Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

S’investir

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Tous les jours, nous entendons parler tel ou tel scientifique, tel ou tel chercheur, telle ou telle personne qui a investi non seulement son temps, mais toute son âme dans ce qu’il ou elle fait.

Je voue une immense admiration pour tous ces passionnés qui ont choisi de s’investir totalement dans un champ ou un domaine au point d’y consacrer chaque minute de chaque heure de chaque jour de leur vie. J’en serais incapable.

J’ai besoin de diversité. J’aime la musique, lire, romans, actualité, science, bédé. J’ai besoin de sortir à la chasse, en camping. Je veux voyager, voir du pays, des pays, faire des choses de mes mains, rire, prendre un verre avec mes amis, ne rien faire… Je m’épanouis dans le chaos résultant des conflits d’horaires. Incapable de passer plus d’une heure sur le même boulot (j’étais enseignant!), j’ai besoin de changements, de mouvement, de dynamisme.

J’imagine ces hommes et ces femmes terrés au plus profond d’un labyrinthique édifice à faire et à refaire les mêmes gestes, sans cesse, écrire, lire ou manipulant de fins objets, de la fine verrerie de laboratoire, ou encore assis devant l’écran glauque d’un ordinateur, huit livres ouverts autour d’eux, s’empilant les uns sur les autres, remplis d’annotations et de signes hermétiques compris d’eux seuls. Je les imagine encore ces femmes et ces hommes s’isolant du reste du monde, obsédés par cette étincelle qui leur échappe, tout juste hors de porté, s’échangeant courriels et références, poursuivants sans cesse une voie désertée depuis toujours. Je les imagine persévérants, impassible devant toutes les difficultés qui se dressent devant eux, ignorant tous ces appels à abandonner leur quête.

Cette passion qui anime certain non seulement m’impressionne, elle est, j’ose le croire, essentielle au progrès humain. Sans le dévouement monastique de ces chercheurs, de ces enquêteurs, de ces médecins, de ces enseignants, de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui n’ont d’autre ambition que d’aller au bout de leur univers, nous n’aurions probablement pas toutes ces choses qui nous entourent, toutes ces connaissances qu’on nous transmet, toutes ces valeurs qui font de nous de meilleurs humains.

Non, ce n’est pas moi. Je me contente d’en être un témoin, un bénéficiaire.

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Written by Le barbare érudit

3 février 2010 à 20 h 15 min

Publié dans Général

17 Réponses

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  1. Je partage le sentiment, je me dis parfois que ces passions extrêmes qui poussent certaines personnes à se consacrer à un et une seule chose sont le moteur du progrès.

    torrieu

    3 février 2010 at 21 h 45 min

  2. Je te comprends tellement, je suis semblable, éparpillé, la tête qui tourne dans tous les sens.

    J’aimerais être comme eux, enfin, un peu plus.

    renartleveille

    3 février 2010 at 23 h 07 min

    • Tu vois, Renart, je les admire, mais je sais au plus profond de moi que je ne suis pas fait de cette matière. Je vois mon rôle comme différent, complémentaire à ce que ces chercheurs et ces passionnés font. Je n’ai pas le désir de leur ressembler.

      lebarbareerudit

      4 février 2010 at 7 h 14 min

  3. Tes mots devraient résonner tellement plus loin que cette trop limitée blogosphère!

    On n’a aucune idée combien la science, les efforts et les résultats des scientifiques percolent dans nos humbles vies et altèrent le cours de l’humanité. Et il s’en trouve pour cracher dessus.

    On n’a pas idée.

    Tu as tellement raison.

    – Mazz

    Mazzaroth

    3 février 2010 at 23 h 52 min

    • Il semble que nous soyons voués à combattre l’obscurantisme encore très longtemps. Comme se plaît à me dire Pierre, le mari de ma mère, « tant qu’il y aura des hommes, il y aura de l’hommerie. »

      lebarbareerudit

      4 février 2010 at 7 h 16 min

  4. Cher Barbare,
    J’ai été un scientifique (optique diffractive) et ai travaillé seul en cave, dans mon petit laboratoire.
    J’ai eu mon heure de gloire auprès des quelques personnes que j’admirais.
    Puis, mon « créneau » a nécessité de plus en plus de matériels onéreux et j’ai pris ma retraite.
    Ce sont des sociétés aux budgets importants qui ont pris la relève… C’était incompatible avec ma façon de travailler.
    Comme pour toute activité humaine, il y a une période d’essor qui est inéluctablement suivie d’un déclin.
    On ne voit pas toujours toutes les facettes d’un diamant. Certains côtés ne méritent même pas d’être montrés…
    Amitiés
    Tu forces un peu avec les bouquins ouverts et les notes incompréhensibles des non-initiés!

    Armand

    4 février 2010 at 0 h 11 min

  5. Je me demande si cela n’est pas relié à une personnalité obsessive? Comme quoi un défaut pourrait être une qualité…

    L’obsession de vouloir trouver l’inconnu, de trouver l’infiniment petit, de comprendre toujours un peu plus loin. Il faut, certes, de la passion mais beaucoup de détermination et justement une tendance à focuser qui se rapproche drôlement de la folie!

    demijour

    4 février 2010 at 10 h 50 min

  6. Ton investissement personnel, cher Barbare érudit, dans l’éducation des jeunes de la grande toundra glacée, très éloignée de la vie en ville et de ses avantages, semble pour moi une passion que tu as choisi en t’investissant, sinon totalement «de chaque heure et de chaque jour», du moins totalement physiquement pour une période de ta vie.

    Ça aussi c’est un choix passionné, impliquant et que peu de gens décident de faire…

    C’est donc, et même si j’admire la rigeur du «dévouement» scientifique qui sauve et améliore bien des vies, une question de point de vue…

    Pour bien des gens, une job routinière au coin de la rue, demande bien moins que l’exil au bout du monde…

    France

    France

    5 février 2010 at 23 h 18 min

    • Je devrai un jour prendre le temps d’exprimer plus librement mon point de vue par rapport à ma situation dans le « Grand Nord © ».

      Mais pour résumé mon sentiment : ce n’est pas un sacrifice ni un grand investissement pour moi. J’aime ça ici. C’est ma vie.

      lebarbareerudit

      6 février 2010 at 9 h 22 min

  7. P.S. Efface le doublon svp… Merciiii!

    France

    5 février 2010 at 23 h 58 min

  8. Y a probablement des chances que ce soit la même chose pour ceux qui s’impliquent dans le monastique travail de recherche… Question de tempérament et de goût…

    France

    6 février 2010 at 9 h 48 min

    • On envierait donc ce que nous ne sommes pas? Mmm… pas certain. Je ne suis pas croyant et je ne les envie pas… je vais réfléchir à ça…

      lebarbareerudit

      6 février 2010 at 10 h 45 min

  9. L’admiration n’est pas de l’envie d’après moi et que viens faire la croyance là dedans?

    France

    6 février 2010 at 11 h 16 min

    • Je ne suis pas un croyant, pas plus que je suis un scientifique obsédé par sa recherche. C’est dans ce sens là que je l’utilisais. Une image, une métaphore.

      lebarbareerudit

      6 février 2010 at 11 h 24 min


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