Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Histoire de marde

with 23 comments

Ce matin, L’adulescente m’a délié le zygomatique. Solide à part de ça.

Ça m’a inspiré.

Ou plutôt, ça m’a rappelé des souvenirs. Dont un en particulier que je devrais taire, mais bon, tous connaissent maintenant ma nature généreuse et altruiste, d’autant plus que je n’hésite jamais à faire rire de moi adhérant à la doctrine qui dit que si on ne vaut pas une bonne risée, on ne vaut pas grand-chose.

(Et après celle-ci, je crois que bien que ma valeur va prendre des proportions titanesques.)

Voici donc l’objet de cette honte que je déverse dans le grand labyrinthe de la toile pour votre plus grand plaisir.

J’étais au cégep. À cette époque, je faisais parti de l’équipe de football du cégep Édouard-Montpetit où j’occupais les positions de secondeur intérieur, de porteur de ballon et de retourneur de botté. Je crois que je possédais un certain talent pour ce sport. Une chose est sure, j’aimais vraiment jouer.

Ce jour-là, nous disputions un match contre l’équipe du Collège militaire royal de St-Jean. À St-Jean. Nous étions visiteurs. Il faut dire, pour être très honnête (et donner à cette histoire ce légendaire verni de crédibilité nécessaire à son appréciation pleine et entière), que nous étions une équipe plutôt mauvaise. Très mauvaise, en fait. Seuls quelques-uns d’entre nous avaient une quelconque expérience dans le football ce qui nous désavantageait grandement devant des équipes au passé glorieux telles que celle que nous nous apprêtions à affronter.

Donc, nous nous présentâmes sur le terrain, nous croyant prêts à un redoutable match contre une équipe réputée physique. Or, dès que je mis le pied sur le terrain, mes intestins, surtout le gros, se sont mis à vouloir entretenir avec moi une longue et douloureuse conversation. Ce n’était évidemment pas le temps.

Pour ceux qui n’ont jamais joué au football au Collège militaire de St-Jean, il y a une petite chose que vous devez savoir et qui a une incidence cruciale sur le déroulement de cette histoire. Le terrain de football est situé à au moins dix minutes de marche du vestiaire. Je n’exagère pas. C’est loin. Et ce n’est généralement pas un problème. Sauf lors de cette journée.

Donc, mes intestins me travaillent le ventre, et je ne suis plus du tout certain de vouloir être là. Je vais voir le coach et je tente tant bien que mal de lui expliquer la situation. Il me regarde, l’air inquiet, et m’explique qu’il est hors de question de retourner aux vestiaires (trop loin et les portes sont verrouillées) et qu’il va falloir trouver une toilette « dans le coin ». OK. Je regarde autour et je cherche une solution à mon problème qui devient de plus en plus pressant. Dans le sens que là, il faut absolument que je permette à mes entrailles de souiller le fond d’une cuvette immaculée. Ça urge. Je n’ai donc pas le choix, et je remarque autour du terrain (très) légèrement à l’écart, une série de bosquets où je pourrais sans doute me soulager de cette indescriptible pression dans ma tuyauterie.

Je pars, sous le regard de mon coach et de mes coéquipiers, afin de passer à l’acte. Rendu sur place, je retire du mieux que je peux (considérant les circonstances) mon attirail de guerrier automnal et j’agis pour le plus grand soulagement de mon moi-même, accroupi dans cette position chère à tout coureur des bois. Il y a un hic : pas de papier cul. Qu’à cela ne tienne, les bosquets me fourniront la rare denrée et je m’essuyai avec les moyens du bord prêt à retourner au combat.

Sauf que, comme vous le savez trop bien frères et sœurs de la chiasse coulante, une diarrhée ne se termine jamais du premier coup. Aussitôt revenu, me croyant mieux, je demande de rentrer sur le terrain afin d’aider mon équipe. Je suis un combattant après tout!

Mauvaise idée.

J’ai bien tenté d’ignorer le cri de mes entrailles, l’imploration de mon for intérieur pour terminer comme il se doit la tâche à peine entamée, mais la dure réalité à laquelle mon corps devait se frotter eu tôt fait de me le rappeler rapidement. Car dès que j’entrai en action, lors de mon premier plaqué, toute mon énergie et ma concentration étant focalisée sur l’adversaire, j’en oubliai momentanément mes sphincters qui, relâchant leur emprise sur ma plomberie, lui laissa le champ libre pour déverser, à même mon uniforme, leur contenu infâme.

Dire que dès ce moment je perdis l’enthousiasme délirant que naturellement on me connaissait sur le terrain serait l’euphémisme du siècle. Le cœur n’y était plus vraiment et l’expression chère au coach d’y mettre du « guts » pris une tournure littérale particulièrement ironique.

Au point où j’en étais, je n’avais plus rien à perdre ou à gagner, je terminai donc le match que nous perdîmes encore une fois.

Je fus extrêmement heureux lorsque, l’air abattu, nous rentrâmes au vestiaire et que je me précipitai directement dans la douche sans même me déshabiller ni m’asseoir. Je vous épargnerai les détails sordides de cette affaire, mais disons que peu de mes camarades osèrent s’approcher de moi alors que je me lavais au fur et à mesure que je retirais mon uniforme sous cette eau purificatrice.

Le niveau d’irritation de mon pauvre arrière-train me fit souffrir durant quelques jours. Le retour en autobus fut très long.

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Written by Le barbare érudit

21 janvier 2010 à 22 h 14 min

Publié dans Non classé

23 Réponses

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  1. En effet, tu y a mis toute ton «guts»! Vraiment drôle ton histoire, en tout cas, ça me remonte la babine parce que le moral est pas fort aujourd’hui. LOL 😀

    Mâle Commode

    21 janvier 2010 at 23 h 17 min

    • Tant mieux si je peux participer à te remonter le moral par ces temps maussades! J’en ai aussi eu grand besoin.

      lebarbareerudit

      22 janvier 2010 at 7 h 43 min

  2. Cher Barbare,
    Il y a mieux, un ancien collègue m’a appris qu’il n’y avait pas de WC dans les églises.
    Il avait fait partie d’une chorale d’enfants de cœur (ou un machin du même genre)…
    J’adore ces mésaventures… quand je ne suis pas concerné. C’est encore plus gai quand cela arrive à des crapauds de bénitier!
    Amitiés

    Armand

    22 janvier 2010 at 2 h 41 min

  3. Ouarfff !!!

    fox

    22 janvier 2010 at 6 h 59 min

  4. Le secret ? Immodium !

    Garamond

    22 janvier 2010 at 7 h 32 min

  5. HAHAHAHAHAH ! Ha non ! J’imagine bien la scène ! Pauvre toi !! Hey, en passant, je sais que je suis probablement en retard, mais j’aime bien le look que tu as donné à ton blog 🙂

    Bon weekend !

    Moonlady

    22 janvier 2010 at 7 h 57 min

  6. J’ai pas envie de terminer mon bol de céréales maintenant…

    Cannelle

    22 janvier 2010 at 10 h 02 min

  7. C’est ce qu’on appelle des plaisirs virils ?
    Un peu comme les vestiaires de joueurs de hockey qui sentent l’arme bactériologique ?

    pfftt les ballerines on est pas comme ça, on sent bon nous !

    Éléonore

    22 janvier 2010 at 10 h 51 min

  8. Mouhahahahahhahaha!!!
    Wow.
    Je ne peux rien dire de plus, je suis bouche-bée 😀

    Galadriel

    22 janvier 2010 at 18 h 54 min

  9. J’ai tellement ri hier soir en lisant l’une à la suite de l’autre l’histoire de motoneige de l’Adulescente, puis la tienne…

    J’imagine l’équipe adverse courir encore plus vite pour éviter que tu les plaques…
    J’essais de pas imaginer l’odeur…

    P.S. ÇA prend combien de temps pour en rire vraiment?

    France

    France

    23 janvier 2010 at 0 h 31 min

    • Tsé, dès le lendemain, j’en riais. Je ne suis pas du genre rancunier. Et de toute façon, je n’y pouvais absolument rien. Aussi bien en rire. Et ça fait de bonnes histoires pour la postérité.

      lebarbareerudit

      23 janvier 2010 at 13 h 37 min

  10. Dis-le, Barbare, que les joueurs du Collège militaire te faisaient tellement peur que tu en as chié dans tes culottes? : )

    Le prof masqué

    23 janvier 2010 at 19 h 52 min

  11. Bon, bon, bon, Le prof, faudrait pas prendre ses fantasmes revanchard contre l’administration pour des réalités!

    Hahaha!

    lebarbareerudit

    23 janvier 2010 at 22 h 04 min

  12. Maudit que j’ai ris!!! Et c’est écrit avec tellement de gusto!

    Je ne souhaite pas ça à personne, surtout pas à toi mon cher cousin!

    UCRED

    24 janvier 2010 at 17 h 19 min

    • Tu sais, José, c’est vraiment arrivé. Mais bon, il vaut apprendre à rire de ses petites choses.

      Je me suis lavé depuis.

      lebarbareerudit

      24 janvier 2010 at 19 h 49 min


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