Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Le couteau

with 13 comments

Le couteau mesurait 22 cm. Le manche en mesurait 10 cm à lui seul, la lame en faisant 12. Il s’agissait d’un montage à plate semelle, c’est-à-dire que la soie du couteau était visible entre les deux plaquettes de bois qui formaient le manche. Ces plaquettes étaient fixées à la soie par trois rivets dont le dernier, le plus éloigné de la lame, était creux et permettait d’y passer une courroie. Les plaquettes étaient faites de bois de rose. Le manche avait été conçu pour épouser parfaitement la main de son propriétaire. Sur mesure. La lame, de forme elliptique semblable à une longue goutte d’eau, possédait une émouture convexe dont l’entablure commençait à environ 1 cm du manche. Le couteau ne possédait ni mitres, ni garde, seulement une encoche où poser le pouce et éviter que celui-là ne glisse des mains lors de son utilisation. Il était léger et extrêmement bien balancé ce qui en rendait le maniement d’un grand confort et sans fatigue. De plus, le bois du manche, jalousement entretenu, révélait la patine des années de soins maniaques de son propriétaire. Le tranchant de la lame était tel que le poids de cette dernière suffisait à entailler la peau la plus coriace en ne la laissant que glisser.

Une arme parfaite.

Il fallait observer attentivement le chasseur s’en servir pour éviscérer minutieusement ses proies. Une fois abattues, il les couchait sur le dos et, insérant la lame juste au-dessus de l’anus, contournant les organes génitaux, prenant bien soin de ne pas percer le gros intestin, il la faisait glisser tout le long de l’abdomen en maintenant le tranchant vers le haut afin de l’ouvrir et d’accéder aux abats. Devant lui s’étalait alors l’ensemble des organes qui, à peine quelques minutes auparavant, maintenait encore en vie la proie. D’abord les poumons, qu’il se dépêchait de retirer. Il pouvait ensuite commencer le tri de ce qu’il voulait conserver de ce qu’il rejetait. À sa gauche, le foie bien rouge, une pièce de choix pour le repas à venir. Puis, l’énorme estomac et juste au-dessus vers la droite, le cœur. Le travail délicat consistait à sortir le foie et le cœur sans percer l’estomac. Il insérait donc la lame lentement en prenant bien soin de soulever de la main gauche la masse lourde et visqueuse du foie. Là, il coupait les conduits qui le maintenaient dans sa position. Il pouvait passer au cœur, prenant tout son temps et coupant les veines et les artères qui y étaient reliées. L’estomac ainsi dégagé, il n’avait plus qu’à sectionner l’oesophage pour enlever d’un coup l’estomac et les intestins.

Venait ensuite l’écorchage à proprement parler. C’est là que la lame elliptique démontrait toute sa valeur. Il était possible au chasseur de dégager la peau de la proie de la chair sans percer ni la celle-ci, ni celle-là. Tirant sur la peau de la main gauche, il faisait de longs arcs en laissant la lame du couteau glisser lentement le long de la jonction de la peau et des muscles. Ce travail long et fastidieux lui permettait de récupérer le cuir de sa proie qu’il pourrait tanner plus tard. Il pouvait enfin détacher la viande des os.

Ce soir, Murielle était au menu.

Publicités

Written by Le barbare érudit

4 février 2010 à 21 h 37 min

Publié dans Fiction

13 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. C’est qui Murielle ?

    fox

    5 février 2010 at 7 h 02 min

  2. Miam miam! 🙂

    Cannelle

    5 février 2010 at 7 h 25 min

  3. crue ou cuite ?

    Garamond

    5 février 2010 at 14 h 46 min

  4. Quand est-ce qu’on mange?

    Drew

    5 février 2010 at 16 h 14 min

  5. Il empaille les morceaux parfaits de ses proies ton mec au couteau?
    Tu viens de relire le collectionneur ou t’as trop mangé de phoque cru avec tes mains ensanglantées en lisant du Beaudelaire?
    … Je sais c’est une fiction.

    France

    France

    5 février 2010 at 23 h 05 min

  6. Le Collectionneur de Chrystine Brouillet, 2001. Hummm, c’est un style enquête policière avec maniaque frustré dans sa triste enfance par sa mère et devenu très…coupant avec l’âge… Jeu de chat-souris avec homme fou et femme détective-justicière.
    Du déjà vu au cinoche, fin classique, écriture corecte. Le film avec Luc Picard traduit bien le suspense, même si j’ai mieux aimé le livre. Travail scolaire, le relirais juste pour cause d’autre travail scolaire de dernière minute…

    France

    France

    6 février 2010 at 9 h 44 min

  7. Ahahah! Voilà des histoires qui se terminent avec des Happy End que j’aime. La première et la dernière phrase d’un billet se doivent d’être dépeceuses. Ce billet à cette qualité.

    Eldiablo Minouchka

    28 février 2010 at 21 h 30 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s