Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Les binettes

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Je visite plusieurs blogues ainsi que tout un tas de sites d’information et de chroniques partout sur le net. Elles ont toutes en commun d’appartenir au club sélect « des choses qui m’intéressent » ©. La politique, les nouvelles technologiques, les commentaires allumés des uns et des autres, tous m’intéressent et je ne prendrais certainement pas le temps de les lire s’ils n’avaient pas ce petit plus qui m’allume et rend mes journées moins sombres.

Entre autres, je participe activement à certains forums de discussion où je ne me gêne pas pour y faire entendre ma voix au travers la cacophonie ambiante. Il n’est d’ailleurs pas rare que j’initie quelque engueulade bien sentie, que je n’y sème la discorde pour le simple plaisir de lire les réponses, souvent, mais pas toujours, enflammées qui ne manquent jamais d’arriver. C’est que, comme tous vous le savez, il n’y a rien de tel que de semer la tempête pour récolter la poésie.

Une poésie des mots au travers les insultes et les bassesses. Comme si la rage était le catalyseur de l’inspiration. D’ailleurs, les meilleurs écrits ne sont-ils pas le résultat d’une descente aux enfers? Belzébuth n’est-il pas la muse dont rêvent tous les écrivains de ce monde? Un pacte avec les suppôts de Satan ne se solde-t-il pas dans un euphorique pandémonium?

Parce que c’est exactement ce que je peux constater jour après jour, semaine après semaine, mois après mois partout où les humains échangent : fluides ou paroles, gestes ou regards, c’est dans la dissension qu’éclôt le génie, c’est la guerre qui marque le temps et l’imagination.

Je vous dis ça parce que je remarque, avec l’arrivée d’internet, que certains (plusieurs!) ont pris la fâcheuse habitude de ne plus utiliser les mots pour véhiculer leurs idées. Ils les laissent traîner dans le fond de leurs livres et de leurs mémoires collectives sans même le début d’une arrière pensée, ils les laissent baigner dans l’oubli, ils les abandonnent comme on abandonne ses vieux jouets décrépis, la paresse vaseuse que vient amplifier l’appel de la facilité, préférant s’en remettre à l’aisance banale en usant et en abusant de ces petits signes tout ce qu’il y a de plus insipide et insignifiant : les binettes.

Les binettes sont le comble de la paresse. On préfère s’en remettre à la petite face jaune d’un bonhomme sourire plutôt que de prendre le temps d’écrire à l’aide de l’extraordinaire richesse que nous ont léguée plus de mille ans d’histoire la langue française. Qu’y a-t-il de plus beau? Dire de ce qu’on vient de lire qu’il s’agit là d’une inspiration divine couchée par la plume généreuse d’un donateur noble? Ou ce petit cercle jaune affublé de deux points et d’un arc noirs?

Je refuse d’user de pareil raccourci. Je refuse de le faire. Je préfère de loin avoir l’air d’un séculaire produit venu d’une autre époque parce que je continue d’écrire ce que je pense au long plutôt que de me fier à ces petits visages hideux pour véhiculer ma pensée, mes émotions.

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Written by Le barbare érudit

24 mars 2009 à 18 h 38 min

Publié dans Général

Une Réponse

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  1. Je suis bien d’accord avec toi pour l’usage des mots. Mais ne crois-tu pas que l’usage d’une binette peut parfois aider à entendre ce que tu as écrit sur le ton que tu désires le communiquer. Je trouve que parfois, une binette est bien.
    Il fait quelque peu bizarroïde d’écrire: «Je te souris» à quelqu’un en fin de message puisque la personne avec qui je communique n’est pas devant moi. 🙂

    newton

    19 mars 2010 at 12 h 50 min


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