Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Athéisme, prise 2

with 12 comments

J’ai récemment crié haut et fort que j’étais athée. Deux commentaires faits à la suite de ce billet m’ont interpellé et j’ai décidé de revenir sur ce sujet qui me touche profondément.

Le premier de ces commentaires (en deux temps) est le suivant :

Mais on oublie tout ceux à qui elle s’est avéré phare quand le rationnel s’est obscurcis. Si deux personnes très près de moi ne s’en seraient pas remise à une puissance supérieure à un moment de leur vie où ils en avaient perdu le contrôle, je suis convaincu qu’ils n’auraient pas pu aujourd’hui profiter finalement de leurs vies.

Quel est l’argument défendu ici? La religion est une béquille. Une béquille dont on se sert pour ne pas tomber quand on s’est fait mal. Une béquille pour nous aider à traverser les moments difficiles. Une béquille qui nous permet de nous tenir debout et sans laquelle on tomberait. Mais ça demeure une béquille. Un artifice.

C’est un argument que j’entends souvent, répété ad nauseam par tous les tenants du fait religieux pour justifier la pertinence de celle-ci. Peut-être est-ce que cet argument peut être considéré comme valide du point de vue des gens nécessitant la béquille, mais elle n’explique ni n’ajoute quelque preuve que ce soit à l’existence de Dieu. « Est-ce que Dieu existe? Oui, parce que des tas de gens en ont besoin pour se sortir de moments difficiles » n’est pas un argument en faveur de l’existence de Dieu. Pour certains, la béquille, c’est Dieu, alors que pour d’autres, ce sont la nature, les amis, l’homéopathie, le balancement des chakras, les romans de la série Twilight, etc.

Si la religion fait aujourd’hui office de quasi-folklore avec “l’illumination” apporté par la circulation d’information et les progrès de la science, n’en demeure pas moins qu’elle véhicule généralement des valeurs honorables, bien que certaines soient discutables.

Est-ce à dire que les athées ne possèdent pas les repères moraux nécessaires pour juger correctement le bon du mal? Est-ce à dire que les athées sont nécessairement des gens amoraux? Il y a dans toutes les religions des règles morales tout à fait pertinentes, ce qui n’a pas empêché ses pratiquants de commettre les pires atrocités en son nom. On a tué, violé, écorché, torturé au nom de la religion. À la lecture de l’Ancien Testament, on apprend que Dieu lui-même a tué des millions de personnes pour toute sorte de raisons.

Mais il y a une question plus fondamentale à se poser : comment fait-on pour juger de la moralité de la religion? Comment fait-on pour dire d’une valeur religieuse qu’elle est honorable? Il nous faut posséder cet étalon intrinsèquement afin de pouvoir dire que telle ou telle valeur représente ou non quelque chose d’honorable. Donc, que la religion n’est qu’un écran de fumée!

Le second commentaire pose la question : l’athéisme est-il une forme de religion? Voici ce que Cannelle a écrit :

J’aime pas les étiquettes, j’aime pas les regroupements. Les associations humanistes, les gens qui se définissent comme athés, sont pour moi comme les gens qui appartiennent à une religion, ils ont choisi leur camp.

Avant de répondre à ce commentaire, j’aimerais cité Richard Dawkins :

There may be fairies at the bottom of the garden. There is no evidence for it, but you can’t prove that there aren’t any, so shouldn’t we be agnostic with respect to fairies?

Et…

We are all atheists about most of the gods that humanity has ever believed in. Some of us just go one god further.

Croyez-vous en Thor? Croyez-vous en Isis? En Jupiter? En Zeus? C’est exactement ce que je croyais. Et tout comme vous, je ne crois pas à ces vieux dieux non plus. Mais, comme le dit Dawkins, je fais le dernier pas qui m’affranchit de cette ancre qui retient mon esprit captif : je me libère de l’emprise de dieu, de toute forme de dieu. Harlan Ellison a écrit, dans son livre Deathbird Stories :

When belief in a god dies, the god dies. When the last acolyte renounces his faith and turns to another deity, the god ceases to be.

C’est ce qui est arrivé à tous ces dieux, et c’est ce qui arrivera au dieu chrétien. C’est inévitable.

Cela dit, ça ne répond pas encore tout à fait à au commentaire. Mais j’y arrive. Parce que le fond du commentaire de Cannelle, c’est l’histoire des étiquettes. C’est de se retrouver « classée » avec un groupe d’individus alors qu’elle-même n’a pas choisi son camp.

Parce qu’au fond, ce qu’elle dit, c’est que « athée » s’oppose à « religieux ». Mais c’est faux. Il n’y a pas d’opposition. Je m’explique.

Être religieux, c’est croire en un (ou plusieurs) dieu créateur de l’univers. C’est croire en une force supérieure qui soit dirige l’univers qu’il (elle?) a créé, soit ne fait qu’observer l’univers qu’il a créé. Mais dans les deux cas, on parle d’une présence surnaturelle qui « veille » au grain.

Être athée, c’est simplement ne pas croire en un tel être. C’est regarder l’ensemble des évidences qui existent autour de l’existence ou non d’un dieu et conclure que, selon toute vraisemblance, il n’y a pas de dieux. On ne choisit pas d’être athée : on le devient par la force des choses, par observation et déduction à partir des connaissances auxquelles nous avons accès.

Parce qu’il n’y a que trois positions possibles par rapport à l’existence de Dieu : soit, on y croit, soit on n’y croit pas, soit on s’abstient de prendre position. La première, c’est s’avouer croyant, donc religieux. La seconde, c’est l’athéisme. La troisième, c’est l’agnosticisme. Mais comme je l’ai cité plus haut, ne devrions-nous pas être agnostiques par rapport aux fées? Par rapport au Seigneur des anneaux? Par rapport au monstre du Loch Ness?

Se reconnaître athée, ce n’est pas accepter d’avoir une étiquette collée à son front. C’est simplement accepter le fait que nous ne croyons pas en dieu et en la religion. Rien de plus.

Publicités

Written by Le barbare érudit

16 juillet 2009 à 11 h 16 min

Publié dans Général

12 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Permettez-moi de partager avec vous une citation que j’ai mémorisé tellement elle m’est apparu comme la syntèse de ce que je crois depuis plusieurs années:

    « Le dernier dieu disparaîtra avec le dernier des hommes. Et avec lui la crainte, la peur, l’angoisse, ces machines à créer des divinités » Michel Onfrey. Traité d’athéologie

    Denise St-Pierre

    16 juillet 2009 at 15 h 28 min

  2. Intéressant débat. Évidemment.

    « Quel est l’argument défendu ici? La religion est une béquille. Une béquille dont on se sert pour ne pas tomber quand on s’est fait mal. Une béquille pour nous aider à traverser les moments difficiles. Une béquille qui nous permet de nous tenir debout et sans laquelle on tomberait. Mais ça demeure une béquille. Un artifice. »

    Je comprend l’idée de fond, mais je suis en désaccord avec l’aspect « artifice ».

    Je dirais plutôt « outil ».

    Un être humain a le droit de se sentir totalement submergé par la grandeur et les mystères , pour le moment, insondables de l’univers. Il a aussi le droit de se donner les moyens, même illusoires, de se frayer un parcours de vie qui va l’empêcher de « tilter » parce qu’il ne peut encaisser ce qui est au dessus de sa compréhension et même de ses capacités physiques à assimiler ces choses.

    La religion et les croyances existent parce qu’elles sont utiles. Utiles à un niveau survie, et non artificiel. Ça n’empêche en rien que les croyances ne font partie que d’une étape de l’évolution et qu’elle sera franchie lorsque l’humain (ou la créature la remplaçant) sera en mesure de survivre et d’évoluer sans elles. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

    De plus, si être athée signifie que l’on ne « croit à rien » dans le sens que nous pensons savoir qu’aucune forme d’organisation (donc d’intelligence supérieure à l’homme actuel) n’est présente dans l’univers, alors je souhaite remettre ma carte de membre du club des athées, parce que je pense que c’est totalement faux et simpliste. Au même titre, d’ailleurs, que les religions et croyances connues.

    Aevus

    16 juillet 2009 at 23 h 41 min

  3. Aevus, je sens comme un malaise pour toi avec l’idée qu’il n’y aurait pas « d’organisation » supérieure dans l’univers pour contrôler (gérer?) tout ça. Or, actuellement, il n’existe aucune preuve, il n’y a aucune évidence pour appuyer une telle chose.

    Autre question : tu écris « je pense que c’est totalement faux et simpliste ». Que veux-tu dire par ça? Qu’est-ce qui est simpliste dans le fait de ne pas croire qu’il y ait quelque chose de « supérieur »? Pourquoi a-t-on besoin de quelque chose de « supérieur »?

    Enfin, lorsque j’utilise le mot « artifice », c’est pour désigner la religion et, par extension, dieu et son idée. Comme je ne crois en l’existence d’un tel être, il devient pour moi un artifice. Je reconnais d’emblée qu’il y a des gens qui manifestent le besoin de s’en remettre à de tels « paradis artificiels » pour être en mesure de vivre. Mais là n’est pas la question. Ce que je dis, c’est que ça ne constitue pas un argument pour défendre l’existence de dieu. Nuance.

    lebarbareerudit

    17 juillet 2009 at 7 h 07 min

  4. Je viens de lire ceci sur le blog de Gilles Jobin:

    Il faut en effet une grande maturité pour comprendre que l’opinion que nous défendons n’est que notre hypothèse préférée, nécessairement imparfaite, probablement transitoire, que seuls les très bornés peuvent faire passer pour une certitude ou une vérité.
    (Milan Kundera, Une Rencontre, p.134, Gallimard/nrf, 2009)

    http://www.aufildemeslectures.net/index.php?ladate=2009-07-17

    Denise ST-Pierre

    17 juillet 2009 at 12 h 13 min

  5. S’il n’y a aucune preuve (actuellement accessible à l’homme) pour affirmer l’existence d’une organisation intelligente supérieure -peu importe sa forme- il n’y a aucune preuve de sa non-existence.

    Et tout est là.

    Tout est là parce que l’athéisme, et d’ailleurs aussi l’agnosticisme, tel que je le comprend sur ce blogue, flirte AUSSI avec l’absolu. Cet absolu qui a corrompu les religions. Cet absolu qui cherche des réponses par une finalité, même aveugle et sourde.

    Une inflexibilité d’esprit, qu’elle soit motivée par une croyance, par la science ou par une non-croyance, n’a rien d’évolutif. Heureusement, les créatures vivantes ont un cycle de vie passablement court.

    Aevus

    17 juillet 2009 at 16 h 57 min

  6. @ lebarbareerudit

    Je n’ai aucun malaise avec l’idée qu’il n’y ai pas d’organisation intelligente dans l’univers parce que cette idée fait résonner encore moins de sens dans mon esprit que celle d’une planète terre plate.

    Les recherches scientifiques sur la création de l’univers, ses lois, la matière, la physique quantique, etc.. M’intéressent au plus haut point, et je m’informe là dessus régulièrement.

    À ce sujet, comment expliquer le Boson de Higgs ?

    Est-ce qu’une partie de ses mouvements se produirait dans une 4e dimension d’espace invisible ? Et, premièrement, est-ce que le Boson de Higgs est une particule élémentaire ? Est-ce que le LHC va prouver de notre vivant quoi que ce soit ?

    Et comment se fait-il que le Neutrino interagisse si peu avec la matière connue ? Qu’est ce que cette fameuse matière noire ? L’énergie du vide ? Est-ce que nous voyons, sentons, entendons, touchons vraiment ce que nous pensons ?

    Tout ce que je lis sur le sujet depuis des années confirme ce que je pense: il y a une organisation intelligente dans ce que nous appelons  »univers » et bien arrogant est l’homme qui croit être au sommet de la chaine alimentaire.

    Ne nous leurrons pas. L’homme, ou la créature vivante, qui existera dans 1000 ou 10000 ans, considérera l’homme actuel aussi primaire dans sa façon de comprendre les choses que nous le faisons avec nos ancêtres.

    Aevus

    17 juillet 2009 at 17 h 17 min

  7. Tu dis une chose et son contraire! Tu écris : « Je n’ai aucun malaise avec l’idée qu’il n’y ai pas d’organisation intelligente dans l’univers… » et « ce que je pense: il y a une organisation intelligente dans ce que nous appelons ”univers”… ». Il faudrait s’entendre, là : est-ce qu’il y a ou pas une organisation intelligente dans l’univers?

    Mais au delà de ça, je crois que tu confonds deux choses.

    Premièrement, ma compréhension de ce que tu entends par « organisation intelligente », ce sont les lois de la nature. Le fait, par exemple, que la gravité existe, que le neutrino se comporte d’une façon bien spécifique, etc. En fait, si je comprends bien, tu te rapporte à ce que Einstein voulait dire lorsqu’il a dit que « Dieu ne joue pas au dé ».

    Encore une fois, ça ne veut pas dire que Dieu existe. Ça veut simplement dire que, pour pouvoir exister, l’univers tel que nous le connaissons, et il existe bel et bien, n’en sommes-nous pas la preuve vivante, cet univers, donc, doit obéir à des lois fondamentales à partir desquelles toutes les observations que nous faisons découlent. Autrement dit, changeons même très légèrement une seule des constantes de notre univers et il s’écroule : plus rien ne fonctionne. On le sait parce que les calculs le démontrent.

    Maintenant, plusieurs théories physique proposent l’existence d’univers parallèles où, justement, les constantes de l’univers changent. Ce qui fait que, selon les calculs scientifique et la théorie actuelle, il y aurait une multitude d’univers tous plus différents les uns que les autres. La démonstration en a été faite de manière mathématique, mais évidemment, nous ne sommes pas en mesure présentement de concevoir une expérience pour vérifier ça. Et peut-être ne le serons-nous jamais.

    Tout ça, c’est bien beau, ce sont des questions très intéressantes et pertinentes dans le cadre d’une réflexion sur l’univers, mais en quoi est-ce que ça vient apporter de l’eau au moulin de l’existence de Dieu? Je veux dire, à la base, mon seul et unique point, c’est d’expliquer que je suis athée et que j’attends encore qu’on me donne une preuve de l’existence d’un être supérieur en charge de la création de l’univers.

    Ce qui, jusqu’à présent, n’a pas été fait.

    lebarbareerudit

    18 juillet 2009 at 8 h 35 min

  8. J’aimerais ajouter : si Dieu existe et qu’il a créé l’univers, une question demeure : qui a créé Dieu? L’existence de Dieu n’est pas une solution au « problème » de l’univers. Le rasoir d’Occam stipule que de deux hypothèse, il faut choisir la plus simple, celle qui demande le moins de complexité. Or, Dieu n’est pas la plus simple des hypothèses.

    lebarbareerudit

    18 juillet 2009 at 8 h 40 min

  9. Franchement :-/

    Tu coupes ma phrase en deux..

    La revoilà complète:

     »Je n’ai aucun malaise avec l’idée qu’il n’y ai pas d’organisation intelligente dans l’univers parce que cette idée fait résonner encore moins de sens dans mon esprit que celle d’une planète terre plate. »

    Où vois tu une contradiction là dedans avec l’autre phrase ?

    Autrement dit, je n’éprouve aucun malaise parce que l’idée m’indiffère par son non-sens. Ce qui ne veut pas dire que j’adhère à l’idée du bonhomme barbu sur son nuage et tout le bataclan des religions.

    Aevus

    18 juillet 2009 at 12 h 52 min

  10.  »J’aimerais ajouter : si Dieu existe et qu’il a créé l’univers, une question demeure : qui a créé Dieu? »

    Ce n’est pas la plus difficile des questions, à mon avis. 😉

     »Autrement dit, changeons même très légèrement une seule des constantes de notre univers et il s’écroule : plus rien ne fonctionne. »

    Ça par contre c’est une question piquante. Peut-être la plus corsée.

    Aevus

    18 juillet 2009 at 12 h 57 min

  11. Lorsque j’étais en première année à l’école nous étudions  »le petit catéchisme » et une des premières choses que nous y apprenions était que  »Dieu »est dans tout et que »Dieu » est partout.Alors si cela est la vérité donc je suis  »Dieu » et je suis donc au paradis.C’est pour cela que je suis athée, parce que avant tout ceci je suis homme animal et que je ne peut faire de miracles.Je suis peut-être trop rationnel direz-vous mais cela me semble ici très nécessaire car pour tenter de croire à quelque chose il faut avant tout être vivant et pour cela il faut se nourrir.Si j’attends trop un miracle je risque de faire de l’anémie.

    Gilles Ménard

    23 septembre 2009 at 16 h 53 min

  12. […] un commentaire » Je ne me suis jamais caché d’être athée. Je l’affirme et je le répète sans […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s