Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Le tour

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Chaque jour, lorsque ma journée de travail prend fin, en fait, non, ma journée de travail n’est jamais vraiment terminée, je pourrais toujours poursuivre un peu plus longtemps ce que j’ai à faire, donc, lorsque je quitte mon bureau avant de rentrer chez moi, je fais le tour de l’école. Bien sûr, l’école dont j’ai la responsabilité n’est pas très grande : une dizaine de classes, une petite bibliothèque, une salle d’informatique, une cuisine, une salle des profs, l’administration, un gymnase. Tout ça pour environ 110 élèves.

Je commence toujours par me rendre dans la partie secondaire de l’école qui est située juste avant le gymnase. D’ailleurs, grâce à une entente avec la communauté, nous partageons le gymnase avec cette dernière qui s’en sert pour diverses activités telles que du sport le soir et le week-end, des fêtes, les Juniors Rangers, des mariages et même la fête de Quaqtaq!

J’en profite pour vérifier l’état général des lieux, je m’assure que les portes sont bien verrouillées, qu’il n’y a pas de traces de vandalisme et qu’aucun jeune n’est venu se cacher pour la nuit. Parfois, je suis seul parce qu’il m’arrive de rester plus tard le soir. Souvent, je croise des enseignants qui vaquent à leurs occupations, s’affairant à préparer leurs cours du lendemain, vérifiant çà et là un truc, une note, un papier ou encore s’occupant d’organiser la prochaine activité parascolaire offerte aux élèves. C’est la vie tranquille de l’école.

Ce tour, c’est aussi l’occasion pour moi de me retrouver seul avec mes pensées, de faire un retour sur ma journée, sur mes bons et mes moins bons coups, sur ce que j’ai dit ou que j’aurais dû dire, sur les élèves et les enseignants à qui j’ai parlé, sur la discipline, sur l’enseignement, sur la confiance et son absence. Je me retrouve seul dans ma tête, et c’est bien ainsi. J’ai besoin de ce temps d’arrêt pour me ressourcer, pour « décompresser », pour revenir à un état de lenteur raisonnable.

Travailler dans une école, c’est se sentir poussé dans le dos pendant huit heures. C’est vivre en accéléré, à la vitesse des enfants qui n’en connaissent qu’une : toujours plus, tout de suite. Un enfant, ça n’attend pas, ça exige, maintenant. C’est à nous que revient la tâche de leur enseigner la patience, la lenteur, le temps. Celle de faire leur propre tour de l’école à leur manière.

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Written by Le barbare érudit

24 septembre 2009 à 17 h 51 min

Publié dans Affaires scolaires

12 Réponses

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  1. Et c’est tout à votre honneur. Travailler dans une école avec des enfants, diriger, enseigner, c’est une vocation, un choix du coeur qui n’est pas donné à tous.
    Je travaille aussi dans une école. Une école de formation professionnelle avec une clientèle plutôt adulte et je ne suis pas toujours très patiente. J’ai aussi souvent besoin de me ressourcer, de me retrouver et de faire une introspection.
    Dans notre cas souvent à l’école, c’est le choc des cultures, surtout pour les femmes.
    Alors un beau gros bravo pour votre travail!!! 🙂

    automne64

    24 septembre 2009 at 19 h 59 min

    • Bravo mon Nelson j’aime toujours te lire tu as une belle plume. Je suis tres fiere de toi , je sais que tu travail fort.
      C’est tout a ton honneur mon grand
      Je t’aime tres tres fort
      Lache pas
      mamanxxx

      Patricia Lavoie

      26 septembre 2009 at 8 h 50 min

  2. @ automne64 : bravo à toi aussi! Ai-je besoin d’en ajouter?

    lebarbareerudit

    24 septembre 2009 at 20 h 24 min

  3. Ah ! Si tous les directuers d’école faisaient ça….

    Garamond

    25 septembre 2009 at 9 h 03 min

  4. Tu sais, Garamond, je le fais parce que j’ai le temps de le faire. J’ai aussi la chance de travailler à moins de cinq minutes à pied de chez moi. Je n’ai pas une ou deux heures de route à me taper, soir et matin. J’ai le temps, et je prends le temps de le faire. Peut-être que ça serait une toute autre histoire si je n’habitais pas si proche ou si j’avais deux milles élèves sous ma responsabilité.

    lebarbareerudit

    25 septembre 2009 at 18 h 03 min

  5. Les enfants du Nord … sont toujours venus me chercher.

    De Davis Inlet à Joe Juneau…

    Les encadrer eux, avant ceux de Kandahar, il me semble.

    Moi aussi , je fais le tour. À pied ou en ski de fond, balladodiffusion et lampe frontale .

    Pour me rassurer que j’ai assez fait le tour du bloc, je fais maintenant le tour de mes sentiers boisés au nord de Québec.

    Seul dans ma tête. Parlant d’enfants :

    Beau Zappa

    25 septembre 2009 at 19 h 06 min

  6. Oui, les élèves nous poussent, nous bousculent. Ils sont de l’énergie vive qu’on doit canaliser mais, le soir venu, il nous faut décompresser, ralentir, reprendre un souffle de vie.

    Bien des profs ont besoin de ce stade de décompression quand ils sont de retour à la maison.

    Un bout de ton billet m’intrigue: des élèves qui viennenet s’y cachés pour la nuit. Pourquoi?

    le professeur masqué

    25 septembre 2009 at 20 h 12 min

  7. @ le prof masqué : je vais tenter de répondre à ta question de la manière la plus claire possible.

    Ici, dans le Grand Nord ©, il y a une culture profondément ancrée dans l’esprit des parents. C’est une culture du « laisser faire », dans le sens où les parents (pas tous, mais un bon nombre, probablement la majorité) n’impose pas de véritables limites ou règles à leurs enfants. Ce qui fait qu’il n’est pas rare de voir, la nuit, des enfants en bas âge, genre, cinq ou six ans, mais ça va jusqu’à 18, 19 20 ans, se promener seuls ou en petits groupes. Or, surtout lorsqu’il fait froid, ces enfants cherchent des endroits où se réchauffer et naturellement l’école est l’endroit tout désigné d’autant plus s’ils peuvent y entrer.

    J’espère que ça répond à ta question.

    lebarbareerudit

    25 septembre 2009 at 23 h 53 min

    • Je te pose une question sûrement remplie de préjugés, mais une telle attitude parentale explique-t-elle ce que les journaux nous transmettent comme infos à propos des jeunes du Grand Nord (suicide, drogue,etc.)?

      Je sais que, dans le Sud, on retrouve parfois des comportements semblables, mais la problématique semble plus lourde dans ton coin.

      le professeur masqué

      27 septembre 2009 at 12 h 29 min

      • Il faut être prudent avec les généralisations, mais je crois qu’effectivement, toute proportion gardée, il y a plus de cas au Nord. Je ne sais pas si ceci explique cela, mais il est clair que les problèmes sont bel et bien là. Peut-être aussi que la très petite population n’aide en rien à rendre davantage visible ces situations.

        Honnêtement, je ne sais pas. Je crois qu’il y a des éléments culturels, sociaux, la promiscuité, le manque d’encadrement, le manque de ressources à considérer dans l’analyse.

        lebarbareerudit

        27 septembre 2009 at 12 h 39 min

  8. La patience, la lenteur et le temps… voilà trois beaux mots.

    Eldiablo Minouchka

    26 février 2010 at 5 h 23 min

  9. […] un commentaire » Je me préparais à faire mon tour. Plus tôt, j’avais tenté de rejoindre ma femme à Kangiqsualujjuaq parce que j’avais […]


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