Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Deux pôles

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J’ai toujours écouté la musique avec mes yeux.

J’imagine que ça vient de mes premières amours : les livres. Parce que bien qu’aussi loin que je puisse me souvenir, il y a toujours eu chez moi deux grands pôles culturels. D’un côté, la bibliothèque de ma mère, pleine à craquer de ces livres aux couvertures qui, à l’époque, m’intriguaient énormément. Il y avait les tranches bleues, les tranches blanches, les livres de poche, les livres grand format à la couverture de similicuir, les livres neufs que ma mère venait tout juste de se procurer, et les autres aux pages jaunies par le temps.

En face, il y avait la modeste collection de vinyles que ma mère écoutait toute la journée tout en vaquant à ses autres occupations. Je me souviens encore clairement de Pat Benatar, de Beau Dommage, des Beatles, d’Elvis, de Nathalie Simard. Je me souviens aussi d’avoir doucement déposé l’aiguille de notre table-tournante dans ces sillons afin moi aussi de pouvoir me laisser bercer au son de ces belles mélodies…

Deux pôles, donc : littérature et musique.

C’est cependant sous les soins de ma mère que j’ai surtout appris à apprécier la lecture et ce fut là que, tout naturellement, mon esprit se dirigea. J’appris à lire rapidement et je me suis vite mis à dévorer des yeux tout ce qui était à ma portée. Boîtes de céréales, panneaux publicitaires, le TV Hebdo, les magazines que ma mère ramenait à la maison, les livres de la bibliothèque, les affiches, les manuels d’instruction, etc. J’étais un boulimique de la lecture.

Il faut dire que le soir, avant de m’endormir, ma mère me lisait souvent une histoire pigée dans un des nombreux livres qui garnissaient les étagères de ma propre bibliothèque. Alors que la musique…

En fait, la musique n’était pas une maîtresse sensuelle et essentielle comme pouvait l’être le livre, non. Elle était cette amie fidèle qui me tenait compagnie. Toujours là, présente, mais discrète, attentive, elle ne tentait pas de me séduire pour que je la dévore des yeux, elle préférait jouer son rôle de socle solide plutôt que celui d’un amour intense, mais éphémère.

Alors que dans ma tête j’imaginais les mille et une images que les mots que je lisais faisaient danser, la musique leur donnait corps et en imprimait le souvenir pour toujours. Ce qui fait qu’encore aujourd’hui, j’ai des images qui reviennent me hanter dès que j’entends certaines pièces. Des images floues, imprécises, arpentent mes souvenirs au son de ces mélodies qui ont si longtemps bercé mon enfance.

Lorsque je lis, je n’ai aucune difficulté à voir l’action, à ressentir l’émotion et à suivre l’intrigue d’une oeuvre littéraire. Toute ma vie m’a conduit à ça. Mon enfance, mes études, ma profession. Et ces mêmes réflexes me restent lorsque j’écoute ces grandes oeuvres classiques, ou encore les dieux du rock. Je cherche, sans même m’en apercevoir à lier images, intrigue et émotion à un mouvement, à un refrain ou à une mélodie.

J’écoute avec mes yeux…

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Written by Le barbare érudit

27 août 2009 à 21 h 43 min

Publié dans Général

5 Réponses

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  1. C’est spécial ce rapport entre la musique et les livres. J’ai aussi souvent, de mon côté, associé souvent les deux car je lis toujours avec une musique de fond. Et souvent, dans mes lectures, il m’arrive de faire rejouer la même pièce et les associations deviennent ancrées très solidement.

    Par exemple, au Cegep, on devait lire Germinal de Zola pour un cours…et j’avais du retard…j’ai donc emménagé à la bibliothèque pendant 3 jours et à l’époque, j’avais mon vieux walkman avec une cassette du Rapsody in blue de Gershwin…et fouille moi pourquoi mais je n’apportais pas d’autre cassette…résultat…dès que j’entends cette mélodie, je me retrouve plongé instantanément dans les mines de charbon du Nord de la France au 19e!!! C’est vraiment spectaculaire!

    Un autre exemple? J’ai lu Shogun la première fois sur une musique de fond de cythare avec Ravi Shankar!! Méchant mix!!! Ben maintenant, quand j’entends ça, je vois des samourais partout! lol

    Frank

    27 août 2009 at 23 h 10 min

  2. « Lorsque je lis, je n’ai aucune difficulté à voir l’action, à ressentir l’émotion et à suivre l’intrigue d’une oeuvre littéraire »

    C’est exactement ce que j’ai ressenti durand la lecture de ton magnifique exposé. Définitivement l’un des meilleur billet que j’ai eu la chance d’apprécier sur la blogosphère depuis des lunes.

    Ton talent est grand.
    Vraiment, je n’écouterai plus jamais de la musique de la même façon.

    L'Adulescente

    27 août 2009 at 23 h 21 min

  3. Je me demande si cela pourrait faire partie de la synesthésie?

    Mon parcours est différent du tien, mais j’ai moi aussi apprit à lire à un jeune âge et grâce à cette avide passion des mots et de l’Imaginaire, j’ai apprit à écrire avec une certaine aisance que plusieurs n’ont malheureusement pas eu. Depuis, je suis un peu comme toi avec la musique.

    Par contre, je préfère de loin lorsque j’écoute de la musique. On dirait que c’est mon cerveau qui a des yeux. Je monte un monde de toute pièce selon les paroles et les notes. Une sorte de pièce de théâtre où je suis la seule spectatrice. Et je me dit souvent : « Un jour, un jour je matérialiserai tout ce que j’ai imaginé »!

    Cynthia B. Demented

    4 septembre 2009 at 4 h 40 min

  4. […] Sur le lac avec les jeunes Chiant Les toilettes L’intimidation Le tableau Je ne veux pas Aputik Ça, c’est mon texte préféré, et de loin. J’espère que vous l’aimerez autant que j’ai du plaisir à l’écrire. L’âge de la plénitude Je ne crois pas Athéisme, prise 2 Deux pôles […]

  5. Je n’ai pas d’association spécifique entre mes lectures et ma musique. Je fais toutefois des associations olfactives. Certaines odeurs me donnent des flashback incroyables.

    En te lisant j’ai eu l’impression de me lire.

    comme mon père est français j’ai grandi beaucoup avec la musique française: charles trenet, Brel, brassens.

    J’entends encore la voix de mon père fredonner ceci : http://www.frmusique.ru/texts/b/brassens_georges/amoureuxdesbancspublics.htm

    Et je me souviens d’être assise là, près du haut parleur, la tête collée dessus comme on colle un ours en peluche, les yeux fermés, parfois larmoyants à écouter les sons qui sortaient de cette boîte là. Quand j’aimais je faisais rejouer en boucle pendant des heures.

    Heureusement (ou malheureusement) j’ai perdu un peu de ce sens de l’excessif!

    demijour

    15 janvier 2010 at 23 h 47 min


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