parfois, il faut prendre le temps de laisser la poussière retomber avant de réagir pour bien voir où l’on va.

    Et là, je vois plus clair. En effet, lorsque j’écris, il y a moi, mais il y a aussi le barbare, ce personnage que je me suis créé, forgé avec le temps, sans oublier l’érudit, celui que, parfois, je voudrais être. Au fond, je me joue de ces deux pôles, la brute et l’intello, et je les déverse simultanément sous forme de mots dans cet univers que j’ai créé. Parfois, souvent même, c’est moi. Mais il arrive que ce n’est que la projection d’un idéal que je poursuis sans jamais l’atteindre.

    Que les gens aient parfois une idée tordue de qui je suis découle logiquement de ce qu’ils n’ont jamais eu accès au véritable moi. Ils n’ont accès qu’à ce que j’accepte de leur présenter via mon blogue.

    Tu n’as pas changé d’idée à mon sujet? Il va falloir que tu élabore davantage à ce sujet.

    lebarbareerudit

    9 mars 2010 at 7 h 24 min


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