Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Type famille ou type ami?

with 3 comments

Dans ma série « Divisons le monde en deux », j’ai déjà traité des éponges et des robinets. Ça n’est certainement pas la seule façon de diviser le monde. C’est un exercice par ailleurs fort amusant. On choisit une caractéristique, une dualité, et on l’applique à l’univers en entier, à tous les habitants de la terre. Je vous en propose une nouvelle : type famille ou type ami?

Depuis que je travaille au Nunavik, j’ai été le témoin silencieux de nombreux passages : le passage de mes années de service, le passage de collègues de travail, le passage de policier, d’infirmier, le passage de la vie à la mort… je n’ai jamais été aussi près de la fin que maintenant : le passage nous rapproche nécessairement de la fin!

Je remarque que nous ne sommes certainement pas tout taillés du même bois. Certains de mes collègues trouvent difficile le fait de se retrouver dans une région éloignée, isolée et loin de leur famille. Ils ne rêvent que du prochain congé pour pouvoir s’envoler vers le Sud où ils retrouveront leur père, leur mère, leur femme, leurs enfants, leurs frères, leurs soeurs. Pour ces derniers, leur monde c’est la famille et il n’y a rien pour la leur enlever.

Pour d’autres, leur fondation, ce sont les amis. Non pas qu’ils n’aiment pas leur famille. Il n’en est rien. Ils aiment leur famille. Cependant, ils ont beaucoup plus de plaisir à se retrouver avec des amis, des chums, avec qui ils partagent tout un tas de points en commun, ce qui n’est pas le cas de leur famille avec laquelle ils ne partagent pas grand-chose.

Je suis le mouton noir chez moi. Toujours celui qui ne suit pas la voie tracée, toujours celui qui sort des sentiers battus, toujours celui qui ose s’éloigner, s’isoler, se retrouver seul, partir, découvrir. Je ne ressens pas cette urgence d’être avec ma mère, mon père, ma soeur, mes oncles et mes tantes, feux mes grand-parents. J’ai besoin de me sentir libre, sans attache autre que ma famille immédiate : ma femme et ma fille.

Ces deux forment la base de tout l’édifice de ma tribu sociétaire, le socle sur lequel je m’appuie, sur lequel je fonde toute ma vie. Autour de nous gravitent les amis, les collègues de travail, les nombreuses connaissances qui se sont accumulées au fil des années. Je vois cette structure semblable à une série de sphères concentriques, avec tout au centre ma fille et ma femme, suivi de mes amis les plus proches, le reste de ma famille, puis mes bons chums, mes collègues de travail, mes nombreuses connaissances, etc. Évidemment, plus on s’éloigne du centre, plus le nombre de personnes dans la sphère augmente. Au centre, il n’y a de place que pour deux personnes, puis peut-être trois ou quatre, puis une dizaine, une cinquantaine, une centaine et ainsi de suite.

Différentes personnes établiront les bases de leur tribu en fonction de leurs croyances, de leur éducation, de leur famille et de ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes. Les « types familles » tourneront autour de leur famille élargie alors que les « types amis », comme moi, le feront autour des amis, une tribu qui n’inclut pas nécessairement la famille.

Publicités

Written by Le barbare érudit

30 octobre 2009 à 20 h 54 min

Publié dans Général

3 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Moi, je serais «ami» si je trouvais des amis du même calibre que mes frères et sœurs. J’habite à la campagne et je suis entouré de gens simples, peu instruits mais très gentils. C’est pas ça des vrais amis…

    Garamond

    30 octobre 2009 at 21 h 36 min

  2. Je suis définitivement du type famille. Ce qui peut expliquer ma réorientation de carrière afin de mieux en profiter. Ce qui explique aussi mes trois coeurs ainsi que ma Reine.

    J’ai très peu d’amis mec. Mais mes amis, les vrais, se retrouvent comme étant partie intégrale de ma famille 🙂

    Drew

    30 octobre 2009 at 21 h 59 min

  3. J’ai servi pendant deux mois les soins palliatifs nécessaires à boucler la vie de mon meilleur ami. Cancer colorectal.

    C’était mon alter ego.

    Sa dernière volonté, c’était de mourir dans sa roulotte en compagnie de sa jeune femme infirmière et de son vieux pote , 35 ans qui ont suivi un coup de foudre d’amitié …

    Je te jure, barbare, qu’après avoir fermé l’oxygène, sorti le lit d’hopital, porté les cendres et les avoir remises à sa famille : on ne choisit pas son frère mais rien n’égale la symbiose d’un vrai ami.

    Beau Zappa

    31 octobre 2009 at 9 h 15 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s