Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Une ligne au sol

with 18 comments

On trace une ligne au sol.

Tu la vois? Elle est bien là, juste devant. C’est toi et moi qui l’avons tracée. La règle, c’est qu’il faut se tenir le plus proche d’elle sans la traverser. Tu comprends? C’est simple, non? Toujours être le plus près possible de cette ligne, mais surtout, ne pas la traverser.

Que se passe-t-il si nous traversons cette ligne? En apparence, rien. Premièrement, nous ne nous en rendrons pas compte immédiatement. En fait, nous y prendrons même plaisir. Ça sera comme un interdit que nous aurons transgressé. Qui n’aime pas ignorer les interdits?

Il arrivera un moment où un de nous deux remarquera que nous avons traversé la ligne. Ça sera toi, ou moi, mais nous le remarquerons. Et dès ce moment, ça ne sera plus pareil. La règle, la seule règle qu’il fallait respecter, nous ne nous y sommes pas tenus. Nous avons triché.

Et qui dit tricheur, dit conséquence.

Nous avions le droit de changer les règles. En fait, nous avions non seulement le droit, nous avions le devoir de changer les règles. Nous aurions même pu effacer la ligne et la déplacer, la tracer ici ou là, ou même là-bas. Nous ne l’avons pas fait. Nous avons peut-être oublié. Nous avons peut-être ignoré la ligne.

Et maintenant, ce n’est plus pareil. Tout a changé. Tout est tombé. Tout s’est envolé. Il s’est fallu d’un instant, une parole, un mot, un geste, un regard même et voilà que la ligne a été traversée, une ligne rompue.

Que va-t-il se passer maintenant? Nul ne le sait. Nous tenterons peut-être de recommencer le jeu, peut-être que non. Peut-être qu’un seul d’entre nous aura envie de recommencer. Peut-être aucun.

Peut-être faut-il se trouver de nouveaux partenaires de jeu.

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Written by Le barbare érudit

17 février 2010 à 20 h 26 min

Publié dans Fiction

18 Réponses

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  1. Euhhh…stu juste moi là ou bien ton histoire parle de cul là? 😉

    frankybgood

    17 février 2010 at 20 h 29 min

    • C’est ça la beauté de la chose : ça parle de ce que tu veux!

      Pis comme t’as l’air en manque, ben, ça parle de cul!

      lebarbareerudit

      17 février 2010 at 20 h 45 min

  2. VIVE LE CUUUUUUUUL ALORS!!!!!!!!! 🙂

    frankybgood

    17 février 2010 at 20 h 48 min

  3. j’aime ces textes qui se transpose au lecteur selon son vécu. Ça laisse inévitablement un suspense. Parle-t-il de lui, de ses élèves? Est-ce son imagination qui nous tranporte quelque part?

    La réponse n’est pas importante. C’est le plaisir de ne pas savoir qui compte vraiment!

    demijour

    17 février 2010 at 21 h 01 min

    • C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis un petit moment. Je cherchais simplement les bons mots pour l’exprimer.

      lebarbareerudit

      18 février 2010 at 19 h 29 min

  4. correction : transposent

    demijour

    17 février 2010 at 21 h 02 min

  5. Ce texte m’a ramené à une expérience vécue et qui a m’a entraîner dans un lot d’émotions. Merci pour se superbe texte.

    On veut défier,on se laisse transporter et …. parfois on en pait le prix

    Miss Flower

    17 février 2010 at 21 h 21 min

    • Tout le plaisir est mien. Je crois que nous avons tous à un moment ou un autre joué à ce jeu dangereux. Probablement plus d’une fois d’ailleurs.

      lebarbareerudit

      18 février 2010 at 19 h 30 min

  6. C’est diabolique ici, ça sent le souffre à plein nez. J’aime. Cela me fait penser au livre : L’île des gauchers de Jardin. Tous les efforts mis en commun afin d’éviter cette putain de routine qui nous enlise dans l’invisibilité. Effectivement, on peut y voir ce que l’on veut, c’est la beauté de ce texte.

    Eldiablo Minouchka

    17 février 2010 at 22 h 21 min

    • Je n’ai pas lu L’île des gauchers de Jardin, mais j’ai adoré Le Zèbre. Si je me fie à ce que j’ai lu, il y a fort à parier que Jardin à une obsession d’éviter à tout prix la routine. J’irai donc le chercher. Merci de cette suggestion.

      lebarbareerudit

      18 février 2010 at 19 h 32 min

  7. Cher Barbare,
    La vie est comme ça.
    Chacun triche « exceptionnellement ».
    C’est la récidive qui tue: brûle une fois un feu rouge et rien ne se passera probablement.
    Si tu en fais une habitude, tu finiras à l’hôpital!
    Amitiés

    Armand

    18 février 2010 at 1 h 36 min

  8. Excellent texte en effet. Surprenant à quel pour il s’applique à un nombre de situations incroyable, qu’on peut s’y retrouver comme s’y perdre.

    DarK Rémi oF DooM

    18 février 2010 at 9 h 43 min

    • Merci pour ce compliment que j’accepte humblement. Il est vrai que j’avais en tête plusieurs expériences personnelles en écrivant ce texte. Je me demande si il y a d’autres façons d’envisager les relations entre nous? En ce sens que nous traçons toujours une limite à ne pas franchir, à ne pas dépasser, que ce soit la fidélité en couple, ne pas mentir à un ami, respecter ses parents, aimer ses enfants… et franchir une de ces limites, franchir cette ligne, c’est briser quelque chose d’irréparable.

      C’est un peu tout ça que j’avais en tête en écrivant…

      lebarbareerudit

      18 février 2010 at 19 h 40 min

      • Voilà qui couvre bien l’ensemble de ma réflexion. J’ai souvent tendance à analyser l’ensemble des possibilités et ne finalement rien faire en présumant que les répercussions possibles, bonnes ou mauvaises, ne valent pas la peine de changer ma situation actuelle. Difficile de penser comme ça et d’évoluer.

        DarK Rémi oF DooM

        19 février 2010 at 10 h 23 min

  9. Malgré ces six mois d’éloges…le doute. C’est fou à quel point le doute peut être un venin puissant.

    Ta partenaire de jeu

    Mélanie Picard

    21 février 2010 at 7 h 23 min

  10. […] que la peur irrationnelle qui est engendrée par la découverte de l’inconnu est fondée? Où doit-on tracer la ligne à ne pas traverser? Y a-t-il une […]

    • C’est très difficile de rester dans un gris acceptable, c’est ce que ton billet semble nous proposer. Quand tu es habitué de mettre soit dans la petit boîte noire ou soit dans la petite boîte blanche et bien forcément la peur irrationnelle du gris est là. Ton billet est fort intéressant.

      Eldiablo Minouchka

      2 avril 2010 at 13 h 53 min


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