Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Mon bordel

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La première chose qu’on remarque en regardant mon bureau, c’est l’état pitoyable du bordel qui le couvre. Les piles de paperasse se font compétition pour mon attention, en équilibre précaire les unes à côté des autres, l’ordinateur trônant au centre de ce capharnaüm. Sur ma gauche, une boîte de mouchoir, un rouleau de papier de toilette, divers documents à classer un jour, des feuilles de rapport d’incidents vierges, des bulletins à réviser. Sur ma droite, mon classeur de bureau, ma lampe de travail qui me rappelle ces lampes qu’on trouve dans les vieilles bibliothèques publiques, un gobelet de plastique qui me sert de porte-crayon, un porte-crayon, mon agenda, diverses feuilles et autres documents empilés pêle-mêle, sans ordre apparent. Devant moi, mon ordinateur, un bloc de « post-it » jaune dont celui du dessus est déjà couvert de scribouillage, un bloc de papier quadrillé aussi couvert de scribouillage et d’innombrables « post-it » partout sur le bureau couvert de notes.

C’est mon environnement créatif et de gestion.

Mon cerveau déteste l’ordre. Il se perd aussitôt que les choses commencent à être replacées. Pour parler en termes informatiques, mon cerveau fonctionne sur le principe de la pile indexée, c.-à-d. qu’à chaque fois que je place un objet quelque part dans un environnement connu et familier, j’indexe cet endroit avec l’objet et je peux le retrouver généralement assez rapidement, enfin certainement aussi vite qu’avec n’importe quel système de classement. Dès qu’on entre dans mon bureau et qu’on me demande : « Barbare, tu sais cette patente qu’on a parlé l’autre jour, là, je t’ai donné une copie de ça… » « Oui. Un instant… (je fouille une pile précise, je soulève quelques feuilles) voilà! C’est ça? » « Oui! Merci. »

Mon cerveau croît dans le chaos. J’aime le bordel, mon bordel. Je m’y retrouve. Mon bordel m’est familier, réconfortant. J’ai l’impression d’investir un endroit lorsque, lentement, je le déconstruis afin de le rendre propre à servir mes besoins. Cette façon d’agir, cette façon de m’accaparer l’espace, nous le faisons tous d’une manière ou d’une autre. Pour certains, c’est de tout classer de façon quasi maniaque. Pour d’autres, c’est de décorer chaque pouce carré de mur et de surface horizontale. Pour d’autres encore, c’est de tout sortir et de tout rentrer en déplaçant le plus possible les objets. Et pour d’autres enfin, comme moi, c’est de bordéliser l’endroit.

Ce rituel de destruction organisé est un préalable essentiel à ma capacité de travailler. C’est souvent la première chose que j’entreprends dès que j’arrive le matin. Je réindexe toutes ces piles et j’en profite pour organiser ma journée, ce que je dois faire, ce que je dois compléter, ce que je dois commencer, ce qui peut attendre, les communications, les lectures, etc. Je note, je jette, je place, je déplace, je désordonne, je crée.

Pour moi, c’est la meilleure façon de développer ma créativité. Ce désordre peut parfois mener à d’étonnantes rencontres. Deux objets, deux documents, deux notes, un mélange quelconques de tout ce qui précède et qui se retrouvent côte à côte et de cette rencontre fortuite naît une idée, une inspiration, une fantaisie qui me guide et me pousse à agir.

Le chaos, ma muse.

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Written by Le barbare érudit

9 décembre 2009 à 21 h 22 min

Publié dans Général

11 Réponses

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  1. Le désordre des uns est l’ordre « différent » autres lol.

    Un jour, je me suis rendue dans une jolie maison assez aisée, je devais visiter toutes les pièces et m’assurez que tout était correcte, qu’il n’y avait pas de bris. Immédiatement, la maison m’a semblé froide, stérile, presque morte… il n’y avait aucun livre, nul part, aucune revue, aucune découpure de journeau, etc. Tout était trop bien rangé, dépouillé, enfin à mon goût, bien sûr.

    Pour ma part, je préfère vivre dans une désordre créatif, un désordre organisé et organique. Les livres sont là ils doivent être pour être lu, c’est à dire partout et à porter de la main. Les crayons, les blocs notes, les livres de recettes, les bricolages en courts, les brouillons d’articles à produire, les plans d’entraînement, mais aussi la boîte pour la récupération et le pot pour le compost lol

    Mais j’avoue que parfois il faut bien se plier au rituel du ménage, puisque la table sert aussi à manger, que les comptoir doivent être nettoyées, etc.

    L’important c’est de se sentir libre dans l’environnement qui nous convient quoi 🙂

    Éléonore

    9 décembre 2009 at 22 h 41 min

    • Je te rejoins sur ça. Mon bordel, c’est ma façon de marquer mon territoire, même si ça damner ma femme.

      lebarbareerudit

      10 décembre 2009 at 7 h 41 min

  2. Cher Barbare,
    Le désordre nuit souvent à l’efficacité.
    Prenons l’exemple du « papier Q » rangé sur ton bureau.
    « No Job is Done Till The Paperwork is Finished. »
    Mais c’est évident, Les barbares ne s’essuient pas le postérieur avec du papier: ils utilisent les rideaux!
    Amitiés

    Armand

    10 décembre 2009 at 0 h 23 min

    • Le papier-cul sur le bureau, au Nunavik, ça fait office de mouchoir. D’où peut-être la confusion sur la raison de cette présence hétéroclite.

      Quant au bordel et au désordre, je crois que chacun trouve sa façon de s’organiser. Ça, c’est la mienne. Ma femme préfère l’ordre et la structure. À la fin de la journée, le seul étalon qui compte, c’est est-ce que le boulot est accompli? Est-ce qu’il est bien fait? Si c’est oui, je me fous de savoir que tu vis dans une soue à cochon. Tant que tu te laves. Et que tu sortes tes vidanges.

      lebarbareerudit

      10 décembre 2009 at 7 h 47 min

  3. En termes encore une fois informatiques mon cher, tu fragmentes! Mais, pour avoir partagé ta façon de travailler, dans ton cas, contrairement aux ordis, tu n’a pas véritablement besoin de « défragmenter » pour continuer à travailler. 🙂

    Pour ce qui est du papier de toilette, j’allais expliquer sa signification bien Nunavimiut à Armand car ça peut confondre le lecteur mais j’te laisse ce plaisir 🙂

    frankybgood

    10 décembre 2009 at 5 h 21 min

  4. Ton bordel est le mien! Je n’arrive pas à travailler quand tout est en ordre. C’est comme si je n’avais rien à faire! Vive le désordre. Y’a juste moi qui se comprends dedans, ça rend mon travail d’autant plus important que je suis la seule ou trouver quoi!!!!

    demijour

    10 décembre 2009 at 16 h 34 min

    • Je trouve ça tellement plus vivant un endroit bordélique! Ça donne l’impression d’être habité, d’être occupé.

      Oui, je trouve ça bien. Très, très bien.

      lebarbareerudit

      13 décembre 2009 at 9 h 45 min

  5. Je pense que « vivant » est le terme le plus adapté à ce genre de bordel! Je partage aussi ce goût du désordre ordonné.

    Gabriel

    14 décembre 2009 at 8 h 25 min

    • C’est ce que j’ai essayé de dire dans mon texte. Tous ne partagent pas cet enthousiasme pour le capharnaüm.

      lebarbareerudit

      14 décembre 2009 at 20 h 14 min

  6. […] un commentaire » J’ai écrit là dessus il y a quelque temps. C’est mon bordel. J’y reviens parce qu’une tag circule à ce sujet et je me suis […]


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