Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

L’intimidation, prise deux

leave a comment »

Aujourd’hui, dans La presse, Katia Gagnon écrit :

Lorsqu’il était en cinquième année, ses parents ont déménagé et il a changé d’école. Il s’est rapidement retrouvé isolé. Il a souffert, seul, pendant deux ans. En arrivant au secondaire, dans un collège privé, le scénario s’est poursuivi. «Il y avait une hiérarchie tacite, mais très bien établie. On aurait pu faire un classement de tous les élèves, de 1 à 155. Et tous ceux qui étaient en bas de toi, tu pouvais les écoeurer.»

Au début du secondaire, Philippe moisissait dans le dernier quartile du «classement». À la fin de la 3e secondaire il était «au top». Comment avait-il gravi les échelons? En riant, souvent très méchamment, des autres. «Une tyrannie sociale insidieuse», résume-t-il.

«Écoeurer, c’était un loisir, une activité parascolaire. On donnait des surnoms aux gens, on trouvait une caractéristique de la personne et on l’exploitait. On faisait des exposés oraux pleins d’allusions pour niaiser certaines personnes, raconte-t-il. Et il fallait que la personne réagisse. Sinon, on passait à un autre. Gosser quelqu’un qui ne réagit pas, c’est plate. Il y a plein de monde qui a pleuré à cause de moi, c’est sûr.»

Les cibles de Philippe? Les jeunes pas cool. «Ça n’avait rien à voir avec le fait qu’ils étaient bons ou pas à l’école. Au secondaire, un des gars les plus cool était dans les scouts. Jamais personne ne l’a niaisé avec ça. Imagine, sinon, à quel point il se serait fait écoeurer.»

Dans un tout autre registre, le portrait que Philippe dresse de la cour d’école moyenne n’est pas si différent de celui de Jean. «C’est hostile, une cour d’école. Ce n’est pas une société libre et démocratique.» Philippe ne croit pas à l’intervention des adultes dans ce genre de problème «C’est intense, l’omerta, dans une cour d’école.»

Ce qu’elle écrit, c’est exactement ce que je disais dans mon entrée du 25 février sur ce même sujet. Je vais m’auto-citer :

En y repensant aujourd’hui, je crois que je ne faisais que reproduire le cercle vicieux de la hiérarchie qui régnait dans la cour d’école. Au fond, c’était une échelle. Et mon objectif, mon seul objectif, était d’arriver le plus haut possible de cette échelle, le plus vite possible. Et la seule façon de grimper dans cette échelle, c’était d’être le bourreau et jamais la victime.

L’intimidation, c’est l’art d’être en haut. Tout en haut d’une hiérarchie qui ne peut être comprise que par les bourreaux et leur victime. Chacun y a une place et la seule façon de ne pas y être classée par les autres est d’y prendre sa place soi-même. En usant de violence, en usant d’intimidation.

Publicités

Written by Le barbare érudit

28 février 2009 à 8 h 54 min

Publié dans Affaires scolaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s