Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Je veux pas

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« Je veux pas. »

Ça commence souvent comme ça. « Je veux pas… » suivi de « Je comprends pas. »

Ou encore, l’élève reste la tête bien vissée sur le bureau, refusant de répondre à mes demandes répétées et calmes de se relever, de bien vouloir reprendre le travail… relève ta tête, assieds-toi comme il le faut, prends ton crayon, ouvre ton cahier, qu’est-ce que tu ne comprends pas? Montre-moi où tu es rendu, etc.

Cette absence de réaction, les psychologues l’appellent un comportement passif agressif (passive-agressive behavior). C’est un refuge que les jeunes visitent lorsque leur vie ne répond plus à leurs attentes, à leurs espérances. Lorsqu’il perd le contrôle de ses actions, lorsqu’il n’est plus maître de ses décisions. L’élève se replie sur lui-même et coupe le contact avec l’extérieur. Il ne répond pas, il ne réagit pas, il ne parle pas, il reste muet et refuse systématiquement toute tentative d’entrer en contact.

Moi, j’appelle ça le syndrome « je veux pas ». Je veux pas faire le travail. Je veux pas parler. Je veux pas que tu m’aides. Je veux pas aller. Je veux pas lire.

Devant le syndrome « je veux pas », l’enseignant à deux options : il ignore ou il tente de briser le mur d’indifférence qui se dresse devant lui. Des deux options, la seconde est de loin la plus difficile, la plus exigeante, celle qui requiert la plus grande dévotion de la part de l’enseignant.

Elle devrait toujours être privilégiée. Mais parfois, je ne la choisis pas.

Parce que dans une classe, il y a beaucoup d’élèves et chacun d’entre eux a le droit d’obtenir toute l’attention de l’enseignant lorsqu’il en a besoin. Or, m’investir dans une démarche visant à briser le syndrome « je veux pas » implique que doive couper le temps dévolu aux autres élèves réceptifs qui ont tout autant besoin et droit à mon aide.

Enseigner, ça veut donc dire faire des choix déchirant entre Jean qui se ferme, Julie qui ne comprend pas et Luc qui dérange la classe.

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Written by Le barbare érudit

10 mars 2009 à 8 h 34 min

Publié dans Affaires scolaires

3 Réponses

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  1. Matière à réflexion. Ainsi qu’à réminiscences amères. Merci pour ces deux opportunités.

    Christian Mistral

    18 mars 2009 at 16 h 46 min

    • J’ai écrit cette chose en réaction aux nombreuses frustrations que je vis à chaque fois que je tente d’aider un élève mais que ce dernier le refuse.

      Je sais que ce n’est pas personnel, mais parfois, peut-être parce que je suis fatigué, peut-être parce que la journée ne va pas aussi bien que je l’aurais souhaiter, peut-être tout simplement parce que j’ai les nerfs à fleur de peau, cette attitude vient me chercher, elle me fait rager, elle me fait exploser. J’ai ainsi voulu ventiler.

      Oui, il y a encore beaucoup à dire là-dessus. J’y reviendrai. Peut-être.

      lebarbareerudit

      23 mars 2009 at 14 h 28 min

  2. Chacun de tes textes me rappelle des sentiments que je ne peux expliquer.

    J’adore les lire. Je me sens transportée. Je suis la spectatrice d’une vie d’enseignant. D’une vie que j’aurai peut-être voulu choisir moi aussi mais que je n’ai pas fait.

    demijour

    20 janvier 2010 at 13 h 18 min


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