Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Le Zèbre

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Parlant de littérature… je me suis tapé Jardin. Le Zèbre d’Alexandre Jardin.

Le Zèbre

Quel merveilleux livre! Quel plaisir! Un véritable petit bonheur de roman. Oui, une histoire très niaise, très simple, Gaspard Sauvage, dit le Zèbre, aime Camille. Et de peur que cet amour ne soit qu’éphémère, il se met en tête de le sauver avant qu’il ne soit trop tard. S’ensuivra toute une série de stratagèmes, du plus farfelu au plus beau.

La prose est magnifique. Jardin joue d’image avec des mots faisant l’économie de longues phrases creuses. C’est un texte éthéré qui s’élève lentement dans notre esprit en nous faisant rêver. Courtes, mais riches, ses phrases parviennent à illustrer beaucoup avec peu. Par exemple, ce passage :

Humide de larmes, il donnait le sentiment de se noyer à chaque respiration.

Quelle phrase! Comment dépeindre la tristesse avec si peu de mots et autant d’efficacité!

Le livre est rempli de ces phrases qui flirtent avec la poésie tant elles sont belles et imagées. Un autre exemple :

Quinze ans après le carillon nuptial, ils n’avaient guère changé. Camille conservait une beauté qui se soutenait sans artifice, et le Zèbre n’était pas menacé d’embonpoint; mais force lui était de constater qu’ils s’ensablaient dans une torpeur matrimoniale voisine du sommeil. Le sacrement leur avait servi d’oreiller.

Encore une fois, économie de mots, mais immense image du lent déclin d’un couple qui voit, comme les grains de sable dans un sablier, sa passion fuir après trop de temps de vie conjugale.

La littérature, c’est d’abord et avant tout faire la beauté du texte, la beauté des mots et des phrases. En ce sens, Le Zèbre réussit haut la main.

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Written by Le barbare érudit

21 novembre 2009 à 20 h 59 min

Publié dans Littérature

7 Réponses

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  1. Je me suis toujours demandé pourquoi les livres d’Alexandre Jardin ne m’attiraient pas, alors que quelqu’un qui était près de moi semblait l’aimer. J’ai compris quand je l’ai entendu cette semaine à l’émission d’Isabelle Maréchal: il a un timbre et voix ouach! ……… et un discours encore plus ouach!!!!!!!!!!!! Pas de Jardin pour moi: je laisse cela aux courageux dont je ne suis pas.

    bobbi

    21 novembre 2009 at 22 h 00 min

    • Si je comprends bien, l’œuvre et l’auteur sont indissociables. Comme vous ne flairez pas l’auteur, vous évitez l’œuvre. C’est bien ça?

      On peut détester Dubois, l’homme, pour son égocentrisme crasse tout en admirant son œuvre musicale, non?

      lebarbareerudit

      21 novembre 2009 at 23 h 08 min

  2. Tu me ramènes des années en arrière ! Le père de mes enfants et moi, tout au long de nos bonnes années, avions pour habitude de lire ensemble, couchés à plat ventre dans notre lit. C’est ainsi que nous nous sommes tapés, entre autres, « It » de Stephen King et « Le Zèbre » de Jardin. Le premier qui arrivait au bout de la page disait OK et l’autre tournait la page quand il arrivait au bout à son tour… C’était une de nos activités préférées les jours de farniente, en camping ou pendant les tempêtes de neige… Souvenirs…

    lionne

    21 novembre 2009 at 23 h 38 min

  3. Le zèbre… Je ne suis pas une très grande fan d’Alexandre Jardin (je trouve que son style s’essouffle d’un livre à l’autre, que ses livres sont répétitifs et qu’à la longue il devient un peu trop fleur bleue), mais je me souviens avoir beaucoup aimé Le zèbre à l’époque où je l’ai lu. Il m’a semblé différent des autres, j’avais aussi beaucoup été touchée.
    Puisque nous sommes dans le thème de la littérature, je suis pour ma part, comme beaucoup en ce moment, dans la lecture du dernier Laferrière. Je suis saisie. C’est très beau, et très particulier de lire la vision de notre propre pays venant d’un homme venu d’ailleurs. J’ai l’impression d’en apprendre sur moi et sur d’où je viens. Autant on peut être les mieux placés pour parler d’où on vient, autant, selon un autre point de vue, on peut être les moins bien placés pour le faire. On n’a peut-être pas la distance nécessaire… Enfin… L’énigme du retour est définitivement un livre à lire.

    imaginezautrechose

    22 novembre 2009 at 14 h 35 min

  4. Comme je n’ai jamais lu d’autres Jardin, je ne me prononcerai pas sur la qualité de son œuvre. Mais j’ai vraiment beaucoup aimé Le Zèbre.

    Je n’ai jamais lu Laferrière non plus. À ajouter à la liste.

    lebarbareerudit

    22 novembre 2009 at 14 h 43 min

  5. Ah! Je viens d’atterrir ici… 🙂 Je réitère mon invitation pour l’île des gauchers. Je n’ai pas lu l’œuvre entière que je trouve parfois répétitive, je me suis arrêtée un moment donné mais l’île… et bien c’est pour moi le meilleur. Je veux aller y vivre, ça c’est certain. Le zèbre fut un livre succulent. merci pour ces extraits. 🙂

    Eldiablo Minouchka

    21 février 2010 at 22 h 44 min


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