Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Y fa frette

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Je vis dans la toundra.

Si vous ne le saviez pas, ben chus content que vous l’appreniez maintenant. Mieux vaut tard que jamais.

Surtout, j’aime sortir à la chasse durant les longs mois d’hiver, à cheval sur ma motoneige, ma carabine en bandoulière à débusquer les lagopèdes dans la toundra. Sans compter ma femme qui elle, contrairement à moi, aime la pêche, allongée de tout son long sur l’épaisse glace des lacs, le visage enfoncé dans le trou qu’a creusé la tarière, son capuchon lui couvrant la tête, sa ligne dans la main à taquiner les truites et autres ombles chevalier.

Vous aurez compris que le froid ne nous effraie pas. Tant s’en faut. Le froid est notre ami, notre confident, notre compagnon de route et de patience. Nous n’avons eu d’autre choix que d’apprendre à l’apprivoiser au fil des années passées ici. Surtout qu’il n’est pas rare que nous passions plusieurs jours en camping, loin de la maison et de son chauffage intégré, et de son confort, et de sa rassurante chaleur enveloppante et réconfortante.

Souvent, voulant profiter de notre expérience du Nord et du froid, on nous demande notre avis sur la meilleure façon de se maintenir au chaud lorsque les grands froids se pointent et qu’il faut être dehors. Je vais donc partager avec vous, cher lectorat, un peu de cette expérience en espérant qu’un jour, peut-être, vous puissiez vous aussi profiter d’une longue et magnifique journée en plein air à -35 °C (avant le facteur vent).

Quelques remarques avant de commencer. Je vis dans l’arctique québécois, là où les froids intenses (parfois très intenses!) sont monnaie courante. Cependant, il s’agit de froids secs, sans humidité, contrairement à ce qu’on peut ressentir à Montréal, par exemple. C’est une différence importante et il faut bien comprendre qu’il se peut que, même en suivant scrupuleusement mes recommandations, en ville, ça ne donne pas les résultats escomptés. Ensuite, il y a le facteur d’accoutumance, l’habitude du froid. Après dix ans au Nunavik, mon corps s’est bâti une certaine résistance à ces températures. J’ajouterai que, et ceux qui me connaissent pourront le confirmer, je ne suis pas une personne frileuse. Je suis quand même corpulent, bien enveloppé, ce qui me sert très bien ici. Finalement, j’aime le froid et je n’ai aucune tolérance pour la chaleur estivale. La température idéale pour moi, c’est -15 °C. Au-dessus de 20 °C, je deviens irritable et franchement désagréable.

La première règle à suivre pour ne pas avoir froid est de chasser l’humidité à tout prix. Il faut absolument se débarrasser de toutes les traces d’humidité si on veut rester au chaud à l’extérieur.

La seconde règle à suivre, c’est d’éviter le coton à tout prix. Le coton est le pire ennemi qu’on peut imaginer parce que, justement, il enfreint la première règle : il garde l’humidité et contribue à refroidir le corps qui doit alors combattre le froid avec davantage d’énergie.

La troisième règle à suivre : utiliser un système multicouche. En cumulant les couches de vêtements à la manière d’un oignon, on augmente la capacité de rétention de la chaleur des autres vêtements.

La quatrième règle à suivre, c’est qu’il est toujours plus facile d’en enlever que d’en ajouter. Si on a chaud, il est facile d’enlever des couches et de les garder à porter de la main lorsque le froid revient. C’est moins évident d’en ajouter lorsqu’on est loin de la maison…

Donc, quatre règles qui forment la base de notre système à ma femme et moi. Maintenant, entrons dans le détail.

Lorsque je me prépare à sortir à la chasse, à la pêche ou en camping, je commence toujours par me préparer un bon thé chaud et je m’assure d’avoir pris le temps d’être passé à la toilette. Aussi étrange que ça puisse paraître, avoir envie d’uriner donne froid. Ben oui. Ensuite, je m’habille. Multicouche. C’est le truc. Première couche, des sous-vêtements longs et épais faits de tissus synthétiques qui évacuent efficacement l’humidité. Deux paires de bas : une paire de bas synthétique relativement mince et une paire de bas de laine très épais. La laine, contrairement au coton, garde au chaud, même lorsqu’humide ou mouillé.

Comme je ne suis pas frileux, pour mes jambes, ça me suffit. Je mets donc mes pantalons doublés de plein air. Ma femme, beaucoup plus frileuse que moi, ajoute une couche supplémentaire : elle possède une paire de culottes de polar qu’elle enfile par-dessus ses sous-vêtements longs avant de mettre ses pantalons d’hiver.

Pour le haut du corps, j’ajoute soit un polar épais, soit un petit manteau isolé fait de matériaux synthétiques extrêmement efficace pour évacuer la sueur et l’humidité. Finalement, je mets mon parka, un Canada-Goose Snow Mantra, le parka le plus chaud que j’ai jamais possédé.

À ne pas oublier : même le meilleur parka du monde ne vaut rien si la tête et les pieds ne sont adéquatement protégés. Donc, une bonne tuque est essentielle, de même que de vraies bottes d’hiver. Oublions les « fashion statement », et allons-y pour des bottes -100 °C, des Sorel ou des Baffin. Croyez-moi, il n’y a rien de pire que de geler des pieds pour détester l’hiver. Avec de telles bottes, ça ne risque pas d’arriver.

Finalement, toujours avoir avec soi des vêtements de rechange, au cas. On ne sait jamais quand on peut avoir besoin d’une paire de bas pour remplacer ceux qu’on a et qu’on a mouillés par inadvertance.

C’est, en gros, la somme de mon expérience au Nord pour vivre et profiter pleinement du plein air. Habillé de la sorte, j’ai passé près d’une semaine en camping par -30 °C sans avoir froid, à faire des activités comme la chasse, la pêche ou tout simplement étendu sur ma motoneige à attendre que ma femme ne désire rentrer à notre tente pour manger ou nous coucher.

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Written by Le barbare érudit

11 janvier 2010 à 21 h 09 min

Publié dans Général

22 Réponses

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  1. Bien intéressant!

    Je me demandais, pour les mains, vous faites comment? Car moi elles gèlent toujours, peut importe les conditions…

    Laurent

    11 janvier 2010 at 21 h 52 min

  2. Très bonne question.

    C’est certain qu’il y a une question d’endurance. Je pense à ma femme qui, souvent, enlève la « sloche » qui se forme dans ses trous de pêche avec ses mains nues…

    Personnellement, j’adore les « puaaluk », les mitaines confectionnées par des Inuit. Ce sont des mitaines de cuir avec une doublure faite de feutre et de mouton ou de faux mouton. Elles sont courtes, c.-à-d. qu’elles ne dépassent pas les poignets. Elles possèdent une bordure de fourrure, ce qui empêche le vent et la neige d’y pénétrer. Ce sont, à mon avis, les meilleures mitaines disponibles.

    À éviter : les gants. Le fait de séparer les doigts les empêchent de se réchauffer les uns, les autres et on perd en efficacité calorifique.

    lebarbareerudit

    11 janvier 2010 at 22 h 02 min

  3. Cher Barbare,
    Si tu aimes le froid, et comme les journées sont courtes en hiver, j’ai comme l’impression que tu as intérêt à avoir de l’éclairage de camping!
    Amitiés

    Armand

    11 janvier 2010 at 23 h 13 min

  4. « …je deviens irritable et franchement désagréable »

    POUAAAAAAHAHAHAHAHAHHA

    Skuzé 🙂

    frankybgood

    11 janvier 2010 at 23 h 43 min

  5. C’est tellement vrai que l’humidité fait toute la différence, dans le mauvais sens. J’ai gelé comme jamais sur la sainte-catherine à MTL il y a quelques années en allant voir Casse-Noisette.

    Pour l’intolérance, je te comprends tellement lol Il y a eu une vague anormale de chaleur ici il y a quelques jours, il faisait +4 sur la Côte-Nord et moi et chummy on avait trop chaud la nuit, alors tu imagines quand on descend à Granby chez belle-maman fumeuse-frileuse, on se meurtttttttt lol

    Éléonore

    12 janvier 2010 at 1 h 41 min

    • J’ai d’ailleurs de la misère à comprendre pourquoi les grandes villes accumulent tant l’humidité. Je veux dire, la basse côte-nord, c’est à côté de la mer, merde, c’est pas comme s’il n’y avait pas d’humidité, non?

      Sujet à réflexion…

      lebarbareerudit

      12 janvier 2010 at 7 h 23 min

      • Moi je suis en effet à 15 minutes de marche de la mer.
        C’est beaucoup moins humide ici que Sherbrooke ou j’ai étudié. Et cela hiver comme été.
        J’ai déjà posé la question à des copains d’ici.
        La réponse est une peu vague lol Tout ce que je sais c’est qu’ici il vente beaucoup, peut-être le vent dissipe l’humidité ? J’en sais pas plus.
        Par contre je sais qu’en ville le béton cause une rétention d’humidité.

        Éléonore

        12 janvier 2010 at 21 h 33 min

  6. Pour les bottes, je partage ton opinion. Il y a quinze ans, j’ai acheté des grosses Sorel (Glacier ou Artic). Je n’ai jamais eu froid là-dedans et je n,ai jamais regretté cet achat. Seul défaut: difficile de conduire une voiture manuelle avec de tels monstres!

    Le prof masqué

    12 janvier 2010 at 19 h 33 min

    • Tu ne partages mon opinion que sur les bottes?

      Hahaha!!!

      En effet, ces bottes, des bottes d’expédition, ne sont pas idéales pour conduire un véhicule. C’est pourquoi je ne les mets pas lorsque je viens au Sud durant l’hiver.

      lebarbareerudit

      12 janvier 2010 at 21 h 06 min

  7. Je pensais être la seule au monde à détester l’été et adorer l’hiver.

    L’été, même tout nu, tu peux avoir trop chaud. L’hiver, bien habillé y’a pas de raisons d’avoir froid.

    Surtout qu’aujourd’hui on peut retrouver de l’équipement chaud et léger.

    Je fais du ski de fond alors je connais les pelures d’oignons.

    Il y a quelques années j’ai acheté un manteau pour faire du ski alpin. J’ai jamais pu le mettre car il est trop chaud. Quand je me sens moumoune et que je veux être douillet pour aller marcher je le mets!

    J’ai pour mon dire que si la tête, les mains et les pieds sont au chaud, on pourrait presque être en chandail dehors.

    Pis tu as bien raison : l’humidité tue! Hiver comme été 🙂

    demijour

    13 janvier 2010 at 9 h 58 min

    • T’es pas seule. J’en suis la preuve vivante.

      Tu connais Mafalda? Cette petite fille qui déteste la soupe et qui n’a envie que de gerber dès qu’elle voit son petit frère qui s’en régale? C’est comme ça que je me sens dès que quelqu’un me dit qu’il s’ennuie des chaudes journées d’été ou de vacances sur la plage à se faire dorer la couenne.

      Bleh.

      lebarbareerudit

      13 janvier 2010 at 20 h 20 min

  8. 🙂 🙂 🙂

    demijour

    13 janvier 2010 at 20 h 22 min

  9. Excellents conseils! Même si je suis plutôt de type automnal, que ce soit pour la température en général ou pour les activités relatives à la saison (mon seul passe-temps hivernal concret étant le hockey sur glace), je favorise grandement le froid aux chaleurs torrides, ne serais-ce que parce le froid nous permet de nous habiller toujours plus chaud tandis que les grandes chaleurs nous forcent à croupir lamentablement, presque nu, en quête d’air climatisé.

    DarK Rémi oF DooM

    8 février 2010 at 8 h 22 min

    • Tout d’abord, bienvenu dans mon petit univers. Après la découverte du tiens, j’ose espérer que le mien sera à la hauteur.

      Je suis tout à fait d’accord avec toi en ce qui concerne la chaleur. L’été, je deviens facilement irritable dès que le mercure dépasse les 25°C. S’il est une chose que j’ai rapidement compris, c’est qu’il est toujours possible d’ajouter des couches pour se réchauffer, mais le contraire à ses limites.

      lebarbareerudit

      8 février 2010 at 17 h 43 min

  10. Brrr… Juste à lire cela j’ai froid! J’ai le cerveau à l’humidité tout le temps vu que je demeure dans le chic Montréal, ce sont les conséquence d’être une fille de ville. 🙂

    Eldiablo Minouchka

    12 février 2010 at 21 h 42 min

    • Comme tu peux le constater, le froid est mon ami. Je déteste la chaleur. Par contre, l’humidité de Montréal est souvent bien pire que les grands froids d’ici. On dirait que, peu importe ce qu’on porte, la fraîche réussit toujours par passer au travers de nos vêtements.

      En passant, les filles de ville, comme tu le dis, sont toujours les bienvenue chez nous.

      lebarbareerudit

      12 février 2010 at 21 h 52 min

  11. J’en prend bonne. Il me faudra par contre plus d’instructions car je ne voudrais me retrouver prise en chasse par des chasseurs barbares sur la banquise. Parfois nos mœurs ne sont pas toujours de circonstance. 🙂

    Eldiablo Minouchka

    12 février 2010 at 22 h 24 min

  12. J’en prend bonne *note*.

    Eldiablo Minouchka

    12 février 2010 at 22 h 25 min

  13. Les chasseurs barbares apprécient toujours une proie imprévisible et divertissante. C’est un nouveau défi des plus agréables.

    lebarbareerudit

    12 février 2010 at 22 h 29 min


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