Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Un verre, une bouteille et moi

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C’est vendredi soir et, comme lors des sept dernières semaines, je suis seul. Je n’ai pour seules compagnes qu’un verre et une bouteille de tequila. Je me verse un verre, là, histoire de voir où ce simple verre m’emmènera. Me servira-t-il de guide? Où m’entraînera-t-il là où je n’ai pas envie d’aller, à savoir, mon ennui?

C’est une bouteille de tequila Herradura reposado

Tequila Herradura Reposado

qui accompagne ces élucubrations. Tiens, à la première gorgée, c’est le goût végétal de l’agave qui ressort. Je dis agave, ce n’est pas comme si j’avais réellement goûté l’agave de toute ma vie, mais j’imagine très bien que si j’y goûtais, c’est ce goût que je retrouverais, le goût suave, frais, végétal, avec une pointe de salé. Peut-être aussi que ce n’est pas ça que ça goûte l’agave. Peut-être que ça n’a pas de goût, l’agave. Peut-être qu’au fond, mes sens me trompent, mon esprit me trompe, mon imagination me trompe…

Est-ce que mon imagination peut réellement me tromper? Est-ce que mon imagination pourrait vraiment réussir à m’induire en erreur? Quelle forme prendrait cette erreur? Est-ce que je me retrouverais soudainement rassasié parce que mon imagination vient de me nourrir virtuellement?

Je crois que non. En fait, j’en suis certain. Convaincu. Pourquoi? Tout simplement parce que mon imagination me fait le coup à chaque fois que je dors, à chaque fois que je me réveille alors que j’étais convaincu d’être réellement « là », dans mes rêves. Et pourtant, chaque fois, je me réveille, déçu ou soulagé, c’est selon, et réalisant que j’ai été trompé.

Non, je ne suis pas en train de reprendre Descartes ni ne prétends vouloir le faire. Mais je sais que c’est à peu près en ces termes qu’il a abordé sa réflexion sur la réalité et l’existence. Il a d’abord douté. Le doute. C’est probablement la seule chose qui demeure lorsque tout le reste nous a abandonnés.

D’ailleurs, je doute en ce moment. Je doute de ma capacité à bien faire ce que j’ai à faire. J’en doute parce que je vois l’immensité de la tâche et les limites de mon champ d’action. Pas que j’ai quelque intention d’abandonner ni de quitter le navire, mais je vois mal comment je pourrai faire changer autant en si peu de temps. Et donc, je doute.

D’aucuns diront qu’il s’agit là d’une attitude saine et que c’est le premier pas vers la réussite.

Peut-être.

Je ne me fais malheureusement aucune illusion sur cette tâche et sur mes capacités. Je n’ai pas peur d’affronter l’orage qui, je le sais fort bien, risque d’être violent, très violent, entre des périodes d’accalmies plus ou moins longues. Mais orage il y aura. Et je dois m’y préparer. Voilà, c’est dit : il y aura un orage. Et ce n’est pas mon imagination qui joue, ici, mais bien la réalité d’une situation qui échappe parfois à mon contrôle.

Il me restera toujours une bouteille de tequila que je contrôlerai malgré tout. Tequila et Piaf. Piaf et tequila. Scotch et Brassens. Vin et Plume. Les combinaisons que je peux créer comme ça, out of the blue, c’est ça le contrôle. Contrôler quelque chose, n’est-ce pas une merveilleuse façon de se rassurer, de se sentir puissant, de se croire capable d’affronter quelque difficulté qui pourrait se présenter.

C’est illusoire. Une arnaque. Une fausseté. Il n’y a rien de vrai dans ça. Contrôler des objets et des idées, ça n’a rien d’extraordinaire. Il n’y a aucune difficulté à le faire. Ce n’est même pas du contrôle. Et contrôler des humains, c’est malsain. C’est ne pas être en mesure de faire entendre raison, c’est ne pas respecter la volonté de chacun. C’est manquer à son devoir de respect de la dignité humaine.

Et même si je ne dis pas trop de bêtises, ou peut-être trop, ça ne change rien à mon état actuel : je reste seul ce soir…

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Written by Le barbare érudit

2 octobre 2009 à 22 h 02 min

Publié dans Général

9 Réponses

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  1. Pas si seul m’sieur

    J’suis pas si loin malgré les kilomètres de distances 😉

    De l’agave ça goûte pareil comme tu le décris

    Je préconise toujours le Lagavulin dans le genre de situation que je semble comprendre que tu vis.

    Me touche beaucoup ce billet. À ma manière faut croire

    Drew

    2 octobre 2009 at 22 h 56 min

  2. Lagavulin, Laphroaig, Talisker, Ardberg, Macallan, Cragganmore, je suis un amateur de scotch!

    Tu veux une combinaison incroyable? Tu te prends un verre de Laphroaig et une théière de lapsang souchong. Le paradis. Je te le jure. Essaye aussi une tequila avec un thé blanc. Je suis convaincu que c’est gagnant.

    Merci, mec. C’est toujours bon ce genre de commentaire.

    lebarbareerudit

    2 octobre 2009 at 23 h 21 min

  3. Je fais la meme chose avec une bouteille de vin et un film de fille , catastrophe assurer la soirée se termine en larme …

    Bienvenue dans le monde des solitaires

    Catou

    3 octobre 2009 at 7 h 35 min

  4. C’est Yvon Deschamps qui disaient que c’est tout seul qu’on est le plus nombreux?

    Mes pensées sont avec toi, Barbare venu du Sud.

    le prof masqué

    3 octobre 2009 at 10 h 08 min

  5. Bonjour chez vous !

    C’est une phase de cognac VS. VS pour verser seul.

    C’est Compostelle au carré.

    Plume n’a que du cognac VSOP.

    Pour verser sans oublier personne.

    La fin d’un aride ramadan.

    Beau Zappa

    3 octobre 2009 at 12 h 17 min

  6. Lagavulin double maturation, un très bon, mais aussi le Glenffidich 18 ans. Désolé pour le retard dans la réponse, j’étais trop faite hier. Le prochain vendredi, on veut une photo sexé 😉

    Vieux Crisse

    3 octobre 2009 at 13 h 53 min

  7. @ Catou : ouais, c’est ça les vendredis passés seuls… on boit, on pleure et on boit encore pour oublier qu’on pleure.

    @ Prof masqué : Deschamps! Il en a dit des choses, mais celle-là, c’est ça meilleure. J’en prendrai un autre verre à sa santé et à la tienne!

    @ Beau Zappa : C’est ça la beauté d’être l’heureux propriétaire d’un blogue : on peut y écrire ce qu’on veut, même faire de Plume un être sobre! T’imagine le monde après ça?

    @ Vieux Crisse : Laphroaig 10 ans. Mon préféré. Balvenie Double Wood aussi. On va remettre ça, c’est certain. J’ai une suggestion sur ton blogue pour cet événement. Les photos, elles viendront!

    lebarbareerudit

    3 octobre 2009 at 15 h 04 min

  8. Le syrop d’agave, excellent substitut pour le sucre blanc, ne goute rien…..

    Garamond

    3 octobre 2009 at 15 h 40 min

  9. Je te dis ça de même mais tu en fais ce que tu en veux:

    Vaut-il mieux s’ennuyer quand on est seul et sans amour?

    ou

    Vaut-il mieux s’ennuyer quand on est seul et avec un amour qui nous attend?

    Honnêtement, l’espoir rassasit l’homme plus que l’alcool.

    le prof masqué

    3 octobre 2009 at 17 h 24 min


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