Le barbare érudit

Je mange du phoque cru avec mes mains en lisant du Baudelaire.

Chiant

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Je suis payé pour enseigner. Mon job, mon boulot, c’est de transmettre les quelques connaissances que je possède sur la langue, en science et en sciences humaines, à des élèves désireux de les recevoir et de les intégrer à leur tour afin de devenir des citoyens de leur communauté.

On me demande aussi de comprendre ces jeunes dont les vies n’ont parfois rien d’enviable, rien de beau, tout de la folie et, malheureusement, du désespoir. J’ai donc le devoir d’être compréhensif, calme et respectueux lorsque les inévitables confrontations surviennent. Je suis l’adulte et c’est à moi de donner l’exemple.

C’est ainsi que j’ai dû subir les innombrables insultes de certains élèves. Des insultes répétées, méchantes, mesquines. Des gestes d’une vulgarité sans nom. Le respect, ici, ne voyage bien souvent que dans un seul sens.

Depuis que je travaille à l’école Ulluriaq, on m’a traité de « dumbass », de « fuckin’ teacher », d’« asshole ». On m’a lancé des « fuck you », des « get lots » et des « fat ass ». On m’a fait des « finger », on a pointé des mains en ma direction avec l’index en pistolet. On a pété dans ma direction en levant la jambe comme un chien.

Ces gestes, tous d’une bassesse incompréhensible, s’ajoutent à l’attitude générale de laisser-aller et de passivité totale face à l’éducation et à la mission de l’école qui est entretenue par un grand nombre d’élèves. À la simple question : « Pourquoi viens-tu à l’école? », les élèves me répondent sans cesse je ne sais pas ou mes parents m’y forcent. C’est l’exception qui me répond que c’est important pour préparer leur avenir.

Bien sûr, ils ne sont pas tous aussi irrespectueux ou effrontés. La plupart, bien qu’ils n’aiment pas l’école et ce qu’elle représente, savent conserver un certain verni de respect et de politesse. Mais comme dans bien d’autre domaine de la vie, il ne faut que très peu d’éléments perturbateurs pour polluer une classe entière et dès lors qu’un seul se présente avec l’intention d’en ruiner l’atmosphère, je me retrouve avec bien peu de moyens de l’en empêcher.

Mais la plus grande frustration que je vis par rapport à tout ça, ce qui me fait chier par-dessus tout, ce qui rend ce métier si ingrat, si désagréable, si décourageant, c’est de voir à quel point certains élèves refusent de croire que tout ce que nous faisons, c’est pour les aider, pour les éduquer, pour leur donner une chance de sortir de ce marasme dans lequel ils se trouvent.

Et ça, c’est plus chiant que tout le reste.

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Written by Le barbare érudit

16 décembre 2008 à 14 h 28 min

Publié dans Affaires scolaires

4 Réponses

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  1. Très enrichissant, merci pour ce partage.

    Alexandre Pachot

    11 mai 2009 at 0 h 36 min

  2. Le respect n’existe plus… ou si peu. Je pourrais bloguer des heures et des heures à ce sujet tu sais.

    Heureusement qu’il demeure encore des gens comme toi qui, malgré tout, persévèrent à vouloir éduquer ceux qui nous succéderont. Sinon, j’aurais peu d’espoir en notre future société.

    L'Adulescente

    16 septembre 2009 at 21 h 55 min

  3. Il y a des êtres incompris, mal aimés, qui cherchent la provocation pour avoir de l’attention. Ils ne connaissent rien d’autre.

    Mais tu es là; ils ne le savent pas. Tu ne le sais pas peut-être mais tu leur apportes beaucoup…

    demijour

    20 janvier 2010 at 12 h 47 min


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