Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Le parfum

with 13 comments

Dernièrement, Cannelle cherchait des livres à lire et une âme généreuse lui a suggéré Le parfum. Je ne saurais être plus en accord avec ce choix. À cet effet, elle doit bien être une des quatre seules personnes dans le monde à ne pas l’avoir lu!

Afin de la mettre en appétit, je lui offre cet extrait (que vous avez aussi tous le droit d’apprécier, cher lectorat).

A l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d’habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d’oignons, et leurs corps, dès qu’ils n’étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l’épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu’en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver. Car en ce XVIIIe siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait encore aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur. Et c’est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c’était le cimetière des Innocents.

— Patrick Süskind, Le parfum

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Written by Le barbare érudit

6 février 2010 à 22 h 05 min

Publié dans Littérature

13 Réponses

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  1. C’est un réel classique! Vraiment! Bon conseil!

    Gabriel

    6 février 2010 at 22 h 56 min

  2. Le parfum, un classique, excellent livre. Je pense que j’ai lis ce livre au secondaire… y a de ça un p’tit moment.

    mon'oncle ti-guy

    7 février 2010 at 8 h 12 min

  3. C’est une grande œuvre, en effet. C’est un de ces livres qui nous entraîne dans un délicieux périple jonché de perversités.

    lebarbareerudit

    7 février 2010 at 8 h 28 min

  4. Maintenant que t’as dit au monde entier que je ne l’ai pas lu, je vais aller l’acheter… 😉

    Cannelle

    7 février 2010 at 9 h 58 min

    • Tu sais que ma pile « à lire » sera toujours beaucoup plus haute que ma pile « lu ».

      Ça t’en fera un de plus dans ta pile « lu ».

      lebarbareerudit

      7 février 2010 at 10 h 53 min

  5. Rare sont les personnes qui n’ont pas apprécié la lecture de ce livre…

    Il y a quelque chose de réellement séducteur dans ce texte!

    cdlarousse

    7 février 2010 at 10 h 19 min

  6. C’est bizarre que ça me dise quelque chose et pourtant je n’ai aucun souvenir… je suis sur le point d’entamer « the road » que déjà je dois ajouter celui-ci! Hey misère, va falloir que j’arrête de blogger 🙂 Ou que je déménage dans le grand nord Québecois…

    demijour

    9 février 2010 at 19 h 59 min

    • C’est un roman extrêmement populaire dont on a tiré un film, pas mauvais le film, mais rien si on le compare à l’œuvre littéraire. Cet extrait donne le ton. C’est un très grand roman.

      lebarbareerudit

      9 février 2010 at 20 h 59 min

  7. Je viens de vérifier et ils l’ont à ma bibliothèque. J’irai le chercher après the road. Ça semble vraiment bien! J’ai hâte

    demijour

    10 février 2010 at 9 h 10 min

  8. Quand j’ai lu le Parfum, c’était lors de sa sortie. Il y a de cela quelques années. Je me rappel que j’avais aimé mais en relisant l’extrait, je me dis qu’à l’époque je ne sais si j’avais l’âge pour savourer autant. Il me faudra donc le relire.

    Le dernier livre qui m’a émue c’est Tokyo de Mo Hyders. L’histoire, l’ambiance, les personnages, la profondeur tout est là. J’ai pas eu d’autre coup de cœur depuis de cet ordre.

    Je suis vannée, la démone va se coucher! 🙂

    Eldiablo Minouchka

    12 février 2010 at 23 h 29 min

    • Je crois que l’appréciation d’une œuvre peut évoluer dans le temps et avec la maturité du lecteur. Il est clair qu’aujourd’hui je ne lis pas avec les mêmes yeux que lorsque j’avais 18 ans. Relire une œuvre après un certain nombre d’année me fait réaliser à quel point mon souvenir de cette dernière était imparfait et nébuleux.

      Je prends bonne note de cette suggestion. Merci.

      lebarbareerudit

      13 février 2010 at 7 h 51 min


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