Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Spleen

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spleen [splin] n. m.

• 1737; mot angl. « mélancolie », proprt « rate » (siège des humeurs noires); lat. d’o. gr. splen

♦ Littér. Mélancolie sans cause apparente, caractérisée par le dégoût de toute chose. ⇒ cafard, ennui, hypocondrie, neurasthénie. « J’ai le spleen, et un tel spleen, que tout ce que je vois […] m’est en dégoût profond » (Vigny). « Spleen et idéal », partie des « Fleurs du Mal », de Baudelaire.

On se lève un matin, et on se sent dans un tel état de mélancolie qu’on a du mal à comprendre ce qui nous arrive. Notre déjeuner n’a pas le même bon goût habituel, se vêtir est une corvée épuisante, se rendre au travail, un calvaire. Et toute la journée, les petits tracas normaux deviennent des montagnes infranchissables.

C’est le spleen.

Baudelaire mieux que quiconque a su l’exprimer en trouvant les mots justes de la douleur :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

J’éprouve parfois ce sentiment, ce mal de vivre intérieur, et bien que je sache généralement d’où il vient, quel en est la cause, je me sens la plupart du temps impuissant d’agir pour changer cet état.

Cette impuissance est au cœur du spleen et c’est ce qui le rend si puissant, si fort, si destructeur. On ne combat pas un spleen : il nous habite, il nous assaille, il nous domine et nous attache à cette mélancolie telle un bourreau à la roue.

Nous ne sommes que les victimes d’un sadique maître qui s’amuse sans rire à nous faire pleurer. Le seul plaisir que l’on voit poindre à l’horizon, c’est celui de discerner la mort comme engin de libération.

S’il existe un remède au spleen, c’est bien la mort. Ou le temps :

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.

Seul le temps nous permet d’échapper à l’emprise implacable du spleen. Mais souvent, le temps nous échappe aussi et c’est là le moindre de ses caprices.

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Written by Le barbare érudit

17 janvier 2010 à 13 h 48 min

Publié dans Littérature

10 Réponses

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  1. Cher Barbare,
    Baudelaire est mort des conséquences d’une vie dissolue: syphilis, alcool et opium.
    Si tu l’aimes tant, y a-t-il une raison? 😉
    Amitiés

    Armand

    17 janvier 2010 at 14 h 23 min

  2. Les anciens, comme Aristote, parlait de bile noire et que certaines personnes, par naissance donc naturellement, en avait plus que d’autres. Il disait aussi que c’était une condition nécessaire du génie.

    Gabriel

    17 janvier 2010 at 16 h 30 min

    • Les anciens avaient énormément de croyances qui peuvent aujourd’hui nous paraître bien étrange.

      Par contre, je peux croire que le spleen puisse donner naissance au génie.

      lebarbareerudit

      18 janvier 2010 at 18 h 38 min

  3. Vivre aussi loin, j’aurais le spleen trois fois par semaine !

    Garamond

    18 janvier 2010 at 7 h 47 min

  4. J’ai quelques ondes positives en moi et après la lecture de ton billet j’ai le goût de t’en faire parvenir lesquelles, je l’espère, t’aideront.

    Nous sommes peut-être loin de toi, physiquement, mais tu es tout près de nous, tes lecteurs/trices, privilégiés/ées de te connaître.

    Voici pour toi une pensée que j’ai lue et qui m’aide lorsque je la relis :

     » Il y a tous ces petits bonheurs qu’on égraine comme un chapelet pour se rappeler que même dans les moments les plus sombres, des perles de lumière illuminent sans discontinuer. Il suffit d’élargir son regard. Il n’y a pas de lumière en fermant les yeux. »

    Marie-Jo

    18 janvier 2010 at 9 h 13 min

  5. Nous pourrions dire que les syndrômes pré-menstruels des femmes c’est aussi le spleen en quelque sorte car c’est un sentiment que je partage à presque tous les mois.
    Je le garde pour moi, ce mal caché dans mes entrailles qui pourraient embêter tout le monde, voire créer un certain malaise s’il voulait se mettre au grand jour.

    demijour

    19 janvier 2010 at 10 h 33 min

  6. Coucou!

    Moi j’adore tout ce qui est de la mélancholie, ‘les fleurs du mal’ et ‘le spleen de Paris’ de Baudelaire, et ‘le moeud de vipères’ de Mauriac , me tentent chaque année à les relire, et relire, et relire….. Je suis venue sur ce site après une recherche sur l’origine de ce qu’on appelle : bile noire, spleen, mélancholie.

    Trop appréciée cet article!!!

    Hoda

    11 mars 2010 at 7 h 38 min


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