Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Ce que je peux

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Je pourrais ne rien faire. En fait, j’aurais pu rester confortablement assis sur mon siège d’enseignant, syndicalement protégé jusqu’à la fin de mes jours, à profiter de la vie et à jouir égoïstement du bonheur qui naît de l’expérience. Avec le temps, je m’étais bâti une belle collection de matériel scolaire qui me servait bien les jours où la paresse prenait le dessus. Connaissant les élèves, je n’avais pas trop de difficulté à me faire respecter et comme j’entretenais déjà de bonnes relations avec ces derniers, j’imagine mal avoir eu à vivre quelque régression à ce niveau.

J’aurais pu suivre cette voie, la voie non pas de la facilité, mais du confort et de l’habitude. C’est la voie que la plupart des enseignants choisissent, pratiquement tous mes collègues, et je la respecte d’autant plus que sans cette dévotion à la profession, les écoles n’existeraient pas.

Ne vous imaginez pas que j’ai quelque amer souvenir du temps où j’ai enseigné, ou encore que je n’entretiens que mépris et suffisance à l’endroit de cette profession. Il n’en est rien. Au contraire. Le travail qu’accomplissent chaque jour ces milliers d’enseignants auprès des élèves est l’aboutissement d’une passion qui va bien au-delà de la simple réalisation professionnelle. On dit souvent qu’enseigner, c’est une vocation. Il s’agit là de l’euphémisme du siècle.

Enseigner, c’est être à la fois un parent, un ami, un maître, un travailleur social, un infirmier, un aide. Il faut aimer, châtier, éduquer, enseigner, soigner, parler, écouter, raisonner, etc.

J’ai choisi une autre voie. J’ai choisi une voie beaucoup plus difficile, beaucoup plus exigeante, beaucoup plus éprouvante, non seulement pour moi, mais aussi pour ma famille à qui j’ai demandé d’énormes sacrifices, le plus grand, mon absence prolongée. J’ai choisi de me glisser entre l’arbre et l’écorce, entre le mur et la peinture. J’ai choisi d’avoir non plus un seul boss, mais d’en être un, assujetti à cent. J’ai choisi de devenir directeur d’école. J’ai choisi de remuer le marais dans lequel je m’enfonçais tous les jours davantage.

À suivre…

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Written by Le barbare érudit

10 janvier 2010 à 9 h 04 min

Publié dans Affaires scolaires

5 Réponses

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  1. Ce qui serait intéressant (pas que ceci ne l’est pas..eh oh!) c’est que tu nous dises pourquoi tu as fait ce choix. Quelle était la teneur de tes discussions intérieures profondes? Pour utiliser ton expression, tu as choisi de changer de marais?

    Mes reflexions sur mon propre choix, tu les connais…mais les tiennes, elles me sont malgré tout encore inconnues…ça m’intéresse 🙂

    frankybgood

    10 janvier 2010 at 10 h 42 min

  2. Il y a un « à suivre », c’est pas pour rien…

    lebarbareerudit

    10 janvier 2010 at 10 h 51 min

  3. Bonne chance!

    Gabriel

    10 janvier 2010 at 18 h 19 min

  4. Après tout l’Homme ne s’approche-t-il pas du bonheur en s’accomplissant plutôt que d’accepter la facilité et le confort?

    J’attend la suite avec impatience!

    demijour

    10 janvier 2010 at 20 h 23 min


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